Alix Boivert
Musicien
Printemps 2027
- Musique classique
- Boston
- New York
- Washington, DC
« Ce qui me fascine, c’est la manière dont une mélodie quitte un territoire, traverse les frontières, change au contact d’autres cultures et finit par raconter une histoire nouvelle. »
Je me suis toujours davantage intéressé aux voyages de la musique qu’à son histoire figée. Ce qui me fascine, ce sont les circulations : la manière dont une mélodie quitte un territoire, traverse les frontières, change au contact d’autres cultures et finit par raconter une histoire nouvelle.
C’est cette curiosité qui m’a conduit, il y a plus de dix ans, à partir vivre à Dublin pour étudier les sources musicales irlandaises et écossaises du XVIIIᵉ siècle. Depuis, mes recherches m’ont mené dans les bibliothèques, les archives et les collections privées d’Irlande, d’Écosse, d’Angleterre, de Norvège ou de Suède, à la rencontre d’un patrimoine largement oublié. Peu à peu, j’ai compris que ces musiques dites « traditionnelles » n’étaient pas des héritages immobiles, mais des matières vivantes, façonnées par les migrations, les échanges et les bouleversements de l’histoire.
C’est de cette conviction qu’est né The Curious Bards. Avec cet ensemble, je cherche à faire dialoguer la recherche historique et le geste musical. Les manuscrits, les recueils imprimés ou les témoignages iconographiques ne sont jamais pour moi une fin en soi : ils constituent le point de départ d’une interprétation qui redonne à ces répertoires leur souffle, leur spontanéité et leur dimension populaire.
Aujourd’hui, cette démarche m’amène naturellement vers les États-Unis. Les musiques britanniques que j’étudie depuis des années y ont connu une transformation décisive au contact des traditions africaines et amérindiennes. Comprendre cette métamorphose, c’est poursuivre une enquête commencée en Europe et explorer le moment où une mémoire musicale devient une culture nouvelle.
Alix Boivert est violoniste et directeur artistique. Diplômé du CNSMD de Lyon, il fonde en 2015 l’ensemble The Curious Bards, consacré aux musiques populaires d’Europe du Nord au XVIIIᵉ siècle. Son travail, à la croisée de la recherche musicologique et de l’interprétation historiquement informée, l’a conduit à se produire dans plus de 300 concerts en Europe et à enregistrer quatre albums chez Harmonia Mundi.
Depuis plusieurs années, j’explore les répertoires populaires des îles Britanniques au XVIIIᵉ siècle. Au fil de mes recherches, une question est devenue incontournable : que sont devenues ces musiques lorsqu’elles ont traversé l’Atlantique avec les premiers colons et se sont enracinées dans un nouveau territoire en pleine construction ? Mon projet consiste à suivre cette migration musicale jusqu’aux colonies nord-américaines, là où ces répertoires ont rencontré d’autres traditions et commencé à se transformer. J’aimerais retrouver les traces de cette histoire dans les recueils imprimés, les manuscrits, les chansons de rue, les journaux, les instruments et les archives conservés dans les grandes institutions américaines, mais aussi dans des sources plus modestes, parfois périphériques, qui éclairent autrement ces circulations. Je ne cherche pas seulement à identifier des mélodies ou des filiations. Ce qui m’intéresse est le processus même de transformation. Comment un air écossais devient-il une chanson américaine ? Comment les pratiques de danse évoluent-elles ? Quels échanges s’opèrent entre les traditions anglo-irlandaises, les cultures musicales africaines et les pratiques des peuples autochtones ?
À travers ces questions se dessine la naissance progressive d’une identité musicale américaine, bien avant qu’elle ne porte ce nom. Cette résidence sera avant tout un temps d’observation et de collecte. À mon retour, cette matière donnera naissance à un nouveau programme de concert avec mon ensemble The Curious Bards, mêlant pièces inédites, arrangements historiques et restitution sur instruments d’époque, dont certains pourront être reconstruits à partir des modèles étudiés pendant le voyage. Ce projet donnera également lieu à un enregistrement discographique. Plus qu’une reconstitution du passé, je souhaite raconter une histoire de circulations, de métissages et de transmission, où la musique devient le témoin sensible des mouvements de l’histoire.
