Garance Früh
Artiste
Mars 2027
- Arts visuels
- Boston
« Mon projet envisage le spiritisme non comme un phénomène religieux mais comme un dispositif social, corporel et performatif. Je m’intéresserai particulièrement à la manière dont les séances modifiaient les usages du corps : postures, gestes, déplacements, occupations de l’espace ou transformations identitaires. »
Dans ma pratique sculpturale, je recontextualise des objets du quotidien en les associant à des éléments dont les qualités semblent contradictoires. Des équipements sportifs destinés à protéger le corps côtoient ainsi des objets issus de la puériculture, des textiles délicats, des accessoires liés à la séduction ou des formes fragiles moulées en céramique.
À travers ces sculptures et installations, j’interroge les rapports entre protection, défense, vulnérabilité, genre, contrôle et pouvoir. En rapprochant des objets associés à des registres masculins et féminins, robustes et fragiles, protecteurs et contraignants, je cherche à remettre en question les systèmes de classification binaires qui organisent notre rapport aux corps. La sensibilité, la douceur, le soin et la dépendance y apparaissent non comme des signes de faiblesse mais comme des formes de résistance et d’émancipation. Les questions de maternité, de gestation, de soin et de transmission occupent également une place importante dans mes recherches, notamment à travers l’utilisation d’objets et de matériaux liés à l’enfance et à la protection des corps.
Mes recherches récentes ont intégré les vêtements féminins du XIXe siècle; crinolines, corsets et tournures, envisagés comme des dispositifs capables à la fois de contraindre et de façonner les corps. Cette réflexion m’a conduite vers l’étude des premiers mouvements pour les droits des femmes et de leurs croisements avec le spiritisme américain, où les questions de corps, de performance, d’autorité et d’émancipation prennent une forme particulièrement complexe. La résidence Villa Albertine représente pour moi l’occasion d’approfondir cette recherche et d’en nourrir un nouveau corpus de sculptures.
Garance Früh est artiste plasticienne et développe une pratique de la sculpture et de l’installation. Son travail a notamment été présenté au FRAC Île-de-France, à la Fondation Pernod Ricard, chez Ciaccia Levi à Paris, au FRAC Pays de la Loire, à In Extenso à Clermont-Ferrand, à BQ à Berlin ainsi qu’au Japon. Nommée au prix Reiffers Art Initiatives en 2024, elle a été accueillie en résidence de production à Lafayette Anticipations en 2025. La même année, une de ses œuvres intègre la collection du FRAC Île-de-France.
When Tables Turn est un projet de recherche qui prend pour point de départ la naissance du mouvement spiritualiste américain du XIXe siècle et son rôle dans l’histoire des luttes féministes. Dans une société où les femmes étaient largement exclues des sphères politiques, religieuses et intellectuelles, le spiritisme a constitué un espace paradoxal d’expression publique. Considérées comme de simples intermédiaires entre le monde des vivants et celui des esprits, certaines médiums ont néanmoins trouvé dans cette position un moyen d’acquérir visibilité, autonomie économique et autorité. En incarnant la parole de figures masculines reconnues, scientifiques, philosophes ou responsables politiques, elles ont pu occuper des espaces dont elles étaient habituellement exclues. Mon projet envisage le spiritisme non comme un phénomène religieux mais comme un dispositif social, corporel et performatif. Je m’intéresserai particulièrement à la manière dont les séances modifiaient les usages du corps : postures, gestes, déplacements, occupations de l’espace ou transformations identitaires. Je souhaite étudier comment les états de transe pouvaient ouvrir des formes alternatives de présence et d’expression à une époque où les comportements féminins étaient fortement normés.
Cette recherche s’appuiera sur un travail d’archives, la consultation de documents historiques, l’étude d’images et de récits de séances, ainsi que sur la visite de lieux liés au spiritualisme et à l’histoire de la libre pensée aux États-Unis.
La résidence me permettra de constituer un ensemble de matériaux ; notes, images, films, documents et expérimentations sculpturales, qui serviront de base à une future série de sculptures autour des questions de voix, d’autorité, de médiation et d’incarnation.
Les États-Unis occupent une place centrale dans l’histoire du spiritualisme moderne. C’est dans le nord-est du pays que le mouvement s’est développé à partir du milieu du XIXe siècle avant de devenir un phénomène social majeur, étroitement lié aux débats sur les droits des femmes, la réforme sociale, la libre pensée et les nouvelles formes de participation publique.
Boston représente un point d’ancrage particulièrement pertinent pour cette recherche. La ville possède une histoire intellectuelle et politique dense, marquée par les mouvements abolitionnistes, les revendications féministes et les expérimentations religieuses qui ont accompagné l’émergence du spiritualisme. Elle offre également un accès privilégié à des collections, archives et institutions susceptibles d’éclairer les dimensions historiques et culturelles de mon projet.
Je souhaite rencontrer des historien·nes de l’art, spécialistes du spiritualisme, conservateur·rices, artistes et archivistes, dont les travaux interrogent les rapports entre corps, performance, croyance et pouvoir. Ces échanges me permettront d’enrichir ma compréhension des contextes dans lesquels les pratiques médiumniques ont émergé et se sont transformées.
Je souhaite également visiter des lieux liés à l’histoire du spiritualisme, de la libre pensée et des mouvements réformateurs du XIXe siècle, ainsi que des collections consacrées à la photographie spirite et aux formes alternatives de production du savoir.
Au-delà de leur intérêt historique, ces recherches résonnent avec mes préoccupations artistiques actuelles. Elles me permettront d’interroger la manière dont certaines voix parviennent à être entendues, légitimées ou au contraire marginalisées, et d’explorer les formes matérielles et corporelles que prennent ces mécanismes.
En partenariat avec
Palais de Tokyo
Le Palais de Tokyo, plus grand centre d’art contemporain en Europe, propose une expérience multisensorielle, exceptionnelle et hors limite de la création tout en étant traversé par les enjeux du monde contemporain. Il s’affirme comme une plateforme de réflexion engagée et accessible, où le rêve et l’imaginaire deviennent prise de conscience, où la contemplation et l’évasion stimulent la créativité et la connaissance, où l’art dans sa dimension inclusive devient un processus de transformation de l’homme et de la collectivité.