Maisha Maene
Cinéaste
Février 2027
- Cinéma
- San Francisco
« De l’invention mécanique à la cognition numérique, la relation de l’humanité à la technologie révèle à la fois des formes de progrès et d’exploitation. »
En tant qu’artiste, je développe une pratique artistique et culturelle depuis 2018. Partant du constat que l’Anthropocène est une époque marquée par une crise de l’imaginaire, mon travail cherche à questionner et à élargir nos manières de percevoir notre interdépendance avec le monde naturel et les technologies.
Je travaille toujours dans un échange interdisciplinaire avec d’autres artistes, des anthropologues et des chercheur·ses. Cette approche collaborative me permet de développer un langage artistique sensible, qui vise à éviter la provocation politique tout en s’engageant profondément dans les enjeux sociopolitiques urgents. Mon travail initie des discussions sociales et culturelles à travers le médium du film, mais prolonge également ces conversations dans l’espace public.
À travers les performances des protagonistes de mes films dans des espaces publics, les sujets abordés sont directement portés auprès du public lors d’expositions et de projections. Il en résulte une forme interactive et performative de recherche artistique. Cette approche engage à la fois les spectateur·rices et les passant·es, favorisant des rencontres et des dialogues spontanés qui dépassent les contextes traditionnels de visionnage et approfondissent l’engagement avec les thèmes des films.
Sur le plan méthodologique, mon travail s’appuie sur le concept de technê, qui souligne les relations entre science, art et environnement. Il repose sur une compréhension fondamentale de la technologie : non pas seulement comme un ensemble d’outils ou de machines, mais comme un ensemble de pratiques culturelles profondément ancrées, qui façonnent l’expérience et la perception humaines. En intégrant ces réflexions, mon travail remet en question les récits dominants et invite les publics à imaginer de nouvelles possibilités au-delà du paradigme technologique actuel.
Mon projet actuel, Lobi, s’inscrit dans la continuité de mes recherches de cinéaste autour de l’environnement, du lien humain à la technologie et de l’extraction minière, déjà explorées dans mes travaux précédents, notamment mon dernier court métrage Mulika, projeté au festival de Sundance ainsi que dans plusieurs festivals internationaux.
Maisha Maene est un artiste visuel et réalisateur congolais dont la pratique interroge la manière dont les formes performatives peuvent honorer les artefacts culturels comme des vecteurs vivants de mémoire et de patrimoine. Ses films récents, dont le court métrage Mulika, ont été présentés à Sundance, Locarno, Clermont-Ferrand et à la Biennale Video Brasil de São Paulo. Son travail met en lumière les liens entre droits humains, conscience environnementale et résilience culturelle. Il a participé à la Berlinale Talents Doc Station en 2024, au Camp SandBox à San Francisco la même année, puis à l’IDFA Academy en 2025. Il développe actuellement son projet de long métrage documentaire LOBI.
Lobi réfléchit à la manière dont les apports de la physique quantique et des théories écologiques peuvent transformer notre compréhension de l’interdépendance dans un monde façonné par des processus de fragmentation. Ceux-ci résultent historiquement de l’idée selon laquelle nature et culture, intériorité et extériorité, matière et esprit seraient séparés.
À travers le film, Lobi relie les paysages riches en ressources de la République démocratique du Congo aux pôles technologiques des villes occidentales, en faisant intervenir des artistes performeur·ses qui questionnent ces mêmes enjeux. Le film met en lumière les liens visibles et invisibles entre l’extraction des matières premières et le progrès technologique.
De l’invention mécanique à la cognition numérique, la relation de l’humanité à la technologie révèle à la fois des formes de progrès et d’exploitation. Ce projet examine ce parcours en prenant la République démocratique du Congo et le monde occidental comme points d’ancrage de l’économie mondiale de l’énergie et de l’extraction. Les richesses en ressources de la RDC — coltan, cobalt et or — alimentent les technologies contemporaines ; pourtant, leur extraction provoque des destructions environnementales et accentue les inégalités économiques. Ces matières reviennent souvent sous la forme de déchets électroniques, qui polluent les rivières et les écosystèmes, révélant ainsi le coût environnemental du progrès technologique.
Des artistes tels que Paty Kitete, Junior Mvunzi et Lerie Pemanagpo utilisent des matériaux recyclés pour interroger ce paradigme. En mobilisant l’animisme et en reliant les savoirs écologiques autochtones aux sciences contemporaines, ils réinventent l’énergie comme une relation plutôt que comme une ressource à extraire. Les miroirs fragmentés de Paty Kitete reflètent les fractures de la société et remettent en cause l’illusion de séparation qui fonde la pensée occidentale. Son travail met en évidence les formes d’interconnexion, qu’il s’agisse de l’interdépendance écologique ou de l’intrication quantique, et repense la technologie comme un moyen d’affronter nos crises communes.
Junior Mvunzi explore la fragilité et la résistance des matériaux, en écho à la relation de l’humanité à l’énergie et à l’environnement. Lerie Pemanagpo fait dialoguer les traditions orales de Kinshasa avec la recherche de pointe en intelligence artificielle. Par des performances ritualisées, il examine l’entropie et les résonances entre l’humain et la machine.
Je travaille sur ce projet depuis 2024 et poursuis actuellement sa phase de recherche et de développement.
Un lien thématique essentiel entre le monde occidental et le Congo réside dans la manière d’aborder le rapport humain à la technologie et les défis liés aux ressources minières. San Francisco, en particulier, constitue un lieu stratégique pour explorer l’intersection entre l’humain et la technologie, au regard de son histoire technologique déjà marquante et de la réalité actuelle des développements en intelligence artificielle.
Après avoir participé, en octobre 2024, au programme Camp SandBox à San Francisco avec mon projet documentaire Spaceman in Kongo, soutenu par Sundance, j’ai pris conscience du lien étroit entre les ressources minières congolaises et les pôles technologiques occidentaux. San Francisco représente l’un des principaux centres technologiques du monde occidental. En développant depuis lors mon projet expérimental Lobi, j’ai identifié des résonances fortes entre le film et cette ville. Je souhaite approfondir cette réflexion à San Francisco, en travaillant avec des artistes et en réunissant scientifiques, décideur·ses politiques et communautés afin d’aborder les questions de gestion des ressources et de favoriser des collaborations intersectorielles.
Durant la résidence, je souhaite visiter des entreprises et pôles technologiques, rencontrer des scientifiques, des artistes locaux, des chercheur·ses, des responsables politiques et des militant·es associatifs. Ces rencontres me permettront de développer des expérimentations performatives et d’élargir le réseau du projet avec des chercheur·ses, des professionnel·les de la technologie et des institutions culturelles basées à San Francisco.
Je souhaite également associer les communautés de San Francisco à des pratiques participatives de narration et de mémoire incarnée. Enfin, la résidence sera l’occasion de créer des performances publiques qui remettent en cause les récits conventionnels de l’extraction des ressources et du progrès technologique.
En partenariat avec
Kaani Films
Kaani Films est une société de production documentaire qui accompagne la réalisation, la production et la distribution de films et de créations radiophoniques, en particulier sur les questions de la diversité des langages, des mémoires plurielles et de relation avec le vivant.