Clara Daguin
Artiste en couture numérique
Automne 2027
- Design & Métiers d'art
- Los Angeles
- San Francisco
« Cette résidence intervient à un moment charnière pour les Métiers d’Art : le geste mécanique est aujourd’hui redéfini par l’intelligence artificielle, avec l’émergence aux États-Unis des interfaces cerveau-machine (Brain-Machine Interfaces, ou BMI), notamment celles qui utilisent des « machines à coudre » robotisées pour implanter des électrodes dans le cerveau. »
Mon intérêt pour l’exploration de la manière dont la technologie affecte et interagit avec le corps, de notre dépendance à celle-ci et de son omniprésence croissante remonte à 2012, lorsque j’ai commencé un traitement médical au moyen d’un dispositif connecté. J’ai alors décidé d’utiliser le corps comme une toile pour explorer la manière dont la technologie transforme notre perception de nous-mêmes dans un monde toujours plus connecté.
Je me considère comme une artiste travaillant à l’intersection des savoir-faire technologiques et du design de mode. Ma pratique s’ancre dans l’intelligence de la main et dans le dialogue entre la tradition des métiers d’art et les courants invisibles de la technologie. Ayant grandi dans la Silicon Valley et ayant été formée à Paris, j’occupe une position singulière entre ces deux héritages et incarne une culture et un regard franco-américains.
La lumière est au cœur de mon travail : je l’utilise comme une matière pour interpréter les énergies et les flux, et rendre visible ce qui ne l’est pas. Dans chacune de mes pièces, le textile est conçu pour intégrer des composants électroniques, créant une interface vivante — une seconde peau augmentée et interactive, animée de mouvements lumineux — qui associe la finesse technologique à la rigueur de la Haute Couture.
Chaque collection et chaque projet spécifique sont l’occasion d’explorer de nouvelles techniques, d’expérimenter avec les matériaux et d’imaginer de nouvelles formes d’interaction. Cette résidence constituera un moment privilégié de recherche et d’inspiration, permettant d’approfondir les questions liées à notre volonté d’augmenter nos corps et nos esprits, aux différentes techniques de hacking dont nous disposons aujourd’hui, ainsi qu’aux projets actuellement développés pour un avenir proche.
Clara Daguin est une artiste française née en France et ayant grandi dans la Silicon Valley, en Californie. Diplômée du California College of the Arts (San Francisco) et de l’ENSAD (Paris), elle a également été finaliste, en 2016, du prestigieux Festival International de Mode et de Photographie de Hyères. Elle collabore avec des artistes, des chercheurs et des institutions, parmi lesquels Google, Baccarat et Nike.
En 2025, elle est nommée Chevalière dans l’Ordre des Arts et des Lettres. En 2023, elle reçoit le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris (Mode) ainsi que le Prix de l’Innovation. En 2024, elle habille Juliette Armanet et Sofiane Pamart pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris.
Le Geste Augmenté
De l’aiguille à broder à la suture neuronale : une étude transdisciplinaire de la précision et du savoir-faire
Cette résidence intervient à un moment charnière pour les Métiers d’Art : le geste mécanique est aujourd’hui redéfini par l’intelligence artificielle, avec l’émergence aux États-Unis des interfaces cerveau-machine (Brain-Machine Interfaces, ou BMI), notamment celles qui utilisent des « machines à coudre » robotisées pour implanter des électrodes dans le cerveau. Je suis convaincue que, pour que la broderie demeure un savoir-faire vivant, elle doit entrer en dialogue avec les aiguilles les plus avancées de notre époque — celles de la neuro-robotique.
Traditionnellement, une suture est conçue pour être statique : elle maintient les tissus ensemble jusqu’à leur cicatrisation. À l’ère de l’intelligence artificielle, le fil devient « vivant », porteur de données. Mon travail a toujours porté sur les signaux invisibles. Cette résidence constitue donc une étape logique : passer des signaux à la surface de la peau aux signaux de l’esprit. Comment représenter une suture qui ne serait pas seulement une ligne sur un vêtement, mais une voie de circulation pour les pensées ? Peut-on envisager le passage du « corps comme toile » au « cerveau comme contrôleur » : un vêtement dont les motifs lumineux ne traduiraient plus seulement le pouls ou les mouvements, mais seraient « peints » intentionnellement par la pensée grâce à une interface cerveau-machine ?
