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Jean-Philippe Uzan

Directeur de recherche au CNRS (physique théorique)
Octobre 2022

Crédits: Marili Clark

  • Musique
  • Sciences humaines et sociales
  • Houston

« En partant d’une base fictionnelle, j’aimerais explorer l’imaginaire d’une hypothèse anthropologique de séparation de l’humanité en deux espèces, et de l’évolution de ces extra-terrestres du futur. »

Je suis directeur de recherche au CNRS, spécialiste de gravitation et de cosmologie à l’Institut d’astrophysique de Paris. Je mène aussi une activité de diffusion des connaissances. 

 

Mes recherches sont centrées autour du modèle du big-bang. Mes études m’ont amené à réfléchir sur la nature du savoir produit par la science et sur son articulation avec les autres discours sur le monde. J’ai développé des actions visant à changer le regard du public sur la science (utilisation du cinéma et de la fiction, observations astronomiques de rue) avec un intérêt particulier pour les enfants hospitalisés, les jeunes réfugiés et migrants. 

 

J’explore la porosité entre ces différents regards sur le monde par une approche artistique. Au-delà de l’entre-deux de l’interdisciplinarité, je milite pour une indiscipline comme espace de liberté pour penser le monde sans contrainte disciplinaire en évitant tout relativisme. J’ai exploré les liens entre musique et astronomie dans « L’harmonie secrète de l’univers » (2017), l’évolution de notre regard sur le ciel dans les pièces de théâtre 5.Tera-Nuits+1 (2020) et Dark Conférence (2017). En musique, j’ai participé à la création de l’installation Vostok (2010), à la réalisation de Formulaire (2017) et à l’écriture des Hawking Songs (2021). J’ai initié le projet Sanctuary et transformé la Tour Eiffel en cadran solaire (2019). 

 

Cette résidence me permettra de continuer à explorer notre rapport au ciel, à l’espace et à ses ressources en lui donnant une orientation plus politique, nécessaire dans le contexte actuel. 

 

Jean-Philippe Uzan a publié plus de 150 articles dans des revues internationales et 3 monographies. Il a été directeur adjoint de l’institut Henri Poincaré.  Il a reçu les Prix Paul Langevin (2010) et Georges Lemaître (2015). L’astéroïde (35391) XN3 a été baptisé en son honneur. Il a écrit 9 livres grand public. Son livre « Big-Bang » a reçu le prix du livre d’astronomie 2019. Jean-Philippe Uzan aime croiser les regards de la science, de l’anthropologie et de l’art avec des artistes : le metteur en scène Etienne Pommeret, les compositeurs Eddie Ladoire, Fabien Waksman et Arnaud Petit, et le plasticien SMITH. 

« Dialogue sur deux humanités » part de deux constats sur la conquête spatiale telle que nous la concevons aujourd’hui. 

 

D’une part, le corps humain n’est pas adapté à l’espace. Toute exploration spatiale est synonyme d’une exploration de la plasticité de notre corps, d’évolution et ainsi de métamorphoses de notre espèce humaine. Peut-on penser une humanité hors de la Terre ? Une communauté quittant notre planète n’évoluera-t-elle pas en une nouvelle branche humanoïde, liant intimement dérives spatiale, culturelle et génétique ? Cet élan historique vers l’espace renverserait l’homogénéisation des cultures humaines due à la mondialisation. Cette divergence, premier geste vers une nouvelle diversité humaine, ne signerait-elle alors pas l’acte de naissance d’un « humain extra-terrestre » si ce n’est d’un « extra-terrestre humain », nécessitant de repenser l’altérité ? Serons-nous alors capables de nous reconnaître respectivement en tant qu’humains ? 

 

D’autre part, l’idée même de conquête renvoie à une relation particulière entre nature et culture. Elle pose la question de l’accès aux ressources, de l’appropriation de l’espace et de déterminer au détriment de qui se ferait cette conquête. 

 

En partant d’une base fictionnelle, j’aimerais explorer l’imaginaire d’une hypothèse anthropologique de séparation de l’humanité en deux espèces, et de l’évolution de ces extra-terrestres du futur. Sur quelle base se ferait cette séparation ? Que se passerait-il si une partie de l’humanité partait à la conquête de l’espace au point d’évoluer loin de la Terre ? Que peut-on concevoir scientifiquement, anthropologiquement et artistiquement : trois regards nécessaires pour étudier notre capacité à faire des mondes et à faire monde ?  

 

Laisser vagabonder notre imaginaire à partir de cette hypothèse, c‘est s’interroger sur le socle même de notre humanité. 

Acteur majeur de la conquête spatiale, Les États-Unis impriment une vision et une esthétique, tant par leur technologie que par leur cinéma de fiction. La Nouvelle Frontière est ancrée au cœur de cette histoire. Mais ce mythe porte en lui une vision lourde de la relation au territoire comme un espace à conquérir plutôt que comme une rencontre ou collaboration. Aujourd’hui, un nouveau modèle privé, reposant sur une vision cependant très puérile de l’espace, s’y développe. 

 

Marfa en a subi les conséquences tragiques de la conquête du “nouveau monde” par ces effets sur la nature et les populations premières (spoliation, dépossession, saccage, pollution) par la réduction de leur espace, tant physique que culturelle. Toute rencontre s’accompagne d’une hybridité et d’une adaptation à la culture envahissante. Se pose ainsi la question de la conquête spatiale comme point ultime de l’appropriation des ressources naturelles. Quelle serait, pour reprendre Nathan Wachtel, la vision des vaincus de cette conquête ? 

 

Depuis Marfa, j’aimerais passer du temps dans le désert (miroir de l’isolement dans l’espace), me rendre à l’observatoire McDonald (observer les effets délétères des constellations de satellites), explorer cet espace par la route, dans la navette d’un trucker, pour figurer l’espace et le temps longs et monotones et rencontrer des membres de communautés pueblos (récits cosmologiques sur leur ciel pour illustrer une autre modalité de relation nature/culture) afin de mettre en abyme notre représentation moderne de l’espace et de sa conquête. 

 

Ce travail me permettra de continuer à explorer nos diverses relations au ciel et au cosmos. 

En partenariat avec

Centre Pompidou

Depuis 1977, le Centre Pompidou présente une riche programmation aux croisements des disciplines et des publics. Son bâtiment emblématique, qui abrite l’une des deux plus grandes collections d’art moderne et contemporain au monde, ainsi que des expositions, des colloques, des festivals, des spectacles, des projections ou des activités pour les plus jeunes, en font une institution sans équivalent, profondément ancrée dans la cité et ouverte sur le monde et l’innovation.

 

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