Valentina Peri
Commissaire indépendante et autrice
Printemps 2027
- Création numérique
- Boston
« À Boston, Valentina Peri étudiera l’intimité automatisée, en interrogeant la manière dont l’IA affective transforme nos relations, nos émotions et nos pratiques du soin. »
Je suis commissaire d’exposition indépendante et autrice, basée à Paris. Depuis plus de dix ans, mon travail explore la manière dont les technologies façonnent la culture contemporaine, avec un intérêt particulier pour l’amour, l’intimité, le désir et la vie affective à l’ère numérique. Ma pratique curatoriale repose sur la conviction que les systèmes technologiques ne sont pas de simples outils neutres, mais des forces culturelles qui transforment nos manières d’entrer en relation et d’imaginer les formes de connexion.
Mes recherches indépendantes portent sur les infrastructures et les imaginaires de l’intimité médiatisée. Data Dating, une exposition que j’ai initiée en 2018 et présentée dans six pays, interrogeait l’amour à l’ère d’Internet et a donné lieu à la publication de l’ouvrage collectif Data Dating. Love, Technology, Desire, co-dirigé et publié par Intellect en 2021.
En 2022, j’ai reçu une bourse de recherche de Fluxus Art Projects pour mener des recherches sur l’histoire des technologies de rencontre avant Internet. Ces recherches ont donné naissance à The Museum of Dating, une exposition fondée sur ma collection d’objets liés aux rencontres amoureuses — jeux de société, livres, objets médiatiques et autres souvenirs — et comprenant notamment mon film Joan Ball. The Lady of Computer Dating.
Depuis 2022, je mène également des recherches de terrain sur les arnaques sentimentales en ligne en Afrique de l’Ouest, qui ont donné lieu à plusieurs publications, dont Le brouteur galant. Manuel de l’arnaqueur sentimental, publié aux Éditions UV.
Mon exposition Artificial Intimacies a marqué une nouvelle étape dans cette trajectoire, en abordant l’essor des chatbots compagnons basés sur l’IA et des formes d’attachement synthétique, en parallèle des arnaques sentimentales. Elle a ouvert le nouveau champ de recherche que je souhaite approfondir dans le cadre de ma résidence à la Villa Albertine.
Valentina Peri est commissaire d’exposition indépendante et autrice basée à Paris. Son travail explore le rôle des technologies dans la culture contemporaine, avec un intérêt particulier pour l’amour, l’intimité et le désir à l’ère numérique. Elle est à l’origine de plusieurs projets de recherche curatoriale, dont Data Dating, The Museum of Dating et Artificial Intimacies. Elle a co-dirigé l’ouvrage Data Dating. Love, Technology, Desire (Intellect, 2021) et est l’autrice de Le brouteur galant. Manuel de l’arnaqueur sentimental (Éditions UV, 2024). De 2011 à 2021, elle a été directrice associée de la Galerie Charlot à Paris. Elle est également cofondatrice de SALOON Paris.
Mon projet pour la Villa Albertine, Proxy Failure: Mapping the Automation of Emotions, est un projet de recherche curatoriale qui s’intéresse à l’essor de l’IA affective et des systèmes capables de répondre aux émotions humaines. Dans le prolongement de mes recherches sur l’amour, le désir et la culture numérique, menées notamment à travers des expositions telles que Data Dating, The Museum of Dating et Artificial Intimacies, le projet se concentre sur les chatbots compagnons et autres systèmes d’IA conçus pour simuler l’attention, l’empathie et une présence émotionnelle.
Le projet part d’une question urgente : que se passe-t-il lorsque l’intimité devient automatisée ? Alors que les compagnons artificiels s’intègrent progressivement à la vie quotidienne, ils commencent à façonner de nouvelles normes affectives, tout en reposant sur des interactions scénarisées, l’extraction de données et des modèles commerciaux fondés sur la maximisation de l’engagement.