À travers l’étude de ces technologies en plein développement, je souhaite comprendre comment un savoir-faire manuel tel que la couture est en train de se transformer en un outil presque transhumaniste. Je souhaite produire un manifeste visuel intitulé Le Geste Augmenté, qui montrera que les Métiers d’Art ne sont pas des traditions figées, mais constituent au contraire le socle sur lequel se construisent les interfaces technologiques de demain.
Alors que l’Europe excelle dans la préservation des savoir-faire, les États-Unis constituent le laboratoire où se dessine le corps post-humain. La Californie s’impose comme un territoire privilégié pour cette résidence, en tant que capitale mondiale de l’expérimentation autour des interactions entre l’humain et la machine.
Si la Silicon Valley développe les infrastructures technologiques de l’intelligence artificielle, Los Angeles est le lieu où ces technologies sont directement appliquées aux industries du divertissement, du bien-être haut de gamme et du transhumanisme. Los Angeles offre ainsi une convergence unique entre le savoir-faire de haute précision issu de la tradition des costumes hollywoodiens et les recherches pionnières sur les interfaces cerveau-machine (BMI) menées à UCLA et à USC. Mon projet nécessite une immersion dans ces laboratoires américains afin d’observer une nouvelle forme de « broderie » : la suture chirurgicale, guidée par l’intelligence artificielle, de fils neuronaux. Il ne s’agit pas pour moi de remplacer la main, mais de comprendre comment le geste de l’artisan a pu inspirer la précision algorithmique.
Cette résidence représente une évolution majeure dans ma pratique. Après avoir notamment collaboré avec Google et réalisé des pièces sur mesure pour des expositions et des marques, j’ai démontré que les textiles interactifs pouvaient faire le lien entre le monde numérique et le monde physique. Ce séjour me permettra toutefois de passer de la « technologie portable » (wearable tech) à un « savoir-faire cognitif » (cognitive craft). Je souhaite établir un dialogue avec des institutions, des entreprises et des communautés locales qui pourront m’apporter les ressources théoriques et l’expertise technique nécessaires à cette réflexion. Parmi elles figurent notamment le USC Brain and Creativity Institute (BCI), les communautés de biohackers qui adoptent les premières technologies d’implants et de dispositifs portables intégrant l’intelligence artificielle, les communautés liées au bien-être et au transhumanisme, ainsi que des entreprises telles que Neuralink, qui expérimentent activement de nouvelles techniques de neurochirurgie.
Je souhaite revenir en France avec un vocabulaire renouvelé des gestes, à même de rendre compte de la complexité de notre époque.
En partenariat avec
Google France
Google France développe des technologies et des solutions fondées sur l’intelligence artificielle pour accompagner l’innovation, les entreprises et la société, tout en contribuant au rayonnement de la culture française.
EnsadLab
Fondation Bettencourt Schueller
À la fois fondation familiale et reconnue d’utilité publique depuis sa création, en 1987, la Fondation Bettencourt Schueller entend « donner des ailes aux talents » pour contribuer à la réussite et à l’influence de la France.
Pour cela, elle recherche, choisit, soutient, accompagne et valorise des femmes et des hommes qui imaginent aujourd’hui le monde de demain, dans trois domaines qui participent concrètement au bien commun : les sciences de la vie, les arts et la solidarité.
Dans un esprit philanthropique, la fondation agit par des prix, des dons, un accompagnement personnalisé, une communication valorisante et des initiatives co-construites.
Depuis sa création, la fondation a récompensé 676 lauréats et soutenu plus de 1 400 projets portés par de talentueuses personnalités, équipes, associations, organisations.
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