Les États-Unis représentent pour moi moins un aboutissement qu’un nouveau point de départ. Depuis plusieurs années, j’étudie les musiques populaires européennes avant leur départ vers le Nouveau Monde ; il est désormais temps de suivre leur trajectoire jusqu’au territoire où elles ont profondément changé de nature.
Boston, New York et Washington constituent les trois étapes essentielles de cette recherche. À Boston, je souhaite retrouver les premières traces des répertoires importés dans les colonies à travers les recueils imprimés, les livres de danse et les premières éditions musicales américaines. New York m’intéresse pour la diversité culturelle qui caractérise la ville dès le XVIIIᵉ siècle : c’est un lieu privilégié pour observer la rencontre entre les traditions venues d’Europe et les pratiques locales. Enfin, Washington rassemble des collections exceptionnelles permettant d’étudier les instruments, leur facture et les usages qui les entouraient.
Au-delà des institutions patrimoniales, cette résidence est l’occasion d’engager un dialogue avec celles et ceux qui travaillent aujourd’hui sur ces questions : conservateurs, chercheurs, facteurs d’instruments, musiciens et programmateurs. Je souhaite confronter mon regard de musicien européen à leurs approches et enrichir mes recherches grâce à ces échanges.
L’année du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine offre une résonance particulière à cette enquête. Au moment où le pays interroge son histoire, je souhaite revenir à l’un des récits qui l’a accompagnée depuis ses origines : celui d’une musique née de rencontres, de déplacements et de métissages, dont les échos continuent de traverser l’Atlantique.
En partenariat avec
harmonia mundi
harmonia mundi est un label discographique indépendant français fondé en 1958 par Bernard Coutaz et basé à Arles, principalement consacré à la musique classique, de la musique ancienne à la création contemporaine, et reconnu pour son exigence artistique et la qualité de ses enregistrements.
Musicancy
Le Festival Musicancy est un festival de musique basé à Ancy-le-Franc, en Bourgogne-Franche-Comté, qui propose chaque été une programmation mêlant musiques anciennes, création contemporaine, jazz, conte et formats participatifs, au cœur du château d’Ancy-le-Franc. Il associe exigence artistique, transmission et ancrage territorial.
La Fondation Société Générale
La Fondation Société Générale contribue au développement d’une société plus inclusive et plus durable en soutenant des initiatives porteuses d’impact sociétal positif dans les domaines de l’Éducation, de la Culture et de l’Environnement. Forte de l’esprit d’entreprendre qui l’anime, elle apporte son soutien à des structures d’intérêt général et des organismes culturels qui mettent en œuvre des projets à fort potentiel d’impact, qu’il s’agisse d’initiatives naissantes ou de grande ampleur. Elle agit en France, au niveau national et régional et soutient également des projets multi-pays ou à rayonnement international.
Grand Mécène des résidences de la Villa Albertine, la Fondation Société Générale s’engage, à travers ce partenariat exceptionnel, à soutenir le parcours professionnel des artistes et à promouvoir l’excellence artistique. Elle contribue ainsi au dialogue transatlantique autour des arts et au rayonnement culturel français à l’international. La Fondation favorise tout particulièrement le développement de la musique classique au sein des résidences, via un appel à projets dédié, prolongeant un engagement de près de 40 ans dans ce domaine. Ce partenariat s’inscrit également dans la continuité du soutien apporté par le groupe Société Générale à l’art contemporain depuis 30 ans, notamment à travers une Collection de près de 1 800 œuvres — peintures, arts graphiques, photographies et sculptures — d’artistes français et internationaux. Par ces différents engagements, Société Générale réaffirme son attachement à la création artistique et à son excellence, en France comme à l’international.
Pour plus d’informations, rendez-vous sur https://fondation.societegenerale.com/fr.