Pendant la résidence, je souhaite étudier l’IA affective comme une nouvelle infrastructure émotionnelle en devenir. Ma recherche s’appuiera sur des entretiens, des visites de studios et de laboratoires, des recherches dans les archives et l’étude de pratiques artistiques. À Boston, je souhaite rencontrer des chercheurs travaillant à l’intersection de l’IA, de la psychologie, de l’informatique affective, des interactions humain-machine et de l’éthique, notamment au sein de l’écosystème du MIT. Le MIT Media Lab, mon institution partenaire, et plus particulièrement le groupe Advancing Humans with AI, constituera un contexte essentiel pour cette recherche, à travers ses travaux sur l’IA et le bien-être humain. Je souhaite également rencontrer des artistes et des institutions culturelles qui développent des approches critiques de l’IA, de l’intimité et des imaginaires technologiques.
Partant du principe que les choix de conception, les modèles économiques et les infrastructures des grandes entreprises technologiques ne constituent pas le seul cadre possible pour penser les IA relationnelles, le projet entend dépasser les récits polarisés entre utopie et dystopie. Est-il possible de concevoir des IA affectives qui privilégient le bien-être et l’intérêt collectif plutôt que le profit ? Les artistes peuvent-ils contribuer à révéler, contester ou réécrire les scénarios émotionnels produits par les entreprises technologiques ?
La résidence me permettra de développer un corpus de recherche, d’identifier des pratiques artistiques et des interlocuteurs, et de formuler un cadre curatorial pour une future exposition. Elle donnera lieu à une conférence publique au cours de laquelle je partagerai les premiers résultats de cette recherche.
Je souhaite mener cette recherche aux États-Unis car nombre des technologies, des modèles économiques et des imaginaires culturels qui façonnent aujourd’hui l’IA affective y sont développés. Les chatbots compagnons, les interfaces capables de répondre aux émotions et les systèmes d’IA conçus pour simuler l’attention et le soin émergent de contextes sociaux, économiques et idéologiques spécifiques. Pour un projet qui interroge l’automatisation des émotions, il est essentiel de travailler au plus près des environnements dans lesquels ces systèmes sont imaginés, conçus, testés et commercialisés.
Boston est particulièrement pertinente pour cette recherche. La ville réunit des communautés de premier plan dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la psychologie, du design, des interactions humain-machine et de l’éthique.
Pendant la résidence, je souhaite ancrer ma recherche à travers des rencontres avec trois groupes du MIT Media Lab : Advancing Humans with AI, qui explore les applications de l’IA au service du bien-être humain ; Cyborg Psychology, qui étudie les interactions psychologiques et relationnelles liées à la cohabitation entre humains et IA ; et Affective Computing, un domaine de recherche pionnier qui étudie la manière dont les émotions sont représentées et exprimées par les systèmes informatiques.
Le MIT et Boston revêtent également une importance historique et symbolique particulière : c’est à Boston qu’en 1966, Joseph Weizenbaum a créé ELIZA, l’un des premiers chatbots à simuler une conversation à visée thérapeutique. Soixante ans plus tard, revenir sur ce point d’origine permet d’interroger cet héritage alors que les formes de compagnonnage automatisé s’intègrent progressivement à notre vie affective quotidienne.
Je souhaite également rencontrer des artistes, designers, cinéastes et commissaires développant des approches critiques de l’IA, de l’intimité et de la culture technologique. Au-delà du MIT, j’aimerais visiter le MIT Museum, l’ICA Boston, le Boston Center for the Arts et le Carpenter Center. Un déplacement à New York me permettrait également de rencontrer les équipes de NEW INC et de Rhizome.
En partenariat avec
Le Cube Garges
MIT Media Lab – Advancing Humans with AI
Advancing Humans with AI (AHA) est un programme de recherche du MIT Media Lab qui étudie l’impact de l’intelligence artificielle sur les expériences humaines, notamment la cognition, les émotions et les interactions sociales, afin de concevoir des interactions humain-IA favorisant le bien-être et l’épanouissement.