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Nawel Ben Kraïem

Chanteuse, poétesse
Avril - mai 2027

  • Musique
  • Chicago
  • New York

« Je souhaite explorer les liens qui existent entre les poètes et auteurs-compositeurs américains et nord-africains, et créer un dialogue entre ces deux mondes. »

Je viens d’une culture où la poésie est avant tout orale. Pour moi, les concerts et les performances sont une manière de maintenir la poésie vivante, de l’inscrire dans le corps et dans la voix, et de la libérer de l’élitisme auquel elle est parfois cantonnée. Je crois profondément au pouvoir de la chanson et de la poésie. Elles sont pour moi des voies d’accès à l’émotion, à la spiritualité et à la pensée critique.

J’ai grandi à Tunis jusqu’à l’âge de seize ans, avant de partir vivre à Toulouse puis à Paris. Ma famille est originaire du sud rural de la Tunisie, tandis que ma mère vient d’une famille rurale du sud de la France. J’ai été façonnée par ces paysages contrastés. Sur les plans social, culturel et émotionnel, ils ont éveillé en moi une sensibilité aux marges, à l’hybridité culturelle et à ce que ces regards peuvent apporter à la création artistique.

À travers mon travail, j’explore les croisements entre migration et sentiment d’appartenance, voix des femmes, spiritualité, résistance et hybridité culturelle. Mon processus de création est à la fois un cheminement artistique et une démarche de transmission et de mémoire. Parallèlement à mes propres chansons et poèmes, je donne régulièrement voix à des artistes d’origine nord-africaine qui s’expriment à la croisée de la poésie, de l’activisme et de la tradition.

En Afrique du Nord, les liens entre poésie et musique sont millénaires. La tradition du Malhun, poésie populaire chantée, traverse ma mémoire familiale. Parallèlement, mon travail s’est nourri du dialogue entre les cultures nord-africaines et afro-américaines. J’ai découvert Audre Lorde, puis bell hooks, dont la poésie et l’engagement m’ont aidée à comprendre ma position de femme artiste entre plusieurs mondes.

Patti Smith m’a montré le lien entre musique et littérature ; elle-même a été inspirée par Isabelle Eberhardt et par son amour de l’Afrique du Nord. J’ai suivi ce chemin à ma manière, en me rendant en Algérie pour rendre hommage à Rachid Taha sur sa tombe, un artiste et une figure tutélaire dont l’influence dépasse largement les frontières de la France et des États-Unis.

Pour 2027, je souhaite développer un nouvel album en hommage à Rachid Taha, en m’appuyant notamment sur Barbès et Diwan 1 & 2, tout en faisant dialoguer ces influences avec mon propre univers et mes propres inspirations.

 

Née et ayant grandi entre la France et la Tunisie, Nawel Ben Kraiem débute sa carrière musicale à Paris comme chanteuse du groupe Cirrus Group. En 2009, elle sort son album Mama Please (Iris Music / Harmonia Mundi) et remporte le Prix Découvertes RFI à Monte-Carlo. Après plusieurs tournées internationales, elle entame une carrière solo avec un style singulier mêlant arabe tunisien, français et anglais. Elle collabore notamment avec Axel Bauer et Agnès Jaoui et assure les premières parties de Natacha Atlas, Susheela Raman et Ayo.

Nawel est également l’autrice de deux recueils de poésie salués par la critique et de deux romans. Son nouvel album, Troubles, est sorti en mai 2026.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Rachid Taha et, au cours des quatre dernières années, de me produire régulièrement avec son groupe, L’Armée Mexicaine, dans le cadre de tournées-hommages, notamment en Algérie.

Cette expérience a constitué un tournant. Elle m’a donné envie de créer un nouvel album qui serait à la fois un écho et un dialogue avec son œuvre — une sorte de « Diwan en écho ». À l’image de son travail, qui réunissait des chansons faisant résonner sa mémoire et son héritage, je souhaite rassembler des chansons et des poèmes qui m’ont marquée, en puisant dans le patrimoine tunisien et la poésie afro-américaine, à travers un prisme punk-rock.

Son premier album, Barbès, enregistré aux États-Unis en 1991, au cœur de l’ère grunge, a donné à sa musique une forte dimension internationale.

