{"id":63796,"date":"2022-09-01T18:12:18","date_gmt":"2022-09-01T18:12:18","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/magazine\/roots-border-art-art-us-mexico-border-2\/"},"modified":"2023-08-23T08:11:01","modified_gmt":"2023-08-23T08:11:01","slug":"roots-border-art-art-us-mexico-border","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/roots-border-art-art-us-mexico-border\/","title":{"rendered":"Aux origines du border-art"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9cembre 1940 : Frida Kahlo retrouve \u00e0 San Francisco son ex-mari, Diego Rivera, et l\u2019\u00e9pouse pour la seconde fois. Le c\u00e9l\u00e8bre et tumultueux couple d\u2019artistes, fervents d\u00e9fenseurs de la R\u00e9volution mexicaine, a d\u00e9j\u00e0 s\u00e9journ\u00e9 aux USA, mais Frida n\u2019aime pas ce pays, qu\u2019elle d\u00e9peint comme une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste d\u00e9truisant les valeurs humaines. En 1932, dans son \u201cAutoportrait \u00e0 la fronti\u00e8re du Mexique et des \u00c9tats-Unis\u201d, elle s\u2019\u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e au centre de la toile, comme une rose d\u00e9racin\u00e9e, suspendue l\u00e0, sans attache. Sur sa gauche, toute l\u2019\u00e9nergie, la vitalit\u00e9 et la fertilit\u00e9 de sa terre natale ; une multitude d\u2019ic\u00f4nes et d\u2019objets issus de la civilisation pr\u00e9colombienne et de la culture mexicaine qui forment une matrice o\u00f9 tout est li\u00e9, interconnect\u00e9 : la vie et la mort, le jour et la nuit, la Terre-M\u00e8re et le Ciel-P\u00e8re. Frida Kahlo est fi\u00e8re d\u2019\u00eatre l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re de cette cosmogonie et cette civilisation am\u00e9rindienne : elles irriguent son style pictural mais, surtout, elles nourrissent son identit\u00e9 et forgent ses convictions politiques.<\/p>\n\n<p>\u00c0 droite du tableau, Frida illustre les \u00c9tats-Unis o\u00f9, bien malgr\u00e9 elle, elle a d\u00fb rejoindre son mari. Ici, l\u2019espace est obstru\u00e9, satur\u00e9 d\u2019usines, de gratte-ciels, de machines, de tuyaux qui s\u2019\u00e9rigent dans ce monde sans vie, sans \u00e2me : les racines se sont mu\u00e9es en c\u00e2bles \u00e9lectriques, l\u2019air est vici\u00e9 par les fum\u00e9es et la terre, asphyxi\u00e9e par le b\u00e9ton, est devenue st\u00e9rile.<\/p>\n\n<p>Frida Kahlo dresse ici une fronti\u00e8re nette et franche entre deux mondes que tout oppose, irr\u00e9conciliables. Ici ou l\u00e0-bas, il faut choisir. Son corps est raide comme un piquet et son regard froid. Cette fronti\u00e8re la traverse de part en part, elle semble la transpercer, comme cette barre de fer qui, lors d\u2019un accident de la route, la laissa handicap\u00e9e \u00e0 vie et sans espoir d\u2019avoir des enfants\u2026 Pendant son s\u00e9jour am\u00e9ricain, elle fera d\u2019ailleurs plusieurs fausses-couches\u2026<\/p>\n\n<p>Le visage et le c\u0153ur de Frida sont irr\u00e9m\u00e9diablement tourn\u00e9s vers le Mexique. Pourtant, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les \u00c9tats-Unis puis divorc\u00e9 de Diego Rivera, elle retourne \u00e0 San Francisco pour se remarier avec lui\u2026 Il est des fronti\u00e8res qui vous appellent, qui vous obs\u00e8dent, qui vous traversent, pour le meilleur comme pour le pire.<\/p>\n\n<ul><\/ul>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"853\" height=\"666\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Frida20self20portrait20border20pic201.jpg\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Frida20self20portrait20border20pic201.jpg 853w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Frida20self20portrait20border20pic201-300x234.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Frida20self20portrait20border20pic201-768x600.