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Simon Rouby

Cinéaste
Printemps 2027

  • Cinéma
  • Miami

« Chaque été, une rivière atmosphérique transporte des centaines de millions de tonnes de poussière saharienne sur huit mille kilomètres au-dessus de l’Atlantique. “Lithométéores” part de ce fait pour en déplier les différentes strates symboliques. »

Dans les villes de France, les pare-brises des voitures sont régulièrement recouverts d’une fine poussière ocre: du sable du Sahara, porté par le vent sur des milliers de kilomètres.

Enfant, j’y lisais l’irruption d’un monde lointain, qui a sans doute orienté mon travail de cinéaste et d’artiste visuel, consacré pour l’essentiel aux liens entre le continent Africain et la France. Mon premier long métrage d’animation Adama, sous-titré «Le Monde des Souffles», faisait déjà de ce sable une métaphore du déplacement et de la migration.

J’ai depuis développé une pratique où l’image animée, la projection et l’installation dialoguent avec la danse et la musique. Avec l’artiste Native Maqari, nous avons mené en binôme depuis 2018 une recherche au long cours au Nord du Nigeria. À travers le regard de la chorégraphe Onye Ozuzu, c’est aux États-Unis que j’ai eu la chance d’explorer les questions de mémoire diasporique.

Récemment, j’ai découvert grâce à eux le nom à la fois scientifique et poétique de ces particules de sable: les Lithométéores, et en particulier le Saharan Air Layer (SAL), un fleuve atmosphérique qui traverse l’Atlantique chaque été. C’est de ce phénomène qu’est né un projet documentaire, où la poussière du Sahara devient à la fois un fait scientifique, un récit de résistance, et une métaphore du déplacement.

 

Simon Rouby est cinéaste et artiste visuel. Arrivé au cinéma image par image, il réalise en 2015 son premier long métrage d’animation, “Adama”, sélectionné aux Césars et aux European Film Awards. Il a étudié aux Gobelins à Paris, à CalArts à Los Angeles ainsi qu’à la Villa Médicis à Rome. Son travail transdisciplinaire dialogue avec les arts visuels et la performance, notamment avec “Almajir” en collaboration avec Native Maqari et présenté au Centre Pompidou en 2021.

Chaque été, le Saharan Air Layer transporte des centaines de millions de tonnes de poussière saharienne sur huit mille kilomètres au-dessus de l’Atlantique. Lithométéores part de ce fait pour en déplier les différentes strates symboliques.

Scientifiquement, cette couche d’air sec chargée de sable étouffe la formation des ouragans atlantiques et rend paradoxalement le sud de la Floride plus habitable. La poussière protège autant qu’elle fertilise et son phosphore nourrit jusqu’à la forêt amazonienne. À Miami, je suivrai les chercheurs de la Hurricane Research Division de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), en particulier le Dr Jason Dunion, qui traque ce phénomène depuis vingt ans.

Historiquement, le SAL retrace les routes du “Middle Passage”. La chercheuse portoricaine Yarimar Bonilla y voit une sorte de diaspora : « des grains de sable soulevés par les vents et forcés à l’exil hors du désert. Presque imperceptibles dans leur individualité, ces infimes particules de poussière ne se perçoivent que dans leur persévérance à rester ensemble, même lorsqu’elles sont catapultées dans des terres lointaines. »

Cette métaphore fait écho au travail d’Onye Ozuzu et son spectacle Space Carcasses, dont je suis le vidéaste. Elle y explore comment le corps déborde de ses propres limites vers l’architecture de l’Atlantique Noir. Les bâtiments deviennent alors une matière vivante qui accumule la mémoire et se porte comme une peau.

Dans ce contexte, Native Maqari, dont la famille est originaire du Sahel, nous a proposé de considérer le SAL lui-même comme une structure en suspension. Cette intuition a conduit Onye à élargir son enquête à l’échelle planétaire: une proprioception qui s’étend du corps au bâtiment, puis du bâtiment à la Terre, faisant de l’atmosphère un contenant commun.

L’œuvre finale sera ainsi collective et collaborative : essai documentaire, installation et performance.

Miami est le point de chute nord américain des huit mille kilomètres du Saharan Air Layer, et la ville où il est le plus précisément étudié. Sur Virginia Key, la NOAA y mène une recherche de pointe, allant jusqu’à faire voler des avions « chasseurs d’ouragans » au cœur des panaches de poussière.

Miami abrite les plus importantes communautés caribéennes et latino-américaines des États-Unis, haïtiennes, dominicaines, jamaïcaines, portoricaines… dont les routes ancestrales se superposent à celle du SAL. À Little Haiti, Overtown ou Liberty City, j’irai à la rencontre des habitants pour écouter ce que leur évoque ce phénomène, en écho au travail déjà engagé autour de l’Harmattan au nord du Nigeria.

À l’image de cette poussière, je cherche moins une démonstration qu’une sédimentation de récits. La résidence sera, je l’espère, un temps où les couches s’accumulent : entretiens, données scientifiques, captation du phénomène… et mon sujet de recherche se déplacera sans doute à mesure que je le suivrai.

Onye Ozuzu réside en Floride du Nord. Nous envisageons d’élargir ensemble le périmètre du tournage jusqu’à Savannah, St Augustine et Jekyll Island, ainsi qu’à San Juan, Porto Rico, où les manifestations du SAL sont tissées dans l’expérience quotidienne.

En partenariat avec

Centre Pompidou

Depuis 1977, le Centre Pompidou présente une riche programmation aux croisements des disciplines et des publics. Son bâtiment emblématique, qui abrite l’une des deux plus grandes collections d’art moderne et contemporain au monde, ainsi que des expositions, des colloques, des festivals, des spectacles, des projections ou des activités pour les plus jeunes, en font une institution sans équivalent, profondément ancrée dans la cité et ouverte sur le monde et l’innovation.

 

En savoir plus

Miyu Productions

Miyu Productions est une société française de production audiovisuelle et cinématographique spécialisée dans l’animation. Fondée en 2009, elle produit des courts métrages, des séries et des longs métrages, avec une ligne artistique exigeante et un engagement particulier en faveur de l’animation indépendante.

OzuzuDances

OzuzuDances est une structure artistique basée aux États-Unis et portée par la chorégraphe et artiste de la performance Onye Ozuzu. Sa pratique transdisciplinaire explore les liens entre traditions chorégraphiques diasporiques, improvisation et performance expérimentale, en plaçant le corps comme espace de mémoire, de transmission et de transformation.