Lou Jeunet
Cinéaste
Février 2027
- Cinéma
- Los Angeles
- San Francisco
« Je souhaite rencontrer une nouvelle génération de femmes cheffes californiennes, qu’elles s’inscrivent dans la tradition française du farm-to-table ou qu’elles s’en écartent délibérément. Je veux comprendre comment elles transforment la mémoire, le paysage et l’expérience personnelle en récits à travers la nourriture, et me demander si l’invention par M.F.K. Fisher du récit gastronomique résonne encore aujourd’hui. »
Je fais des films pour célébrer la beauté des corps. Jeunes ou vieux, fragiles ou défiants, retenus ou débordants de vie, les corps ont toujours été la matière première de mon imaginaire. Nourrie autant par la peinture et la photographie que par le cinéma, ma pratique commence par les images plutôt que par les histoires.
Mon processus est presque artisanal. Je collecte des traces, des coupures de presse, des photographies anonymes, des fragments d’archives, que je rassemble dans des carnets jusqu’à ce qu’un univers visuel se dessine. Ces constellations d’images deviennent mon premier scénario, à partir duquel le récit se déploie progressivement. Ce qui commence comme une exploration visuelle intime devient ensuite un langage partagé avec toute l’équipe, du directeur de la photographie aux chef·fes décorateur et costumier. Au cours de la préparation, le découpage visuel du film se construit directement à partir des photographies des lieux.
Mon cinéma est d’abord visuel avant d’être narratif. Je porte souvent en moi des images très précises de scènes, bien avant de savoir comment elles s’inscriront dans une histoire. L’écriture devient alors une manière de préserver la force émotionnelle de ces visions plutôt que de chercher à les expliquer. Ces images intuitives deviennent souvent les moments les plus inattendus et les plus chargés d’émotion de mes films. Elles nourrissent également mon travail avec les acteurs, en guidant la chorégraphie des corps, des gestes et des distances.
Que je travaille pour le cinéma ou la télévision, mon regard reste ancré dans la relation entre le corps et l’image. La télévision a été pour moi un laboratoire où explorer les genres tout en restant profondément attachée aux interprètes. Au fil des années, j’ai développé une approche reconnue des scènes intimes, que je dirige avec soin et précision, en créant un climat de confiance dans lequel les acteurs demeurent des sujets actifs et puissants, plutôt que des objets passifs du regard de la caméra.
Née à Dijon, Lou Jeunet est diplômée de l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son (IDHEC, aujourd’hui La Fémis). Elle débute sa carrière en travaillant sur Frantic de Roman Polanski. Alors qu’elle réalise à Londres un documentaire consacré à Virginia Woolf et Vanessa Bell dans le cadre du programme Villa Médicis Hors les Murs, elle développe un intérêt durable pour la francophilie anglo-américaine et les phénomènes de déplacement culturel. Son téléfilm Favourite Daughter reçoit le prix du meilleur scénario au Festival de télévision de Monte-Carlo et est nommé aux International Emmy Awards. Son premier long métrage, Curiosa, sort à l’international. Elle développe actuellement un nouveau long métrage explorant le dialogue créatif entre les cultures française et américaine.
Mon projet de long métrage s’inspire librement de la vie et de l’œuvre de M.F.K. Fisher. Plutôt qu’un biopic, il s’agit d’un récit d’origine fictionnel imaginant la naissance de sa voix singulière et d’une nouvelle forme littéraire : le récit gastronomique. Situé en 1932, le film suit une jeune Américaine arrivant seule en Bourgogne, où sa découverte du terroir transforme progressivement son rapport au goût, à la mémoire et à l’écriture.
J’aborde ce projet non pas en biographe, mais en cinéaste attirée par le dialogue entre les cultures. Née à Dijon, où Fisher a passé deux années déterminantes de sa vie, je partage avec elle un lien intime avec ce paysage. Mes recherches dans les archives municipales de la ville ont approfondi ma compréhension de l’univers social et culinaire qu’elle a découvert.
La résidence Villa Albertine me permettra d’approfondir à la fois l’écriture et le développement visuel du film. J’aimerais collaborer avec un·e coscénariste américain·e afin d’affiner les dialogues et de garantir l’authenticité des personnages américains. Je souhaite également retourner dans la propriété de M.F.K. Fisher avec sa fille, que je connais déjà, avant d’entreprendre une recherche de terrain à travers la Californie. Je voudrais tenir un carnet de voyage filmé, en observant les paysages, les vignobles, les cuisines et les conversations qui constitueront le carnet visuel du film.
Je souhaite également rencontrer une nouvelle génération de femmes cheffes californiennes, qu’elles s’inscrivent dans la tradition française du farm-to-table ou qu’elles s’en écartent délibérément. Je veux comprendre comment elles transforment la mémoire, le paysage et l’expérience personnelle en récits à travers la nourriture, et me demander si l’invention par M.F.K. Fisher du récit gastronomique résonne encore aujourd’hui. Leurs réflexions nourriront à la fois le scénario et ma compréhension du dialogue créatif entre les cultures culinaires française et américaine.
J’aborde ce projet non pas en biographe, mais en cinéaste attirée par le dialogue entre les cultures. La Californie n’est pas un lieu de recherche parallèle : elle est essentielle aux fondations mêmes du film. C’est le monde que Mary laisse derrière elle lorsqu’elle part pour la France en 1932. Pour écrire son parcours, j’ai besoin de comprendre le paysage social et culturel qui l’a façonnée : la Grande Dépression, l’essor de la production alimentaire industrielle, le développement de la publicité et l’évolution du rapport à la nourriture. À travers les archives de la St. Helena Public Library et de la Napa Valley Wine Library, je souhaite étudier les magazines, les publicités et les publications consacrées à l’alimentation de cette époque, afin de reconstituer le monde dont la voix de Fisher est issue.
À Los Angeles, je me concentrerai sur le scénario. Ma coscénariste sur un autre projet, Julie Peyr, y vit, ce qui en fait un lieu idéal pour repenser la structure dramatique et collaborer avec un·e scénariste américain·e capable d’affiner les dialogues et les voix des jeunes personnages du film.
À Glen Ellen, près de San Francisco, je souhaite visiter la maison de M.F.K. Fisher avec sa fille, et notamment sa cuisine recouverte de laque rouge, bordée de livres de cuisine. Être dans cet espace m’aidera à mieux comprendre le point de départ émotionnel et visuel du film.
Dans la baie de San Francisco, je souhaite mener une recherche de terrain cinématographique, en tenant un carnet de voyage filmé à travers les vignobles, les cuisines, les paysages et les cultures alimentaires locales. À travers des conversations avec des chefs, des auteurs et autrices culinaires et des critiques, je souhaite explorer la manière dont la mémoire, le paysage et l’expérience personnelle façonnent la transformation de la nourriture en récit. Ces rencontres pourraient constituer la matière première d’un documentaire qui accompagnerait le film de fiction.
En partenariat avec
Paradise City Films
Basée à Paris et à Londres, Paradise City est une société de production active dans les champs du cinéma et de l’audiovisuel, née de l’association entre Émilie Georges et Naima Abed. De leurs collaborations au sein de Memento International et de La Cinéfacture, elles ont développé une expertise unique dans le développement, la production et la vente de films internationaux avec des films tels que Call me By your Name de Luca Guadagnino, Drift d’Anthony Chen, The True Story of the Kelly Gang de Justin Kurzel ou encore Piercing de Nicolas Pesce.