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 853px) 100vw, 853px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Self Portrait Along the Boarder Line Between Mexico and the United States, 1932 by Frida Kahlo<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<p>Ce m\u00eame mois de d\u00e9cembre 1940, Diego Rivera, lui, ach\u00e8ve une \u0153uvre monumentale, une commande pour l\u2019Exposition Internationale du Golden Gate (<em>Golden Gate Internationale Exhibition, GGIE<\/em>), sur Treasure Island. Quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 commissionn\u00e9 pour r\u00e9aliser une peinture murale dans le hall d\u2019entr\u00e9e du Rockefeller Center \u00e0 New-York, chef d&rsquo;\u0153uvre architectural de l\u2019Am\u00e9rique d\u2019avant-guerre. Contrairement \u00e0 Frida, Diego est fascin\u00e9 par les USA, par le progr\u00e8s industriel et la modernit\u00e9 de ce qu\u2019il voudrait \u00eatre son pays d\u2019adoption. Ce qu\u2019il veut, c\u2019est promouvoir l\u2019\u00e9change culturel et artistique au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re mexicano-am\u00e9ricaine et m\u00eame par-del\u00e0 toutes les fronti\u00e8res. Il d\u00e9cide donc de peindre une fresque gigantesque, con\u00e7ue dans la plus pure tradition du muralisme mexicain (<em>mexican muralism<\/em>), pour c\u00e9l\u00e9brer le \u201cMariage entre l\u2019expression artistique du Nord et du Sud de ce continent\u201d. Commun\u00e9ment appel\u00e9e \u201cL\u2019unit\u00e9 Pan Am\u00e9ricaine\u201d, cette \u0153uvre repr\u00e9sente l\u2019union de deux cultures, de deux traditions artistiques. Elle glorifie la cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019inventivit\u00e9 des artistes et artisans vivant aux quatre coins des Am\u00e9riques.<\/p>\n\n<p><em>\u00ab I believe in order to make an American art, a real American art, this will be necessary, this blending of the art of the Indian, the Mexican, the Eskimo, with the kind of urge which makes the machine, the invention in the material side of life, which is also an artistic urge, the same urge primarily but in a different form of expression. \u00bb <\/em><em>\u2009<\/em>Diego Rivera<\/p>\n\n<ul><\/ul>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"299\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fresque20pic202.jpg\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fresque20pic202.jpg 1000w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fresque20pic202-300x90.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fresque20pic202-768x230.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Diego Rivera, The Marriage of the Artistic Expression of the North and of the South on This Continent, also known as Pan American Unity, 1940<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757237&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Les deux extr\u00e9mit\u00e9s de la fresque se regardent en miroir. \u00c0 gauche, \u201c<em>The Creative Genius of the South Growing from Religious Fervor and a Native Talent for Plastic Expression<\/em>\u201d rappelle les racines autochtones du peuple mexicain, descendant des civilisations Maya, Aztec et Toltec. Rivera y met en valeur l\u2019art, la culture et la mythologie m\u00e9so-am\u00e9ricaines des premiers habitants du continent (<em>Indigenous peoples<\/em>). En face, le panneau intitul\u00e9 \u201c<em>The Creative Culture of North Developing from the Necessity of Making Life Possible in a New and Empty Land<\/em>\u201d (sic), glorifie les efforts des pionniers venus d\u2019Europe pour conqu\u00e9rir et d\u00e9velopper le continent am\u00e9ricain, et met \u00e0 l\u2019honneur l\u2019innovation et l&rsquo;ing\u00e9nierie de l\u2019\u00e8re industrielle.