Clémence Althabegoïty
Designeuse et plasticienne
Mars 2027
- Design & Métiers d'art
- Los Angeles
« L’art et le design sont envisagés comme des pratiques de médiation, capables de traduire des enjeux scientifiques et réglementaires complexes en formes sensibles et situées, favorisant le débat, le soin et l’imagination. »
Ma pratique se situe dans une hybridation entre design, art et science. En collaboration avec des instituts scientifiques tels que le Muséum National d’Histoire Naturelle et BruitParif, je m’intéresse au silence, à l’eau et à l’air, ainsi qu’à leurs interactions avec la matière. A partir d’analyses contextuelles et de recherches matérielles, je conçois des cartes, des objets, des installations, des espaces et des scénographies. Ma pratique cherche des solutions alternatives, à sensibiliser et à penser de manière critique des questions telles que la hausse des températures, la pollution (bruit, air et sol) et la rareté de l’eau. En appliquant les propriétés uniques de matériaux et d’artisanat, j’aborde chaque projet comme une opportunité d’explorer de nouveaux mediums et de créer des travaux spécifiques à un lieu.
Clémence Althabegoïty est diplômée du Centre for Research Architecture de Goldsmiths (Université de Londres) en 2019, de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2018 et de la Design Academy Eindhoven en 2016. Elle est lauréate des concours FAIRE (Pavillon de l’Arsenal, 2021), Wisewomen (2021) et » Partage ton Grand Paris » (Société des Grands Projets, 2023). En 2024, elle reçoit le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main® dans la catégorie Dialogues avec Catherine Romand. Son travail a été exposé au Design Museum Holon, au Pavillon de l’Arsenal, à la Biennale d’Architecture de Venise, au Mobilier National et au Deutsches Architekturmuseum.
Ce projet étudie la pollution lumineuse comme une condition environnementale majeure, envisagée à travers les prismes de l’art, du design et de l’histoire environnementale. L’éclairage artificiel transforme profondément les environnements nocturnes : il affecte la biodiversité, reconfigure la perception humaine de l’espace et du temps, et reflète des choix politiques, technologiques et culturels inscrits dans les infrastructures. En considérant la lumière à la fois comme un matériau et comme un phénomène atmosphérique, cette recherche analyse comment la nuit est devenue un environnement de plus en plus façonné par le design, et comment cette transformation appelle de nouvelles formes d’attention écologique.
Une partie de la recherche est historique et archivistique. Elle s’appuie sur les collections du Getty Research Institute et du LACMA afin d’examiner la manière dont, depuis le milieu du XXe siècle, les artistes, designers et architectes de l’Ouest américain se sont emparés des questions de lumière, de perception, de paysage et d’environnement. Une autre dimension est fondée sur le terrain et l’espace, à partir de l’observation directe d’environnements nocturnes façonnés par l’éclairage artificiel. Le comté de Los Angeles constitue à cet égard un terrain particulièrement révélateur : l’éclairage à grande échelle y produit une importante lueur nocturne (skyglow) qui s’étend des territoires urbains aux zones côtières et désertiques. Cette continuité entre les infrastructures métropolitaines et les paysages environnants permet d’envisager la pollution lumineuse comme une condition environnementale qui dépasse les frontières administratives et reconfigure des écosystèmes entiers.
Des sites tels que le Griffith Observatory mettent en évidence la tension entre les savoirs astronomiques, l’accès du public au ciel nocturne et l’éclairage urbain. Les échanges avec des réseaux liés à DarkSky International inscrivent également le projet dans les débats scientifiques, réglementaires et territoriaux actuels. Ils relient ainsi la recherche historique et l’observation de terrain aux efforts en cours pour protéger les ciels étoilés.
En situant la pollution lumineuse au croisement des sciences environnementales, de la gouvernance territoriale et des pratiques culturelles, cette recherche vise à contribuer à un champ de connaissances partagé, susceptible d’éclairer les designers, les institutions et les acteurs publics travaillant sur les environnements nocturnes. L’art et le design y sont envisagés comme des pratiques de médiation, capables de traduire des enjeux scientifiques et réglementaires complexes en formes sensibles et situées, favorisant le débat, le soin et l’imagination.
