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Harry Allouche

Pianiste, Compositeur
Janvier - Février 2027

  • Musique
  • Los Angeles

« À Los Angeles, je suivrai les traces d’un art français de la couleur harmonique et du timbre orchestral dans la formation du son hollywoodien, à travers les partitions, les métiers et les lieux qui continuent de le faire résonner. « 

Je suis compositeur et pianiste français. Depuis l’enfance, une fascination ne m’a jamais quitté : celle de la manière dont des structures visibles et invisibles façonnent notre perception du temps ; de la façon dont, sous le récit, l’harmonie et l’orchestration deviennent un tissu de mémoire et d’affects, ouvrant un espace sans fin à l’imagination. 

Je viens d’une famille dont la mémoire remonte à Salonique. Cette histoire m’a rendu attentif à la musique comme à ce qui voyage, traverse les frontières, se transforme et se réinvente loin de son lieu d’origine. Au Conservatoire de Paris, où j’ai ensuite enseigné l’harmonie, mes recherches sur La Mer de Debussy m’ont montré comment l’harmonie, le timbre et l’orchestration traduisent les phénomènes naturels en forces perceptibles — vertige, fluidité, menace — et comment le son peut modifier notre manière de voir. 

À Sciences Po, au sein du master Arts et Politique fondé par l’anthropologue Bruno Latour, où l’écologie occupait une place centrale, j’ai appris à envisager la recherche comme un travail de terrain et la création comme une forme d’enquête, attentive aux environnements et aux relations qu’ils produisent. 

J’ai interprété des partitions improvisées pour des films muets à la Cinémathèque française et à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Cette pratique m’a permis d’aborder le cinéma de l’intérieur : d’éprouver comment l’image, le son et le rythme qui les relie se jouent conjointement. Plus récemment, au Hangar Y, j’ai improvisé au piano et à l’électronique en dialogue avec Le Voyage dans la Lune de Méliès. 

À travers ces pratiques, un constat demeure : le cinéma est né à un moment où la musique française réinventait les manières de structurer le temps et la perception. C’est de cette rencontre entre composition, cinéma et recherche qu’émerge mon projet pour la Villa Albertine. 

Harry Allouche est un compositeur et pianiste français. Sa musique pour The Settlers de Felipe Gálvez — présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes, lauréat du Prix FIPRESCI et représentant du Chili aux Oscars — a reçu le Pedro Sienna Award de la meilleure musique originale. Il a depuis composé les musiques de Horizonte*, présenté au Festival international du film de Toronto, et de A South Facing Window, récompensé par le Prix du Jury Jeune au Festival de Locarno. Il a également réalisé des arrangements pour JB Dunckel, membre du duo AIR.

 

Le son orchestral hollywoodien constitue l’une des grandes synthèses musicales du XXe siècle. Sa généalogie est généralement rattachée aux traditions du romantisme tardif d’Europe centrale et aux compositeurs émigrés qui les ont apportées à Los Angeles. Mon projet suit un courant parallèle, moins étudié, qui traverse cette histoire : un art français de la couleur harmonique et du timbre orchestral, absorbé par Hollywood, dont les traces se sont faites plus audibles à mesure que cet idiome devenait américain. 

Plutôt que de dissocier la structure de la couleur, je souhaite comprendre comment syntaxe harmonique, orchestration et timbre ont été recombinés au sein du système des studios, et à quels endroits les pratiques françaises apparaissent dans ce processus. Les partitions elles-mêmes en constituent la principale source. 

Cette question est particulièrement actuelle alors que la révolution du son synchronisé de 1927 approche de son centenaire. La notation manuscrite, la préparation musicale et les professionnel·les qui transmettent ces savoir-faire entrent dans une nouvelle phase, à mesure que certaines étapes du travail deviennent de plus en plus numériques et partiellement automatisées. Je souhaite documenter cet artisanat tant qu’il demeure une pratique vivante. 

Quatre axes guident ma recherche : la généalogie des affects cinématographiques ; l’orchestre comme force narrative invisible ; la main à l’ère de l’automatisation ; et le cinéma comme écologie des vibrations, dans laquelle la salle devient un environnement résonant plutôt qu’un simple contenant neutre. 

Au cours de dix à douze semaines à Los Angeles, j’étudierai des partitions manuscrites encore largement non numérisées au sein de JoAnn Kane Music Service et de la Margaret Herrick Library — dont beaucoup ont été créées pour un usage professionnel plutôt que dans une perspective de conservation. Je rencontrerai des orchestrateur·rices, monteur·euses musique et mixeur·euses, et écouterai les théâtres historiques de la ville. Cette recherche nourrira une nouvelle œuvre que je composerai à l’issue de la résidence.

Los Angeles est indispensable à cette recherche. Les matériaux y sont conservés, notamment à JoAnn Kane Music Service, à la Margaret Herrick Library et dans les principales archives des studios hollywoodiens. Ils portent les traces d’une pensée compositionnelle : la manière dont la musique était écrite pour l’image, dans les contraintes temporelles propres à une industrie. 

Mais l’archive n’en constitue qu’une partie. Je souhaite également suivre la vie orchestrale de la ville et sa communauté cinématographique — des plateaux d’enregistrement des studios au Los Angeles Philharmonic et au Hollywood Bowl — et écouter les salles elles-mêmes, dont le Los Angeles Theatre, l’Orpheum et le Vista Theatre. Il ne s’agit pas seulement de les envisager comme des lieux emblématiques de la cinéphilie, mais comme des environnements acoustiques qui continuent de façonner notre expérience des films. 

La ville est un site archéologique où des traditions musicales européennes, américaines et diasporiques ont été recombinées, puis transformées en un langage cinématographique lisible à travers le monde. Alors que le système des studios hollywoodiens traverse aujourd’hui de profondes mutations, cette recherche aborde cette transformation en dialogue avec son histoire. 

En partenariat avec

Maison des Arts et de la Création (Sciences Po Paris)

La Maison des Arts et de la Création (MAC) de Sciences Po Paris est une initiative transversale lancée en mars 2023. Présidée par Laurence Bertrand Dorléac, elle a pour but d’intégrer pleinement les pratiques artistiques au cœur de l’enseignement et de la recherche en sciences humaines et sociales.

Semaine de la Critique du Festival de Cannes

https://www.semainedelacritique.com/en

Margaret Herrick Library – Academy of Motion Pictures Arts and Sciences

https://www.academymuseum.org/margaret-herrick-library