<\/p>\n\n<p>Dans cette peinture murale foisonnante de symboles et de r\u00e9f\u00e9rences, tout est fait pour que le regard converge vers le centre, o\u00f9 Rivera plante une \u00e9trange et imposante sculpture, tr\u00f4nant en majest\u00e9 et semblant d\u00e9livrer un message de paix et de sagesse : il s\u2019agit de Coatlicue, la d\u00e9esse aztec de la vie et de la terre, se fondant dans un m\u00e9canisme de fertilisation des sols (<em>auto plant stamping machine<\/em>). Ainsi se concr\u00e9tise l\u2019espoir d\u2019une union, voire d\u2019une fusion entre la spiritualit\u00e9 du Sud et la technologie du Nord. Contrairement \u00e0 Frida Kahlo dans son \u201cAutoportrait \u00e0 la fronti\u00e8re du Mexique et des \u00c9tats-Unis\u201d, Rivera con\u00e7oit ici la fronti\u00e8re comme une terre d\u2019\u00e9change et de rencontre, comme le lieu de tous les possibles.<\/p>\n\n<p>\u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan, au-dessus des eaux de la Baie de San Francisco, deux plongeuses qui semblent naturellement pouvoir nager et naviguer d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre. Le Golden Gate Bridge, construit quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, repr\u00e9sente ici l\u2019id\u00e9e d\u2019un pont entre Nord et Sud. Car Diego Rivera est persuad\u00e9 que la coop\u00e9ration entre le Mexique et les \u00c9tats-Unis garantira leur prosp\u00e9rit\u00e9 future. Il croit en cette union sacr\u00e9e.<\/p>\n\n<p>Avec \u00ab\u00a0L\u2019unit\u00e9 Pan Am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, le r\u00e9volutionnaire mexicain appelle de ses v\u0153ux la naissance d\u2019une \u00e8re nouvelle, d\u2019un peuple uni dans les Am\u00e9riques (<em>United people of Americas<\/em>). Il reprend \u00e0 son compte la th\u00e8se de \u00ab\u00a0<em>La raza c\u00f3smica<\/em> \u00bb, d\u00e9velopp\u00e9e par Jos\u00e9 Vasconcelos en 1925, selon laquelle l\u2019Am\u00e9rique serait la terre proph\u00e9tique o\u00f9 fusionneraient les quatre races : africaine, europ\u00e9enne, asiatique et am\u00e9rindienne. Dans son id\u00e9al universaliste et humaniste, Diego Rivera entrevoit l\u2019exemple am\u00e9ricain comme un mod\u00e8le, comme le premier pas vers ce mouvement plan\u00e9taire et inexorable de m\u00e9tissage.\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"562\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Detail20Fresque20pic203.jpg\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Detail20Fresque20pic203.jpg 1000w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Detail20Fresque20pic203-300x169.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Detail20Fresque20pic203-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Diego Rivera, Detail of &quot;The Marriage of the Artistic Expression of the North and of the South on This Continent, also known as Pan American Unity&quot;, 1940<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<p>Frida, elle, ne voit pas les choses de cet \u0153il-l\u00e0, bien au contraire. Elle s&rsquo;inqui\u00e8te de la confrontation des cultures mexicaine et \u00e9tasunienne et porte un regard critique sur l\u2019union non consentie des peuples indig\u00e8nes et des nouveaux arrivants. Elle d\u00e9nonce en particulier l&rsquo;appropriation des terres am\u00e9rindiennes par les anglo-saxons, l\u2019effacement des modes de vie indig\u00e8nes et l\u2019imposition d\u2019une vision occidentale du monde. Sa peinture met l\u2019accent sur les d\u00e9g\u00e2ts occasionn\u00e9s par la colonisation am\u00e9ricaine et sur les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses du capitalisme, de l\u2019industrie extractive et de l\u2019agriculture intensive. Elle rappelle que le progr\u00e8s scientifique peut aussi semer la mort et la d\u00e9solation ; et que pour faire un mariage heureux, il faut \u00eatre deux : se respecter, s\u2019\u00e9couter, accepter la diff\u00e9rence. Pour Frida, la relation entre \u00c9tats-Unis et Mexique