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Stéphane Degoutin & Juliette Terreaux

Chercheur en urbanime ; Artiste, scénographe, miniaturiste
Avril - Mai 2027

  • Architecture
  • Chicago

« Nous travaillons à la réalisation d’un modèle réduit exact du manoir Playboy de Chicago, pour comprendre comment ce système a subjugué et soumis autant de femmes. Il s’agit de révéler les mécanismes d’une architecture de la prédation. »

Nous sommes Juliette Terreaux et Stéphane Degoutin. Juliette travaille sur la recréation de lieux cachés, disparus ou inaccessibles, à travers des maquettes, des photographies et des installations. Ses projets s’intéressent à des lieux patrimoniaux, à des sphères intimes médiatisées, à des espaces d’habitation façonnés par le fantasme et la domination.

Chacun de ses travaux s’accompagne d’une enquête in situ et de la constitution d’un important corpus bibliographique et archivistique. Tout en accordant à la dimension historique une importance fondamentale, sa démarche ne tend pas à se substituer à celle de l’historien et demeure avant tout une traduction artistique.

Stéphane explore les « systèmes obscurs », les structures qui passent souvent inaperçues mais organisent nos vies : de l’air conditionné aux aéroports internationaux, de la musique pour plantes vertes aux infrastructures urbaines. À partir de longues enquêtes, de collectes patientes, il organise les fragments divers rencontrés en chemin pour tenter de leur donner sens. Il travaille parfois seul, mais le plus souvent en collaboration avec d’autres chercheur·euses ou artistes. Il peut en résulter un livre, un film, une installation, une conférence-performance, ou plusieurs de ces formes simultanément. Quelle que soit la forme, ce sont des essais.

 

Juliette Terreaux est une artiste pluridisciplinaire franco-suisse, diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris et de l’École Duperré. Son travail explore les relations entre réalité, représentation et perception à travers des sculptures et des miniatures d’espaces, qui articulent en trois dimensions des images issues des médias, des archives ou du cinéma. Elle développe des collaborations en France et à l’international dans les domaines de l’art contemporain, du cinéma, de l’architecture, du patrimoine et de la création olfactive.

Stéphane Degoutin est né à Toronto (Canada). Vit et travaille à Paris. Chercheur au Laboratoire Infrastructure Architecture, Territoire. Enseigne à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.

Œuvres principales:

  • Prisonniers volontaires du rêve américain, essai, 2006, éd. de la Villette
  • World Brain, film-essai, avec Gwenola Wagon, 2014, arte creative
  • Psychanalyse de l’aéroport international, essai, avec Gwenola Wagon, 2019, éd. 369
  • Erewhon, film-essai, avec Gwenola Wagon et Pierre Cassou-Noguès, 2019
  • La colonisation de l’air, essai, à paraître

Nous enquêtons sur un étrange bâtiment, en marge de l’histoire de l’architecture : la première Playboy Mansion, construite à Chicago dans les années 1950, où résidait Hugh Hefner, le fondateur du magazine.

L’intérieur de cet immense édifice de 4.000 m2 et 70 pièces est plein de passages secrets, d’espaces cachés, de dispositifs voyeuristes et de systèmes de surveillance. Un dispositif dont le but est de conduire chaque femme vers un même lieu: le lit de Hefner.

Nous ne sommes pas arrivés à cette histoire par fascination pour Playboy, ce n’est ni notre environnement, ni notre culture. Notre point d’entrée est notre passion pour l’architecture et la lecture du livre Pornotopie de Paul B. Preciado, qui analyse la Playboy Mansion comme un dispositif spatial et multimédia. C’est un type particulier d’architecture, mis au service de la conquête sexuelle. Il incarne une sorte d’extrême de l’espace domestique masculin dont le magazine donne les instructions de fabrication.

Nous souhaitons comprendre comment ce système spatial a pu subjuguer et soumettre des femmes avec un tel succès. Il s’agit de révéler les mécanismes de cette architecture de la prédation.

Nous pratiquons pour cela une reconstitution des lieux aussi précise que possible. Après plusieurs années de collecte de documents d’archives et d’entretiens avec d’anciens résidents, nous travaillons à la réalisation d’un modèle réduit exact du manoir de Chicago.

Nous prolongeons cette recherche par une enquête de terrain, en nous rendant physiquement sur place et en rencontrant les femmes ayant vécu dans la Playboy Mansion. Nous leur présenterons la miniature, comme une sorte d’objet transitionnel permettant de leur donner la voix.

Ces recherches participeront à l’écriture d’un film-essai. Il s’agit de raconter l’histoire du lieu à partir de sa maquette.

La Playboy Mansion de Chicago est devenue une icône de son époque, avant d’être mise dans l’ombre par la deuxième Mansion, celle de Hollywood, où Hefner vécut des années 1970 jusqu’à sa mort en 2017. Cette dernière incarne la décadence du système mis en place. Depuis la mort de Hefner, nombreuses femmes ayant partagé sa vie ont décrit de l’intérieur le mécanisme de prédation.

La Mansion de Chicago, elle, représente une période pendant laquelle le magazine Playboy pouvait encore passer pour progressiste et Hugh Hefner pour un homme couronné de succès et séduisant. Décrire le fonctionnement très particulier de ce bâtiment donne l’occasion d’étudier comment le prototype se met en place.

Après avoir recueilli de nombreux documents à distance, notamment les plans de la maison, nous allons poursuivre l’enquête sur place, à Chicago. Nous espérons visiter les lieux, ou ce qu’il en reste, puisque la Mansion a été découpée en appartements de luxe. Nous irons voir, en banlieue de Chicago, la maison d’enfance de Hefner. Certains des clubs qui l’ont inspiré existent encore, notamment le plus célèbre d’entre eux, le bien nommé Gaslight Club.

Nous collecterons des documents dans les archives historiques de l’Art Institute of Chicago et le Chicago History Museum. Nous entrerons en contact avec d’anciennes playmates qui ont vécu au manoir pendant les années 1960.

Nous allons également entrer en contact avec d’anciennes playmates ayant vécu au manoir dans les années 1960. Certaines d’entre elles sont encore vivantes, mais elles sont aujourd’hui octogénaires, voire nonagénaires. Il est donc urgent de les interviewer et d’écouter leurs témoignages, pour savoir comment elles voient, rétrospectivement, cette période de leur vie

En partenariat avec

DROP! La chambre des méthodes

https://design-recherche-ouverte-performance.fr/

The Art Institute of Chicago

https://www.artic.edu/

Laboratoire LIAT (Paris Malaquais National Architecture School)

Depuis plus de vingt ans, le laboratoire LIAT poursuit un programme scientifique qui interroge les relations entre architecture et infrastructure. Il s’attache à l’analyse de contextes — villes, territoires et paysages — marqués par le développement d’infrastructures et de grands équipements, à travers une approche articulant recherches historiques, analyses critiques de projets, études de cas et constitution d’une histoire des idées.

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