TILT
Artiste
Mai - Juin 2027
- Arts visuels
- Atlanta
« La démarche pourrait relever d’une archéologie de la contemporanéité, mettant au jour différentes strates, différents moments, des surimpressions révélant la mémoire de la Ville sous forme de palimpsestes. »
Mon travail, depuis la fin des années 1980, s’inscrit dans la continuité d’une passion pour la peinture, aussi bien du côté de la tradition du graffiti writing – sa liberté et ses indisciplines – que des héritages de la « grande » peinture et de mon admiration pour Robert Motherwell, Martin Barré ou Gerhard Richter. Je me reconnais donc, du moins pour partie, dans un courant aujourd’hui qualifié de « post-vandalisme », en continuant à utiliser la même signature – TILT – pour mon travail en atelier et celui pour lequel je suis identifié en tant que graffeur.
L’idée de décoïncidence pourrait condenser l’essentiel de ma démarche. Depuis plusieurs années, j’ai entrepris de fabriquer des assemblages en réunissant plusieurs peintures sur toile ou sur supports divers (des objets-peintures). Les fragments représentent des détails de graffitis reproduits en atelier à partir de relevés photographiques réalisés dans l’espace urbain, un peu partout dans le monde, créés à l’échelle 1/1 ou considérablement agrandis.
Ces marqueteries disruptives me semblent rendre compte de la banalité de nos espaces urbains, dans lesquels se télescopent des images et des objets hétérogènes, générant ce qui fait l’esthétique de notre quotidien. Je cherche en effet à transposer en peinture les tensions entre marges et centres, intime et mainstream, autorité et résistance, construction et destruction, car les murs conservent toutes les traces, dans leurs effacements et leurs ruines même. J’ai par exemple voulu, à l’occasion d’installations – à Marrakech ou à Rouen –, donner à voir dans le même temps des lieux vandalisés, violemment surexposés à la lumière, et les variations colorées de peintures qui démultiplient la beauté du quotidien et du détail.
Tilt développe une pratique du graffiti depuis la fin des années 1980 ainsi qu’un travail en atelier. Il a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives, en France et à l’international. Il a été invité en résidence à Chongqin (Tank Loft Art Institute/musée des Abattoirs Toulouse), à Marrakech (Fondation Montresso), à la Biennale d’art contemporain de Marrakech, au Musée Mohammed VI d’art moderne et d’art contemporain de Rabat et à Art Genève. Son travail a fait l’objet de plusieurs publications et vidéos monographiques. Ses oeuvres sont présentes dans des collections publiques et privées, ainsi que dans l’espace public. Il a reçu, en 2018, le prix de la vingtième édition Art Paris Art fair, Promesses, au Grand-Palais à Paris.
J’envisage d’effectuer un relevé de traces qui racontent l’histoire d’une ville, Atlanta, depuis le début des années 1980 jusqu’à ses configurations actuelles. Depuis plusieurs années j’ai entrepris d’effectuer dans l’espace urbain des relevés photographiques de traces de graffitis – et plus spécifiquement les lettrages peints au spray –, mais aussi des opérations de nettoyage qui ont donné lieu à leur effacement. Je me suis en effet attaché à la valeur esthétique des « nettoyages » transformant les peintures initiales de graffitis en surfaces picturales abstraites porteuses de leurs propres valeurs formelles.
Ce projet s’inscrit donc dans une certaine antériorité qui m’a permis d’en valider la pertinence, à l’échelle d’une rue ou d’un quartier. Envisager cette pratique à l’échelle d’une métropole internationale comme Atlanta relève d’une autre ambition. Il s’agit d’effectuer une cartographie de l’occupation de la ville, de ses mutations, des déplacements de ses zones d’activité, de la redistribution des centres et des périphéries, des lignes de forces et de fragilités, de transitions et de télescopages.
La démarche pourrait relever d’une archéologie de la contemporanéité, mettant au jour différentes strates, différents moments, des surimpressions révélant la mémoire de la ville sous forme de palimpsestes. Je suis tout particulièrement concerné par les problématiques de l’urbanisme, en termes sociaux et culturels et j’entends associer à mon enquête un maximum d’acteurs concernés. Relevés photographiques et vidéos, recherche documentaire, rencontres : la méthode sera à la fois personnelle et participative. Le travail pourra donner lieu à plusieurs types de restitutions : exposition de peintures réalisées en atelier à partir des relevés, exposition de photographies prises in situ, projection de vidéos, conférences…
Cette résidence au sein de la Villa Albertine d’Atlanta sera une formidable opportunité de disposer d’un temps long afin de mener à bien ce projet d’envergure et d’en envisager la restitution en France, dans le cadre des échanges transatlantiques depuis longtemps initiés par la Ville.
J’ai séjourné à plusieurs reprises aux États-Unis, à New York, en Californie ou en Floride. J’ai aussi eu la chance de découvrir Atlanta en 2012, pour la réalisation d’une fresque monumentale lors du festival Elevate suite à l’invitation du Bureau des affaires culturelles, dans le cadre d’un accord de jumelage avec ma ville natale, Toulouse. Je suis revenu en 2024 à l’occasion de leur 50e anniversaire pour la restauration de cette fresque. J’ai pu constater par moi-même le fort attachement que les habitants portent encore à cette peinture, dans un quartier resté pratiquement inchangé, ainsi que l’empreinte qu’elle a laissée sur les jeunes générations. C’est donc avec un enthousiasme encore plus grand que je vais pouvoir renouer le dialogue avec cette ville, afin de mener à bien un nouveau projet ambitieux lié à une pratique artistique plus récente.
J’aime l’histoire et la réalité actuelle d’Atlanta : lieu phare de l’émergence du mouvement des droits civiques aux États-Unis, la ville est également à l’avant-garde du phénomène de gentrification, qui transforme profondément ses coutumes et ses mentalités. Atlanta est, par excellence, une ville où les murs nous permettent de lire l’histoire de la ville, où subsistent des traces d’anciens graffitis, où leur effacement a créé de nouvelles marques, souvent proches de la peinture abstraite, et où de nouvelles inscriptions ponctuent aujourd’hui les espaces publics. C’est ce que j’ai pu observer lors de mon récent séjour à Atlanta, en 2024, lorsque mes premières prospections photographiques m’ont permis de prendre la mesure d’un vaste et pertinent site archéologique du contemporain.
En partenariat avec
Mairie de Toulouse
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Le Musée des Beaux-Arts de Rouen abrite l’une des plus prestigieuses collections publiques françaises. Créé en 1801, il réunit peintures, sculptures, dessins et objets d’art du XVe siècle à nos jours, avec des œuvres majeures de Caravage, Rubens, Velázquez, Poussin, Géricault, Monet ou encore Modigliani.
Lieu-Commun
Lieu-Commun est un espace indépendant de création et de diffusion de l’art contemporain, fondé à Toulouse en 2007. Installé dans une ancienne chemiserie de 1 000 m² au cœur du faubourg Bonnefoy, il réunit espaces d’exposition, ateliers d’artistes, studio d’enregistrement et résidence.