est trop asym\u00e9trique pour \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique&#8230;<\/p>\n\n<p>Entre apologie du m\u00e9tissage et peur du changement de civilisation, Diego Rivera et Frida Kahlo, \u00e0 eux deux, illustrent parfaitement l\u2019ambivalence de la fronti\u00e8re, cette terre de friction, de tension qui parfois, miraculeusement, se transforme en trait d\u2019union. La fronti\u00e8re est donc entre eux, dans chacun de leurs tableaux et entre leurs tableaux, entre une vision optimiste et pessimiste du pass\u00e9 et de l\u2019avenir, entre une vision masculine et f\u00e9minine de la f\u00e9condit\u00e9 &#8211; y compris artistique, entre une vision positive et n\u00e9gative des mouvements de population, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019exil ou de colonisation. Mises en parall\u00e8le, ces deux \u0153uvres disent toute la complexit\u00e9 de la fronti\u00e8re et la difficult\u00e9 de la migration, de l\u2019int\u00e9gration, de l\u2019assimilation, telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues par Diego, par Frida, et par tant d\u2019autres\u2026<\/p>\n\n<ul><\/ul><iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757228&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Alors qu\u2019en ce mois de d\u00e9cembre 1940 Frida Kahlo et Diego Rivera s\u2019unissent pour la deuxi\u00e8me fois, dans la fresque c\u00e9l\u00e9brant le \u201cMariage entre l\u2019expression artistique du Nord et du Sud de ce continent\u201d, tous deux se tournent le dos\u2026 Rivera plante l\u2019Arbre maya de la Libert\u00e9 (<em>Maya Liberty Tree<\/em>), main dans la main avec Paulette Goddard, la femme de Charlie Chaplin\u2026 Et il met en exergue cette citation de Thomas Jefferson, auteur de la D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis : <em>\u00ab\u00a0De temps en temps, l\u2019Arbre de la Libert\u00e9 doit \u00eatre arros\u00e9 par le sang des patriotes et des tyrans\u00a0\u00bb&#8230; <\/em>La libert\u00e9 exige des sacrifices, m\u00eame ici, dans le pays qui l\u2019a \u00e9rig\u00e9 en symbole aux yeux du monde. Pour \u00e9pouser de nouveau Diego, Frida aura d\u00fb renoncer \u00e0 ses valeurs et \u00e0 ses id\u00e9aux : la fid\u00e9lit\u00e9 et la conjugalit\u00e9 ; de son c\u00f4t\u00e9, Rivera devra abandonner l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9migrer aux USA et l\u2019espoir de vivre dans un pays en paix. Car avec cette fresque, il exhorte le g\u00e9ant am\u00e9ricain \u00e0 entrer en guerre contre les totalitarismes et \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019Europe contre l\u2019Allemagne nazie, alli\u00e9e \u00e0 la Russie de Staline. La Guerre, c\u2019est le prix de la Libert\u00e9. Et la fronti\u00e8re en est le stigmate.<\/p>\n\n<p>\u00c0 leur mani\u00e8re, Frida Kahlo et Diego Rivera incarnent cette fronti\u00e8re : un couple qui n\u2019a jamais cess\u00e9 de se d\u00e9chirer, de s\u2019affronter, de s\u2019enfermer chacun dans son mode de pens\u00e9e ; mais deux \u00eatres incapables de vivre l\u2019un sans l\u2019autre, d\u2019avancer sans le soutien de l\u2019autre\u2026 Leurs vies comme leurs \u0153uvres illustrent l\u2019interd\u00e9pendance des forces en pr\u00e9sence, leur co-existence, envers et contre tout. La fronti\u00e8re est un mariage de raison, \u00e9tabli pour assurer la stabilit\u00e9 et pacifier ce qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 une ligne de front\u2026 Une ligne de fracture devenue points de suture.<strong> <\/strong>Une cicatrice, comme celles qui parcourent les corps meurtris de Frida et de la soci\u00e9t\u00e9 mexicaine tout enti\u00e8re. Car les fronti\u00e8res ne disparaissent pas. Elles se d\u00e9placent ou s\u2019estompent mais, dans le paysage comme dans les m\u00e9moires, elles perdurent. Elles deviennent alors des \u201cfronti\u00e8res-fant\u00f4me\u201d, avec lesquelles on peut jouer et que l\u2019on peut m\u00eame c\u00e9l\u00e9brer pour mieux les exorciser, comme le veut la tradition mexicaine du Jour des morts (<em>El D\u00eda de los Muertos<\/em>).