Son album Diwan, sorti en 1998, rend hommage aux grandes voix du raï et de la musique arabe traditionnelle. Il y intègre également la poésie arabe et des thèmes politiques, de la guerre d’Algérie aux droits des immigrés.

Cette résidence serait l’occasion idéale d’explorer et d’intégrer la poésie afro-américaine à ce projet, et de créer un dialogue entre les cultures nord-africaine et américaine, à l’image de celui que Taha a construit tout au long de son parcours musical et de son rapport au rock.

Je souhaite séjourner à New York afin de m’immerger dans la scène musicale, de rencontrer des artistes locaux, des universitaires et des partenaires culturels, et de retracer le processus d’enregistrement de Barbès avec certains des membres de l’équipe originale qui ont participé à l’album et qui sont toujours actifs à New York.

Je souhaite également me rendre à Chicago afin d’approfondir ma compréhension de la poésie américaine et afro-américaine contemporaine et d’explorer la manière dont elle pourrait résonner dans ce projet.

Mener ce projet aux États-Unis me permettrait de rendre hommage aux figures qui ont nourri mon parcours artistique, tout en construisant un dialogue direct entre les cultures nord-africaine et américaine.

Choisir New York et Chicago, c’est m’immerger dans les territoires physiques où la poésie afro-américaine s’est constituée en outil de libération politique. Chicago m’offre la mémoire de la trajectoire ouvrière et des migrations, miroir des déplacements et exils nord-africains. New York m’offre la polyphonie d’une ville-monde où les poésies des diasporas s’inventent au quotidien.
En tant que poétesse et chanteuse, ces deux villes incarnent une géographie du souffle et de la voix : le Blues et le Slam à Chicago, la tradition du spoken word à New York.
Mon projet ne cherche pas seulement à rencontrer des acteurs, mais à habiter ces espaces : les quartiers, les scènes ouvertes, les lieux d’archives et de mémoire. La tension urbaine et la richesse culturelle de ces deux métropoles constituent le matériau du texte et des compositions que je créerai après cette phase de recherche et d’immersion .
New York incarne le carrefour cosmopolite des diasporas et le centre névralgique de la polyphonie littéraire. C’est le berceau historique où la poésie s’est affirmée comme une arme d’émancipation politique majeure, portée par les figures majeures de la Harlem Renaissance et du Black Arts Movement telles que Langston Hughes, Audre Lorde ou Amiri Baraka. La ville offre un espace privilégié d’intersection entre les langues, les mémoires de l’immigration et la puissance du spoken word, idéal pour penser les convergences entre les traditions poétiques nord-africaines et afro-américaines. Enfin, riche de ses communautés diasporiques, de ses revues indépendantes et de ses institutions d’archives comme le Schomburg Center for Research in Black Culture, New York constitue un pont transatlantique indispensable pour documenter et faire vivre la circulation des idées et des luttes entre le continent africain, la Caraïbe et les États-Unis.
Chicago s’impose aussi comme un laboratoire vivant de la création afro-américaine et un carrefour historique de résistances. Capitale de la Great Migration, la ville a vu émerger une poésie urbaine, ouvrière et politique dont les récits de déracinement et de reconstruction résonnent avec l’histoire des diasporas nord-africaines. Ancrée dans une tradition militante incarnée par des figures comme Gwendolyn Brooks, ou  la maison d’édition Broadside Press; elle noue un lien indissociable entre écriture poétique, espace public et engagement communautaire. Pour une chanteuse et poétesse, Chicago offre également une sorte de géographie sonore : berceau du Blues, du Jazz urbain et du Slam. Enfin, cet héritage de luttes locales – du Black Panther Party de Fred Hampton jusqu’aux mouvements contemporains comme Black Lives Matter, entre en écho direct avec la poésie militante, l’engagement anticolonial et les littératures de libération nord-africaines dont les engagement s’expriment par le prisme de l’intime, ce qui est au cœur de mes centres d’interêts comme de ma démarche artistique.

En partenariat avec

Institut du monde arabe

L’Institut du monde arabe a été fondé en 1980 par la France et les États de la Ligue arabe pour faire connaître et rayonner la culture arabe sous toutes ses formes. Lieu de rencontre et d’échange, installé dans un bâtiment conçu par Jean Nouvel et Architecturestudio, inauguré en 1987, l’IMA contribue depuis 35 ans au renforcement des liens culturels, politiques, économiques et sociaux entre la France et le monde arabe.

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