Les États-Unis constituent un contexte déterminant pour un projet de recherche sur la pollution lumineuse, car ils concentrent, à grande échelle, les conditions historiques, technologiques et culturelles qui ont façonné les environnements éclairés à l’échelle mondiale. Le pays a également joué un rôle majeur dans l’émergence des mouvements de sensibilisation environnementale, au croisement de la recherche scientifique, des politiques publiques, de l’activisme et de la production culturelle.
Dans ce cadre plus large, la Californie occupe une position particulièrement stratégique. L’État réunit des régions métropolitaines denses, des espaces naturels protégés, des observatoires et des paysages désertiques, permettant d’étudier la pollution lumineuse à travers des conditions écologiques et territoriales très contrastées.
Le comté de Los Angeles offre un cas d’étude particulièrement éclairant. Comptant parmi les régions métropolitaines les plus illuminées au monde, sa lueur nocturne s’étend bien au-delà de la ville elle-même et affecte les montagnes, les littoraux et les écosystèmes désertiques environnants. Cette continuité entre environnements urbains et non urbains rend visible la manière dont l’éclairage artificiel reconfigure des territoires entiers, plutôt que des sites isolés. La région concentre également des institutions, des chercheurs et des acteurs culturels engagés dans une réflexion active sur ces enjeux. Le Griffith Observatory incarne notamment la tension entre savoir astronomique, médiation auprès du public et réalité de la lueur nocturne urbaine.
Les États-Unis sont aussi le lieu d’émergence et de développement du mouvement international de protection du ciel nocturne. Fondée aux États-Unis, DarkSky International a joué un rôle pionnier dans la définition de normes relatives à l’éclairage extérieur, le développement d’outils de mesure et la promotion de labellisations territoriales qui reconnaissent l’obscurité comme un patrimoine environnemental.
Travailler dans ces territoires permet à la recherche de circuler entre différentes échelles — des infrastructures métropolitaines aux paysages protégés — et de mettre en relation des perspectives archivistiques sur le design environnemental avec des stratégies contemporaines de gestion de la pollution lumineuse. Mener ce travail aux États-Unis donne ainsi accès à un écosystème structuré de savoirs, de politiques publiques et de pratiques autour des environnements nocturnes, tout en inscrivant la recherche dans une conversation internationale sur l’écologie, la perception et la responsabilité environnementale.
En partenariat avec
Fondation Bettencourt Schueller
À la fois fondation familiale et reconnue d’utilité publique depuis sa création, en 1987, la Fondation Bettencourt Schueller entend « donner des ailes aux talents » pour contribuer à la réussite et à l’influence de la France.
Pour cela, elle recherche, choisit, soutient, accompagne et valorise des femmes et des hommes qui imaginent aujourd’hui le monde de demain, dans trois domaines qui participent concrètement au bien commun : les sciences de la vie, les arts et la solidarité.
Dans un esprit philanthropique, la fondation agit par des prix, des dons, un accompagnement personnalisé, une communication valorisante et des initiatives co-construites.
Depuis sa création, la fondation a récompensé 676 lauréats et soutenu plus de 1 400 projets portés par de talentueuses personnalités, équipes, associations, organisations.
Plus d’informations sur www.fondationbs.org | Instagram @fondationbettencourtschueller | X @Fondation_BS | Facebook @Fondation Bettencourt Schueller| #talentsfondationbettencourt.
Getty Research Institute
Le Getty Research Institute est un centre international de recherche consacré à l’étude de la culture visuelle, abritant une importante bibliothèque d’art et des collections d’archives et de documents rares.
Observatoire de l’environnement nocturne (CNRS)
L’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS est un dispositif collaboratif dédié à la production de connaissances scientifiques sur les environnements nocturnes. Il réunit des approches issues des sciences humaines et sociales, des sciences de l’environnement et des sciences de la nature afin de mieux comprendre les socio-écosystèmes nocturnes, les effets de la pollution lumineuse et les enjeux liés à la préservation de l’obscurité.
https://observatoire-environnement-nocturne.cnrs.fr/
Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
Le Los Angeles County Museum of Art (LACMA) est le plus grand musée d’art de l’Ouest des États-Unis. Situé à Los Angeles, il conserve une collection de plus de 155 000 objets couvrant environ 6 000 ans de création artistique, de l’Antiquité à l’époque contemporaine et à travers de nombreuses aires géographiques et culturelles.