<\/p>\n\n<p>Quand il \u00e9pouse Frida pour la seconde fois et r\u00e9alise ce \u201cmariage panam\u00e9ricain\u201d, Diego Rivera n\u2019essaie pas d\u2019effacer la fronti\u00e8re, mais de la d\u00e9passer, de la transcender. Dans sa fresque, il prend soin d\u2019illustrer abondamment l\u2019imaginaire militaire et mortif\u00e8re de la fronti\u00e8re, mais aussi de le transgresser et de le renouveler. En imaginant une fronti\u00e8re ligne de vie, source de vie m\u00eame, incarn\u00e9e par une d\u00e9esse de la Terre fertilis\u00e9e, Rivera ouvre grand la voie \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 apais\u00e9e, pacifi\u00e9e, r\u00e9concili\u00e9e.<\/p>\n\n<p>Ainsi \u201cL\u2019unit\u00e9 Panam\u00e9ricaine\u201d, par son symbolisme, r\u00e9pond-elle en tous points aux ambitions politiques, esth\u00e9tiques et \u00e9ducatives du Muralisme mexicain (<em>muralismo mexicano<\/em>) : selon les tenants de ce courant artistique qui vit le jour au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, le peuple \u00e9tant pour l\u2019essentiel analphab\u00e8te et ignorant de son Histoire, il faut peindre dehors, dans la rue, pour rendre les \u0153uvres et les r\u00e9cits accessibles \u00e0 tout\u2219te\u2219s. C\u2019est donc avec le Muralisme que les murs prennent la parole, qu\u2019ils acqui\u00e8rent une port\u00e9e r\u00e9volutionnaire.<\/p><iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757204&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Depuis, le muralisme n\u2019a cess\u00e9 de se propager aux \u00c9tats-Unis, propuls\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne artistique par le Mouvement Chicano : les Chicanos, ce sont ces mexicains devenus \u201c\u00e9trangers dans leur propre pays\u201d lorsqu\u2019en 1848 le Mexique a perdu la guerre contre les USA et la moiti\u00e9 de son territoire*. Avec le d\u00e9placement de la fronti\u00e8re, les populations occupant originellement ces terres sont donc devenues du jour au lendemain \u201cam\u00e9ricaines, malgr\u00e9 elles\u201d. Aujourd\u2019hui encore, c\u2019est ce trac\u00e9 qui d\u00e9limite les deux pays, et c\u2019est ce traumatisme qui poursuit les Chicanos, trop souvent confondus avec les latinos venus plus tard chercher une vie meilleure aux \u00c9tats-Unis. Car les Chicanos, eux, n\u2019ont pas travers\u00e9 la fronti\u00e8re, c\u2019est la fronti\u00e8re qui les a travers\u00e9s. 80.000 mexicains (20% de la population de l\u2019\u00e9poque) vivait alors dans une zone qui correspond aujourd\u2019hui aux \u00c9tats de la Californie, du Texas, du Nevada, de l\u2019Utah ainsi qu\u2019\u00e0 une partie de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Arizona\">Arizona<\/a>, du<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Colorado\"> Colorado<\/a>, du<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nouveau-Mexique\"> Nouveau-Mexique<\/a> et du<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wyoming\"> Wyoming<\/a>.<\/p>\n\n<p>De ce mariage de raison, sont n\u00e9s les \u00ab Mexicains-am\u00e9ricains\u00a0\u00bb qui forment un peuple de l\u2019entre-deux, partag\u00e9, \u00e9cartel\u00e9 entre une terre natale qui ne les reconna\u00eet plus et une terre d\u2019adoption qui les d\u00e9nigre et les maltraite\u2026 En th\u00e9orie, le \u201cTrait\u00e9 de paix, d&rsquo;amiti\u00e9, de fronti\u00e8res et de colonisation avec la R\u00e9publique de Mexico\u201d &#8211; commun\u00e9ment appel\u00e9 \u201cTrait\u00e9 de Guadalupe Hidalgo\u201d &#8211; devait garantir le respect des propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, de la langue