Jeff Guess
Artiste
Hiver 2027
- IA
- Los Angeles
« Je prévois de mener des recherches sur la manière dont les sports collectifs professionnels américains servent de terrains d’expérimentation pour la quantification, les algorithmes prédictifs et l’intelligence artificielle agentive, et dont ces méthodes de production de corps statistiques deviennent des modèles généralisables, applicables à d’autres domaines d’une société organisée autour de la mise en données. »
Mon travail artistique se déploie entre photographie, logiciels sur mesure, images en mouvement, performance, installation, pièces sonores et textes. Il constitue une enquête sur les conditions de possibilité de l’image technique et sur ses multiples intrications avec le langage et la voix, ouvrant sur une exploration plus large des relations entre les corps, les infrastructures techniques et le calcul.
Je m’intéresse particulièrement à la manière dont différentes disciplines et sphères de la vie sont rapidement prises dans les rets des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Mes œuvres retracent souvent l’histoire cybernétique de cette vaste captation. Chaque projet implique d’inventer sa propre méthode expérimentale afin d’aborder ces histoires de manière critique.
Parallèlement aux œuvres exposées, je réalise fréquemment des conférences-performances qui commentent ou situent d’autres pièces. Dans ces performances, le récit oral interagit avec des programmes activés par la voix et fonctionnant en temps réel : le récit est ainsi continuellement visualisé et recontextualisé par la machine qui l’écoute.
À la Villa Albertine, j’étudierai l’algorithmisation des sports collectifs professionnels, en rencontrant les spécialistes qui mettent en œuvre les technologies produisant et exploitant des corps statistiques.
Jeff Guess est artiste, enseignant, chercheur et commissaire d’exposition.Son travail a été présenté au Centre Pompidou à Paris, au SFMOMA à San Francisco, au Jeu de Paume à Paris, au Red Brick Art Museum à Pékin, au MUCEM à Marseille, au CaixaForum à Madrid et Barcelone, au MAK Center for Art and Architecture à Los Angeles, à la Fondation Cartier à Paris et à la Fonderie Darling à Montréal.Ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, du SFMOMA, du Centre national des arts plastiques, du Frac Midi-Pyrénées, de l’Espace Gantner et du musée Carnavalet.
Pour ma résidence à Los Angeles, je prévois de mener des recherches sur la manière dont les sports collectifs professionnels américains constituent des terrains expérimentaux pour la quantification, les algorithmes prédictifs et l’intelligence artificielle agentive.
Je m’intéresse à la façon dont ces méthodes de production de corps statistiques deviennent des modèles généralisables, applicables à d’autres domaines d’une société organisée autour de la mise en données.
Les franchises sportives ont intégré l’intelligence artificielle à tous les niveaux de leur fonctionnement : pour optimiser et gérer très finement les performances, renforcer les stratégies d’encadrement, permettre l’identification de talents à partir des données, mais aussi transformer la logistique, rationaliser la vente de billets et intensifier l’engagement des supporteurs et supportrices. Je souhaite étudier ces développements au plus près et retracer la manière dont leurs logiques croisent celles de l’armée, du secteur de la santé et de l’industrie du divertissement.
Je m’intéresse tout particulièrement à la manière dont la collecte de données en temps réel par l’intelligence artificielle et des algorithmes de plus en plus précis ont accompagné et permis une mutation décisive de la place culturelle et économique des paris sportifs. Ceux-ci sont devenus un phénomène culturel américain extrêmement présent, ouvrant à leur tour la voie aux marchés de prédiction, où il est possible de parier sur pratiquement n’importe quel événement.
La résidence Villa Albertine me permettra de franchir une nouvelle étape dans mon travail sur les sports collectifs professionnels et le calcul. Elle me donnera l’occasion de rencontrer une grande diversité d’acteurs et d’actrices mettant en œuvre ces paradigmes, et ainsi de rendre ma recherche plus concrète et située.
J’ai l’intention d’écrire un texte critique ainsi qu’une conférence-performance, qui serviront de point de départ à une série d’œuvres.
Nous vous invitons à évoquer les dynamiques culturelles, sociales ou politiques qui vous intéressent dans la ou les villes où vous souhaitez vous rendre. Quels liens établissez-vous entre ces dynamiques et votre travail ? Quels types de personnes souhaitez-vous rencontrer ? Quels lieux souhaitez-vous visiter ?
Los Angeles est la capitale mondiale du sport, avec douze franchises majeures — davantage que toute autre ville. Elle abrite également certains des programmes universitaires sportifs les plus reconnus, à l’USC et à l’UCLA, et accueillera les Jeux olympiques de 2028. C’est en Californie du Sud qu’une grande partie des outils de quantification reposant sur l’intelligence artificielle, utilisés dans l’analyse sportive, sont développés et déployés : les sports collectifs y deviennent un laboratoire d’expérimentation de nouvelles technologies.
Un axe central de la résidence consistera à rencontrer les personnes travaillant à l’application de l’intelligence artificielle et de l’analyse de données sportives au suivi des athlètes. Je m’intéresse aussi aux lieux où cela se joue : centres d’entraînement, entreprises spécialisées et enceintes sportives. La Crypto.com Arena, Cosm et, surtout, l’Intuit Dome sont conçus comme des espaces d’expérience spectatrice augmentée par l’intelligence artificielle. Ils déploient des services fondés sur la biométrie et l’identité, des systèmes automatisés de gestion des flux de foule et d’allocation des ressources, ainsi que la reconnaissance faciale appliquée aux paris en direct dans les enceintes.
Je serai chercheur invité au sein du programme de master Aesthetics and Politics du California Institute of the Arts. Je me réjouis de ces futurs échanges.