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Laure Gouraige : écrire dans le Sud américain

Interview

Laure Gouraige est une autrice française dont le travail explore avec finesse les rapports sociaux, les questions de classe, les normes culturelles et les contradictions du monde contemporain. À travers une écriture à la fois incisive et sensible, elle mêle humour, observation du quotidien et regard critique sur les milieux intellectuels et artistiques. Son deuxième roman, Les Idées noires, a été salué pour son ton singulier et sa capacité à saisir les tensions d’une génération confrontée aux enjeux politiques et identitaires actuels. 

Alors qu’elle travaille sur son prochain livre depuis Boone en Caroline du Nord, Laure Gouraige a échangé avec la Villa Albertine Atlanta au sujet de l’écriture de son prochain livre, de ses origines haïtiennes et de ses impressions sur la Caroline du Nord et des États-Unis. 

Ton livre en cours d’écriture rencontre-t-il des échos, un intérêt particulier ici ? 

Oui, c’est un roman qui est nourri par l’univers des Comic books américains, donc forcément, je me sens au bon endroit ! Ce qui m’a beaucoup frappée depuis que je suis arrivée ici, c’est qu’on sent tout de suite qu’aux États-Unis, l’imaginaire des comics et des super-héros fait vraiment partie de la pop culture américaine. Je sens que les gens sont très réceptifs à ce sujet-là et je reçois beaucoup d’échos intéressés, parce qu’en réalité, il y a très peu de romans qui essaient de reprendre les codes des super-héros et de la bande dessinée. Cela intrigue pas mal les gens de voir comment on peut traduire dans une écriture, un univers qui soit aussi visuel que l’univers des Comic Books. Ce qui m’a aussi beaucoup frappé depuis que je suis arrivée ici, c’est qu’il n’y a pas ce regard un peu condescendant qu’on peut parfois avoir en France sur la thématique des comics et des super-héros. Aux Etats-Unis j’ai pu en parler avec des chercheurs qui prennent ces esthétiques et ces narrations très au sérieux et qui sont spécialistes de la question.  

Tu es venue travailler sur ce manuscrit en Caroline du Nord, est-ce que celui-ci entre en résonance avec les réalités du Sud ? 

Le roman n’entre pas directement en résonance avec les réalités du sud-américain, mais le fait d’être ici, forcément, nourrit beaucoup mon imaginaire : mon héroïne vit dans une ville fictive qui a été marquée par un génocide qui a eu lieu à peu près 25 ans avant le début du récit. Même si l’événement n’est jamais nommé précisément, toute la ville en fait porte encore les traces de la violence. La ville du roman s’appelle Mirapolis, je l’ai en partie construite en pensant à Atlanta et à sa Beltline, cette ancienne boucle de voie ferrée désaffectée, qui a été maintenant très modernisée. Toute la narration du livre est ancrée autour de cette délimitation et de ce que représente cette voie ferrée, socialement, politiquement et symboliquement. J’essaie aussi de lire pas mal de littérature américaine, notamment autour de la question de la mémoire, de la ségrégation et de la manière dont l’histoire s’inscrit physiquement sur le territoire. Donc effectivement, le sud est très intéressant pour ça parce qu’on sent qu’il y a un passé qui reste très visible. 

C’est vrai que tu viens en famille voir le match de foot Maroc Haïti de la FIFA ? 

Oui c’est tout à fait vrai. La famille de mon père est d’origine haïtienne et mon oncle est un très grand amateur de football, il était inenvisageable qu’il n’aille pas voir un match ! On est très excités d’aller y assister, c’est un grand événement et culturel et familial. C’est un sport national qui a toujours eu une place très forte en Haïti. Ce qui est assez fou, c’est que cette qualification est la première depuis 1974, c’est un véritable événement national et qui dépasse largement le cadre du sport lui-même. Cela fait maintenant très longtemps que c’est un pays qui est très fracturé et qui est traversé par des crises terribles et le football permet de retrouver une forme d’unité nationale. 

Et puis, ils vont être très soutenus, toute la communauté haïtienne va se déplacer pour voir les matchs, notamment à Atlanta. C’est un événement qui devient presque autant communautaire que sportif. 

Quelles ont été tes impressions de la Caroline du Nord lors de ce séjour ? 

C’est très beau, c’est un endroit très vaste et surtout je suis éblouie par cette nature qui est splendide et luxuriante. C’est inspirant aussi pour mon roman, car même si une partie se passe dans une grande ville, certains personnages fuient dans les montagnes en dehors de la capitale fictive. Ce qui m’a aussi beaucoup frappé en Caroline du Nord et que j’ignorais avant mon arrivée, c’est le dynamisme de la vie intellectuelle locale. Il y a plusieurs pôles de technologie et d’enseignement très stimulants dans la région, avec les universités, la recherche, des infrastructures culturelles. Cela me permet d’écrire dans un équilibre parfait, à la fois dans l’isolement et l’apaisement, tout en ayant accès à des discussions, des rencontres et un matériel de recherche sur le campus qui est très riche. Cela donne une identité très particulière à cette région.