et de la culture des Chicanos. Mais, rapidement, ils sont expropri\u00e9s, rel\u00e9gu\u00e9s en p\u00e9riph\u00e9rie des villes dans les <em>barrios<\/em> et <em>colonias<\/em>, et se voient imposer l&rsquo;anglais comme langue d&rsquo;assimilation forc\u00e9e. Plus tout \u00e0 fait mexicains ni enti\u00e8rement am\u00e9ricains, ils entament alors une v\u00e9ritable qu\u00eate existentielle et spirituelle, qui les conduit \u00e0 revendiquer leurs origines am\u00e9rindiennes et leur ant\u00e9riorit\u00e9 sur ce territoire. Ils cultivent un pass\u00e9 glorieux, des origines mythiques et une identit\u00e9 magnifi\u00e9e\u2026<\/p><iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757246&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Dans les d\u00e9cennies qui suivent la guerre mexicano-am\u00e9ricaine et jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960, tels les enfants d\u2019un couple divorc\u00e9, les Chicanos ont pu continuer \u00e0 naviguer d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 traverser la fronti\u00e8re dans les deux sens, cultivant ainsi une \u201cexception culturelle\u201d issue de la rencontre entre les traditions populaires mexicaines et le mode de vie \u00e9tasunien. Mais sur le sol am\u00e9ricain, ils restent victimes de discriminations et de s\u00e9gr\u00e9gation raciale, sociale et spatiale\u2026 Plus tout-\u00e0-fait mexicains ni totalement am\u00e9ricains, ils finissent par faire leur r\u00e9volution. Dans les ann\u00e9es 1970, ils entrent dans la lutte pour les droits civiques, en cr\u00e9ant un vaste mouvement politique et artistique : le Mouvement Chicano. Ils y pratiquent un art militant, engag\u00e9, contestataire qui, tout naturellement, s\u2019\u00e9tale sur les murs des grandes villes am\u00e9ricaines, o\u00f9 les fresques murales fleurissent. C\u2019est notamment le cas \u00e0 Mission district &#8211; le quartier latino de San Francisco -, ou dans le Chicano Park, v\u00e9ritable mus\u00e9e \u00e0 ciel ouvert sous le pont qui traverse la Baie de San Diego.\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"499\" height=\"666\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20Art20Pic204.jpeg\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20Art20Pic204.jpeg 499w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20Art20Pic204-225x300.jpeg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 499px) 100vw, 499px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Aude-Emilie Juda\u00efque<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<p>En 1970, le Centro Cultural de la Raza \u00e0 San Diego comme la Galeria de la Raza \u00e0 San Francisco ouvrent leurs portes, avec l\u2019objectif de promouvoir la production artistique et de d\u00e9fendre les droits de la communaut\u00e9 chicana. Frida Kahlo et Diego Rivera sont alors per\u00e7us comme des mod\u00e8les \u00e0 suivre pour faire reconna\u00eetre l\u2019art traditionnel mexicain aux USA. Ils deviennent ainsi p\u00e8re et m\u00e8re d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes qui, en s\u2019inspirant de leurs vies et de leurs travaux, va r\u00e9aliser l\u2019union sacr\u00e9e r\u00eav\u00e9e par Rivera : dans leurs \u0153uvres, les artistes chicanos revendiquent une appartenance \u00e0 une culture transfrontali\u00e8re et transnationale, et glorifient l\u2019hybridation culturelle, en utilisant notamment le spanglish, cette langue issue du m\u00e9lange entre espagnol et anglais.