Timothée Varon
Artiste lyrique
Septembre-Novembre 2025
Julien Mignot / Opéra national de Paris
- Musique
- La Nouvelle-Orléans
« Les liens d’influence et fractures entre musique classique et musique créole racontent beaucoup de notre histoire et de notre identité plurielle. Je souhaite les faire entendre en explorant un répertoire méconnu et des créations originales, d’hier à aujourd’hui. »
J’ai commencé la musique par le reggae et le rap, à l’adolescence, au sein d’un collectif que j’avais créé et où je chantais, écrivais et composais. L’opéra a été pour moi une découverte tardive et une révélation, à l’âge de vingt ans, alors que j’étudiais les Humanités à l’Université. J’ai eu l’impression puissante d’avoir trouvé le médium artistique à travers lequel je voulais m’exprimer. Cet art, que l’on dit « total », conjugue à lui seul plusieurs de mes passions : le chant bien sûr, mais aussi la littérature, la musique, le théâtre et les arts visuels.
Le rapport que l’opéra entretient avec l’Histoire m’interpelle ; il permet aux sociétés occidentales de garder un lien vivant avec la musique et les récits de leur passé. Je suis sensible à cette culture légitime qu’on aide à traverser les siècles et les océans, mais aussi, depuis toujours, à celle qui résiste à l’oubli contre vents et marées. Je me demande de quelle façon nous pouvons les exprimer ensemble.
Originaire de La Réunion, j’ai commencé il y a plusieurs années à construire un projet né d’un premier désir : faire entendre d’une nouvelle façon le maloya, genre musical majeur de l’île descendant des chants et des danses des esclaves et travailleurs engagés, et classé par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en proposant des compositions classiques originales de ce répertoire.
Les nombreuses rencontres que j’ai faites dans le cadre de ce premier projet m’ont encouragé dans l’idée qu’il était important d’écrire de la musique classique avec de nouveaux matériaux, tout en respectant l’essence même de la langue, des textes et du genre. C’est ce que je souhaite approfondir au cours de ma résidence.
Né en 1991, le baryton Timothée Varon est issu du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon. Nommé Révélation de l’ADAMI en 2018, « Prix Révélation » du Concours Raymond Duffaut, il s’est perfectionné à l’Académie de l’Opéra national de Paris. Il interprète de nombreux rôles du répertoire, du baroque au XXème siècle, dans les principaux opéras de France et d’Europe. En 2024/2025, il chante notamment le rôle-titre de Don Giovanni au Théâtre de l’Athénée ainsi que Winterreise en récital dans plusieurs salles de concert, et se produit dans les auditoriums de Nantes et Angers, à l’Opéra de Dijon, à l’Opéra de Toulon et à l’Opéra Royal de Versailles.
Mon projet pour la Villa Albertine entend interroger la fracture entre la musique traditionnelle créole et la musique dite savante, d’hier et d’aujourd’hui.
Mon travail a débuté avec le maloya, musique créole par essence. Son alliage avec la musique classique fait apparaître plusieurs questions : comment se répartissent les apports musicaux des différents peuples déplacés sur une terre vierge, colonisée et créolisée ? Dans un contexte esclavagiste et post-esclavagiste, comment le langage musical du groupe dominant se conjugue-t-il avec celui du groupe dominé ?
Partant de ces interrogations, je me suis intéressé aux premières apparitions des musiques créoles dans le champ de la musique classique. Au cours de voyages en Guyane puis au Brésil avec l’Opéra national de Paris en 2022 et 2023, j’ai découvert un répertoire méconnu. J’ai été surpris de constater qu’il existe depuis le début du XIXème siècle des mélodies lyriques, pour piano et chant, écrites par des compositeurs créoles et qui évoquent cette culture et ces rythmes. On les retrouve à La Nouvelle-Orléans, avec Louis-Moreau Gottschalk qui a, par exemple, composé en 1854 une symphonie dans laquelle des noirs libres de Cuba jouaient la partie rythmique sur leurs tambours traditionnels ; mais également à Salvador de Bahia, Port au Prince et La Havane, ou encore en France avec Maurice Ravel et ses Chansons Madécasses, d’après l’œuvre du poète réunionnais Evariste de Parny.
Le temps de résidence à La Nouvelle-Orléans me permettra de plonger dans cette histoire musicale complexe, fortement influencée par les évolutions du contexte social et politique, depuis un territoire emblématique de ces relations poreuses et conflictuelles, souvent paradoxales. Je poursuivrai plusieurs champs d’exploration : découverte ou redécouverte des partitions, rencontre avec les chercheurs et artistes qui se saisissent de ces questions, travail d’interprétation pour donner voix à cette musique plurielle.
En tant qu’interprète, je souhaite porter à la scène ce répertoire méconnu voire oublié aux côtés de pièces revisitées et de créations originales.
La Nouvelle-Orléans est la ville des Etats-Unis qui a vu se construire le deuxième opéra du continent, et sûrement le premier en termes d’importance et de rayonnement. Il semble que sa construction soit due en grande partie à l’influence de familles esclavagistes françaises, qui ont fui, souvent avec leurs esclaves, la révolution haïtienne. C’est donc dans un monde créole en pleine bascule que l’art lyrique a fait irruption en Louisiane.
Pour ma recherche sur les points de rencontre et d’influence entre la musique classique et la musique créole, il m’est rapidement apparu fondamental de me plonger dans ce territoire, d’interroger son passé et son héritage auprès de chercheurs en histoire, sociologie et musicologie, et de rencontrer les compositeurs, musiciens et poètes qui y vivent et créent aujourd’hui.
La Nouvelle-Orléans est connue comme le berceau du jazz, dont la composante classique n’est plus à démontrer. Musique classique, musique créole, jazz: au travers de mon travail, ce sont aussi les frontières autour de ces différents genres que je souhaite interroger, en explorant les influences et contextes historiques qui y ont présidé.
En partenariat avec
Académie de l’Opéra national de Paris
Musée de l’Histoire de l’Immigration
Direction des Affaires culturelles de la Réunion
La Fondation Société Générale
La Fondation Société Générale contribue au développement d’une société plus inclusive et plus durable en soutenant des initiatives porteuses d’impact sociétal positif dans les domaines de l’Éducation, de la Culture et de l’Environnement. Forte de l’esprit d’entreprendre qui l’anime, elle apporte son soutien à des structures d’intérêt général et des organismes culturels qui mettent en œuvre des projets à fort potentiel d’impact, qu’il s’agisse d’initiatives naissantes ou de grande ampleur. Elle agit en France, au niveau national et régional et soutient également des projets multi-pays ou à rayonnement international.
Grand Mécène des résidences de la Villa Albertine, la Fondation Société Générale s’engage, à travers ce partenariat exceptionnel, à soutenir le parcours professionnel des artistes et à promouvoir l’excellence artistique. Elle contribue ainsi au dialogue transatlantique autour des arts et au rayonnement culturel français à l’international. La Fondation favorise tout particulièrement le développement de la musique classique au sein des résidences, via un appel à projets dédié, prolongeant un engagement de plus de 38 ans dans ce domaine. Ce partenariat s’inscrit également dans la continuité du soutien apporté par le groupe Société Générale à l’art contemporain depuis 30 ans, notamment à travers une Collection de près de 1 800 œuvres — peintures, arts graphiques, photographies et sculptures — d’artistes français et internationaux. Par ces différents engagements, Société Générale réaffirme son attachement à la création artistique et à son excellence, en France comme à l’international.
Pour plus d’informations, rendez-vous sur https://fondation.societegenerale.com/fr.