Lucia Sanchez
Réalisatricce
Printemps 2027
- Cinéma
- New York
« Mon projet pour Villa Albertine est le développement d’un film consacré à Victoria Kent et Louise Crane. À la frontière du documentaire, de l’enquête historique et de l’essai cinématographique, il explore leur relation amoureuse, intellectuelle et politique, ainsi que les formes de résistance qu’elles ont inventées depuis l’exil. »
Je suis actrice et réalisatrice espagnole, installée à Paris. Depuis plus de vingt ans, je développe un cinéma à la frontière du réel et de la fiction, où l’enquête documentaire nourrit une recherche de formes cinématographiques.
Formée à la réalisation à l’EICTV de La Havane, j’ai réalisé une vingtaine de films qui explorent des territoires populaires et interrogent, avec humour et distance, les contradictions de nos sociétés. Si l’observation du présent demeure au cœur de mon travail, je m’intéresse depuis plusieurs années aux figures que l’histoire a reléguées à ses marges. À travers elles, je cherche à comprendre comment ces engagements résonnent avec les enjeux contemporains et permettent de raconter autrement le XXᵉ siècle.
Je réalise actuellement J’ai toujours dit nous, consacré à une figure majeure de l’anarcho-féminisme espagnol, dont je porte le prénom et le nom. Cette coïncidence est devenue le point de départ d’une enquête personnelle sur Mujeres Libres, mouvement féministe longtemps relégué aux marges du récit de la guerre d’Espagne. En retraçant leur combat, le film interroge les mécanismes qui fabriquent l’oubli historique.
Ce travail se prolonge aujourd’hui avec un projet consacré à Victoria Kent et Louise Crane. qui déplace cette réflexion vers l’exil républicain. À travers leurs trajectoires, je poursuis une même recherche sur les formes de résistance, les réseaux de solidarité et les communautés intellectuelles inventées par des femmes, dont l’histoire a longtemps minimisé, voire, effacé le rôle.
Parallèlement à son travail d’actrice, Lucía Sanchez réalise plus d’une vingtaine de documentaires, parmi lesquels Las Amigas (Prix de la mise en scène au Dakino Film Festival), Profanations (Prix du public au Festival International de Films de Femmes de Créteil) Mafalda, reviens !, sélectionné au FIDBA de Buenos Aires, ouPick-up, un film sans paroles coproduit par La Lucarne-Arte et sélectionné à Visions du Réel (Nyon) et au Festival international du film de Rotterdam. Son regard sur la société française traverse une part importante de son travail, observant avec humour et liberté formelle les rituels et les contradictions du quotidien.
Mon projet pour Villa Albertine est le développement d’un film consacré à Victoria Kent et Louise Crane, à partir de leur trajectoire commune entre l’Espagne, la France et les États-Unis. À la frontière du documentaire, de l’enquête historique et de l’essai cinématographique, il explore leur relation amoureuse, intellectuelle et politique, ainsi que les formes de résistance qu’elles ont inventées depuis l’exil.
J’ai découvert Victoria Kent à travers Cuatro años en París, le récit de sa clandestinité dans la France occupée. Cette lecture est devenue le point de départ d’une interrogation sur les traces laissées par le franquisme au-delà des frontières espagnoles. En suivant son parcours, j’ai découvert Louise Crane, mécène américaine avec laquelle elle partagea sa vie pendant plus de trente ans. Ensemble, elles fondèrent à New York Ibérica por la libertad, revue essentielle de l’exil espagnol qui contourna la censure franquiste, fit circuler une information interdite et maintint un espace de débat intellectuel au moment où les démocraties occidentales rétablissaient leurs relations avec le régime de Franco. À travers cette revue, j’ai découvert un réseau d’artistes et d’intellectuels exilés qui, depuis New York, continuaient de faire vivre une autre Espagne. C’est cette communauté, autant que le destin de Victoria Kent et Louise Crane, que le film souhaite aujourd’hui rendre visible.
Le film fera émerger cette histoire à partir de ses traces : correspondances, archives, photographies, paysages… mais aussi les images de la vie intellectuelle new-yorkaise qui entourait leur engagement.
La résidence Villa Albertine me permettra de consulter les fonds d’archives consacrés à Victoria Kent et à Ibérica, notamment à Yale, mais aussi de poursuivre cette enquête à New York et dans d’autres lieux liés à leur histoire. Les rencontres avec des historien·nes, archivistes et spécialistes de l’exil espagnol nourriront l’écriture du film autant que son dispositif visuel. À l’issue de cette résidence, je souhaite avoir constitué un corpus d’archives, de repérages et de rencontres qui me permettra d’achever l’écriture du scénario et de définir le dispositif visuel du film.
La seconde partie de la vie de Victoria Kent se joue aux États-Unis. Sa rencontre avec Louise Crane donne au projet toute sa dimension transatlantique. Leur appartement new-yorkais devient, dans les années 1950 et 1960, un refuge discret pour des écrivains, intellectuels et exilés européens ; c’est là qu’est pensée et diffusée Ibérica por la libertad.
Je souhaite mener cette recherche à New York, mais aussi dans plusieurs institutions et territoires qui structurent le récit. À la Beinecke Library de Yale, je consulterai le fonds Louise Crane-Victoria Kent, dont la richesse est exceptionnelle : correspondance, agendas, carnets d’adresses, archives éditoriales, ainsi que les dossiers consacrés aux réseaux de soutien aux réfugiés espagnols. Ces documents me permettront de reconstituer leur engagement politique, mais aussi la matière intime de leur existence.
Je souhaite également rechercher des archives filmiques permettant de restituer le monde dans lequel elles évoluaient : les salons littéraires, les réceptions, les milieux artistiques new-yorkais, les réseaux de l’exil espagnol et les cercles intellectuels qui gravitaient autour d’Ibérica.
Je me rendrai enfin à Woods Hole (Massachusetts), où Louise Crane et Victoria Kent séjournaient dans la maison familiale, ainsi qu’à Redding (Connecticut), où elles reposent aujourd’hui côte à côte. En confrontant les archives aux lieux qu’elles ont habité, je souhaite faire émerger une mémoire incarnée, où les paysages, les espaces et les traces matérielles deviennent les véritables témoins de leur histoire.
En partenariat avec
Elda Productions