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Adeline Rapon

Photographe
Février - Mai 2027

  • Arts visuels
  • Miami

« Miami est un nœud caribéen-américain où les diasporas coexistent, où les héritages culturels circulent, résistent ou s’effacent et où la ségrégation a organisé les vivants comme les morts. Ces dynamiques résonnent directement avec les dynamiques en Martinique, héritière (mais aussi perpétuante) du système esclavagiste. »

Photographe artiste-autrice franco-martiniquaise, je suis basée en Martinique après une vie entière à Paris. Ma pratique puise dans mon histoire intime, me permettant d’explorer les dynamiques du métissage, de transmission culturelle et d’écrasement colonial.

Ma carrière artistique a débuté en 2020, avec une série d’autoportraits basés sur des cartes postales représentant des femmes antillaises de la fin du XIXe siècle : Pas si mal, n’est-ce pas notre petite créole? (Fanm Fò). L’évolution du projet m’a mise face aux archives et à ce qu’elles créent comme image de notre passé.

Vie et Mort (2022) est mon premier travail réalisé en Martinique, une première amorce de ce qui devient aujourd’hui L’Oubli. J’y ai cherché les liens à la Mort, les traditions locales de la Toussaint et du conteur funéraire, pour y trouver disparitions et cimetières désertés.

En 2024, j’ai décidé de poursuivre ma quête artistique et identitaire en m’installant en Martinique. J’y ai co-créé une initiative LGBTQ+ et documente évènements et instants de vie de façon plus directe. De ces nouvelles archives – où je tente de déconstruire ma vision trop occidentale – sont nés Lien·s (2023) et Queeribéenne (2025).

2025 est également l’année où j’ai pu entrer dans le sujet de ma propre mémoire et histoire, à travers un mois de résidence avec des artisans sculpteurs businenge. Joaillière 10 ans durant, j’ai souhaité, à partir de ce travail, nourrir ma pratique de gestes transmis par ma famille française-corrézienne : bois, crochet, tissus… et pallier l’absence du côté martiniquais. That’s not fair… (2025) est une amorce de cette hybridation, réécriture d’un passé effacé par l’oubli.

 

Adeline Rapon est une photographe franco-martiniquaise autodidacte née en 1990 à Paris. Elle a exposé son travail aux Rencontres photo du 10e (Paris) en 2021, dans les Alliances Françaises brésiliennes (2024-2026), à Tropiques Atrium Scène Nationale (Martinique, 2025), Photo Hanoï 2025. En 2025, elle fait partie du programme Fotokontré et expose son rendu de résidence à Saint-Laurent du Maroni (Guyane Française). Son fanzine Queeribéen·ne paraît en 2025 aux éditions Revers. Elle est lauréate 2026 du mentorat des Filles de la Photo et finaliste du prix Révélation SAIF x La Kabine 2026.

Mon père a quitté la Martinique pour construire sa vie en France, loin de sa culture. Mon grand-père, qui est resté, était presque déjà fantôme. Mort après des années sans que je puisse ni le voir ni le contacter, il a été enterré au Gros-Morne. Je n’ai pu m’y recueillir seule que cinq ans plus tard, dix-huit ans après mon dernier séjour.

Ce vide est effleuré dans ma série Vie et Mort (2022). En cherchant les liens des vivants aux morts en Martinique (les traditions de la Toussaint et du conteur funéraire) je n’ai trouvé que leurs disparitions. Les cimetières étaient désertés, les gestes, oubliés. Comment l’effacement des liens aux ancêtres dépossède-t-il une identité déjà fragilisée ? Depuis, en m’inspirant du surréalisme, de l’afro-futurisme et de la pensée de Glissant, je tente de combler par la fiction et le geste matériel ce vide impossible à documenter.

Lincoln Memorial Park à Miami est un miroir de cette histoire : premier cimetière consacré aux personnes noires dans une ville ségréguée jusque dans la mort, il a été abandonné pendant des décennies. Jesse Wooden découvre un jour que sa mère y dort, il rachète alors l’ensemble du lieu et le remet en vie. Dans ce geste de réparation, il devient passeur entre le présent et l’ancestralité.

C’est cette transversalité que je cherche à traduire visuellement. Ce qui circule entre les diasporas afro-descendantes, les héritages communs et leurs effacements. Je souhaite observer le processus de reconquête mémorielle, comprendre comment la mécanique de l’Oubli s’est inversée en ce lieu.

Éplucher ses archives, chercher les liens possibles dans le quartier de Brownsville, observer la re-fréquentation d’un lieu que l’on croyait abandonné.

Miami est un nœud caribéen-américain où les diasporas coexistent, où les héritages culturels circulent, résistent ou s’effacent et où la ségrégation a organisé les vivants comme les morts. Ces dynamiques résonnent directement avec les dynamiques en Martinique, héritière (mais aussi perpétuante) du système esclavagiste.

C’est en rencontrant Jesse Wooden à l’occasion de ma venue au WOPHA Festival en 2024 que le projet a commencé à germer. Propriétaire et gérant du Lincoln Memorial Park Cemetery, il m’a invitée à revenir. Je souhaite travailler à ses côtés, observer le fonctionnement quotidien du cimetière et éplucher ses registres d’archives.

À Coconut Grove, le Charlotte Jane Memorial Park est un autre point d’ancrage : cimetière de la communauté bahaméenne, il porte les traces d’une diaspora caribéenne et de ses pratiques funéraires sur le sol américain. À Overtown, le Hampton House (hôtel des années 50 où les Noirs séjournaient dans une ville ségréguée) est un autre espace de mémoire que je souhaite explorer. Je souhaite également rencontrer des artistes, des chercheur·euses et porteur·ses de mémoire ancré·es dans cette histoire.

La Martinique est un petit territoire où les possibilités de triangulation sont rares. Miami offre ce point de vue depuis la diaspora que l’île seule ne peut pas donner, mais aussi la possibilité de travailler au cœur d’une ville où la mémoire noire et caribéenne est à la fois enfouie et vivante. C’est depuis cet écart que je cherche à comprendre ce que l’Oubli a fait de nous et ce qu’il est possible d’en faire.

En partenariat avec

La Station Culturelle

La Station Culturelle est une association et un centre d’art contemporain basé à Fort-de-France, en Martinique, qui soutient et diffuse la jeune création contemporaine à travers des expositions, des résidences, des actions de médiation et l’accompagnement des artistes. Elle développe également des projets à l’échelle caribéenne et internationale.

Women Photographers International Archive (WOPHA)

Women Photographers International Archive (WOPHA) est une organisation à but non lucratif basée à Miami, dédiée à la recherche, à la valorisation et au soutien des femmes et des personnes non binaires dans le champ de la photographie, à travers des archives, des expositions, des publications, des programmes de recherche, des résidences et des actions éducatives.