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Feda Wardak

Architecte
Septembre-Octobre 2023

Jola Shehu

  • Architecture
  • Chicago

« Je veux partir de l’histoire urbaine d’un objet hydraulique – que ce soit un bassin versant, un morceau de ville ou de fleuve, un fait climatique, un mouvement communautaire ou politique, un mobilier urbain, ou une rumeur – afin de la mettre en récit. »

Je suis un architecte, un constructeur et un chercheur indépendant franco-afghan basé à Paris. Une partie de ma recherche s’intéresse aux formes d’abandon des politiques publiques et leurs conséquences sur les territoires concernés. Les dispositifs artistiques que je mets en place tentent de révéler le lien qui peut exister entre ces abandons politiques et les logiques d’autodétermination qui en découlent pour les communautés concernées, marginalisant un peu plus ces territoires vis-à-vis de l’appareil d’État.

 

En Afghanistan, je mène depuis plusieurs années des recherches sur mon territoire d’origine, le district de Jeghatu. Les dynamiques impérialistes et capitalistes des cinquante dernières années, à l’origine d’une succession de conflits, ont considérablement impacté les savoir-faire liés à la gestion d’eau dans ces zones tribales. Je travaille actuellement avec un réseau d’artisans locaux afin de construire une école des savoir-faire. Celle-ci se défend comme un espace d’auto-détermination politique et culturel à travers la préservation et la transmission de pratiques menacées de disparition.

 

En France, je m’intéresse aux incohérences liées à l’aménagement de certains territoires engagés dans des processus de rénovations urbaines. Je tente de mettre en récit les violences invisibles qui agissent sur ces environnements et sur les corps qui les traversent, notamment lors de la démolition des Grands Ensembles. Les dispositifs artistiques que je mets en place s’appuient sur ce que je qualifie de « projet économique ». Il s’agit de faire du projet un levier pour de la création d’emplois, l’ouverture d’espaces de formation et la mise en partage de savoirs et de savoir-faire.
 

Les recherches de Feda Wardak s’incarnent dans sa pratique de différentes manières (œuvre plastique, installation paysagère, création chorégraphique, film, édition, performance…). En 2015, il co-fonde la plateforme Aman Iwan et la revue éponyme dont il est aujourd’hui le directeur. En parallèle, il est artiste associé aux Ateliers Médicis (2017-2022), au Quartz Scène Nationale (depuis 2021), au Festival d’Avignon (depuis 2022)… Il est invité à exposer son travail à la Biennale d’Architecture de Venise en 2018, au MAC VAL en 2019, au Dhaka Art Summit en 2020 ou encore à la Biennale d’Art de Lagos en 2023.

Mes recherches de terrain m’ont amené à m’intéresser à l’eau en tant que ressource. Au-delà de la dimension plastique de la matière, j’interroge les politiques de gestion ainsi que les mécanismes de distribution qui y sont liés. C’est autour de cet intérêt que depuis plusieurs années je développe des « machines à eau(x) ».

 

Il s’agit d’installations hydrauliques, paysagères, techniques et sensitives, qui empruntent l’eau à un réseau existant, la font cheminer au sein de l’œuvre avant de la rendre. Se greffer au réseau existant plutôt que de s’en isoler, c’est s’inclure dans un système commun pour mieux révéler ses fragilités. Ces machines à eau(x) ont pour but de rendre lisible et visible les chemins de l’eau, afin que la société civile puisse les comprendre et dans une certaine mesure s’emparer de leur gestion. C’est à cet endroit que la notion de bien commun prend son sens. L’eau peut à la fois prendre le statut de ressource, de support ludique, d’objet politique que l’on dépollue, de matière qui se transforme, d’aliment que l’on ingurgite…

 

Dans le cadre de ma résidence artistique prévue à Chicago – Villa Albertine, je vais m’inscrire dans une logique d’enquête de terrain. Je veux partir de l’histoire urbaine d’un objet hydraulique – que ce soit un bassin versant, un morceau de ville ou de fleuve, un fait climatique, un mouvement communautaire ou politique, un mobilier urbain, ou une rumeur… – afin de la mettre en récit. Ce récit se matérialisera potentiellement par un dispositif artistique dont l’ambition sera de révéler un disfonctionnement urbain pour tenter de le mettre en débat.

En 2017, j’ai été invité à travailler à Clichy-sous-Bois et à Montfermeil en tant qu’artiste-chercheur associé aux Ateliers Médicis. C’est à cet endroit que dans les années 1960, une immense partie de la forêt de Bondy a été rasée et que les sols ont été minéralisés pour permettre la construction des grands ensembles. Ces architectures sont aujourd’hui partiellement démolies dans le cadre d’un chantier colossal ; rénovation urbaine la plus coûteuse de France, construction d’une nouvelle gare du Grand Paris, arrivée du tramway, densification progressive… héritage sans doute des révoltes urbaines et sociales de 2005.

 

En parallèle de nombreux dispositifs artistiques se mettent en place sur le territoire. C’est dans ce contexte qu’un partenariat voit le jour entre différentes structures et artistes de Clichy-sous-Bois et de Chicago. Malgré l’éloignement de ces deux géographies, il existe des similitudes entre certaines incohérences liées à l’aménagement de ces territoires et leurs répercussions directes sur inégalités de classe et d’ethno-racialité.

 

La rencontre d’un territoire par les artistes qui y travaillent a constitué la genèse de mon intérêt pour Chicago où je vais m’intéresser à la relation qui peut exister entre des formes d’abandon politique et leur conséquence sur les mécanismes de gestion et de distribution l’eau. Je ne vais pas m’attacher à une géographie ou une échelle spécifique, l’idée est plutôt de se donner la liberté de poser un regard critique sur un robinet ou une évacuation d’eau tout en le mettant en perspective avec le Bassin des Grands Lacs, qui s’inscrit lui-même dans l’immense bassin versant du Mississippi.

En partenariat avec

Ateliers Médicis

Situés à Clichy-sous-Bois et Montfermeil dans le département de Seine-Saint-Denis, les Ateliers Médicis s’attachent à faire émerger des voix artistiques nouvelles, diverses, et à accompagner des artistes aux langages singuliers et contemporains. Ils accueillent en résidence des artistes de toutes disciplines et soutiennent la création d’œuvres pensées en lien avec les territoires. Ils favorisent et organisent la rencontre entre artistes et habitants.

 

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