<\/p>\n\n<p>Dans ce contexte d\u2019\u00e9mulation artistique et politique est fond\u00e9, en 1984, le collectif BAW \/ TAF (Border Art Workshop \/ Taller de Arte Fronterizo). Il organise les premi\u00e8res collaborations transfrontali\u00e8res et transdisciplinaires entre les villes jumelles de San Diego et Tijuana, en r\u00e9unissant des artistes, des militants, des journalistes et des universitaires (<em>artists, activists, journalists and scholars)<\/em> originaires des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re mexicano-am\u00e9ricaine. Ce sont les <em>artivists <\/em>du BAW \/ TAF qui inventent l\u2019expression \u201cborder-art\u201d :<em> <\/em>ils construisent et d\u00e9construisent nos repr\u00e9sentations de la fronti\u00e8re, jouent avec l\u2019imaginaire de la ligne, tant\u00f4t vue comme un mur, tant\u00f4t comme un trait d\u2019union, comme c\u2019est le cas avec ce \u201cborder wedding\u201d (mariage transfrontalier) :\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"595\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20wedding20pic205.jpg\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20wedding20pic205.jpg 750w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Border20wedding20pic205-300x238.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Emily Hicks &amp; Guillermo G\u00f3mez-Pe\u00f1a, &quot;Border Wedding&quot;, 1988<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<p>Le 11 mars 1988, Guillermo G\u00f3mez-Pe\u00f1a, membre fondateur et figure de proue du BAW \/ TAF, \u00e9pouse \u00c9milie Hicks, l\u2019artiste avec qui il vit \u00e0 la ville comme \u00e0 la sc\u00e8ne. Tous deux \u00e9changent leurs v\u0153ux sur la plage de Tijuana-San Diego, sectionn\u00e9e par la ligne-fronti\u00e8re&#8230; Mais les futurs mari\u00e9s \u00e9changent aussi leurs places : lui, le Mexicain, se tient du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain ; elle, l&rsquo;Am\u00e9ricaine, se tient du c\u00f4t\u00e9 mexicain\u2026 Symboliquement, chacun se d\u00e9place, fait un pas vers l\u2019Autre et met un pied chez l\u2019autre : ce mouvement simultan\u00e9, cet \u00e9lan r\u00e9ciproque de franchissement de la fronti\u00e8re est indispensable pour poser les bases d\u2019une union harmonieuse. \u201cLa fronti\u00e8re est la m\u00e9taphore de notre couple. C\u2019est ici que nous nous sommes rencontr\u00e9s et c\u2019est sur cette fronti\u00e8re que nous avons fait notre vie. Ce mariage \u00e9tait l\u2019ultime d\u00e9claration de notre engagement l\u2019un envers l\u2019autre.\u201d (<a href=\"https:\/\/www.latimes.com\/archives\/la-xpm-1988-03-11-ca-1145-story.html\">Guillermo G\u00f3mez-Pe\u00f1a, dans le <\/a><a href=\"https:\/\/www.latimes.com\/archives\/la-xpm-1988-03-11-ca-1145-story.html\"><em>Los Angeles Times<\/em><\/a>)<\/p>\n\n<p>Cette photo est donc celle d\u2019un vrai mariage, immortalis\u00e9 comme un acte artistique et politique puis int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 une s\u00e9rie de performances dans lesquelles le duo d\u2019artistes questionne les fronti\u00e8res en se mettant personnellement en sc\u00e8ne sur la fronti\u00e8re mexicano-am\u00e9ricaine. Pour ce couple mixte qui r\u00e9side et travaille \u00e0 la fois aux \u00c9tats-Unis et au Mexique, et qui \u00e9l\u00e8ve ses enfants dans les deux cultures et les deux langues, le border-art est un v\u00e9ritable art de vie \u00e0 la fronti\u00e8re, une fa\u00e7on d\u2019habiter l\u2019entre-deux et de revendiquer une identit\u00e9 m\u00e9tiss\u00e9e. Car l\u2019art frontalier est, fondamentalement, un art m\u00e9tis. En cela, il est v\u00e9ritablement l\u2019enfant naturel du peuple mexicain, dont l\u2019identit\u00e9 nationale est fond\u00e9e sur le concept de m\u00e9tissage (\u201c<em>mestizaje<\/em>\u201d en espagnol) ; et il est, aujourd\u2019hui, le ferment de cette identit\u00e9 \u201camexicaine\u201d qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans les territoires transfrontaliers du Mexique et des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n<ul><\/ul><iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757243&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Le border-art, c\u2019est l\u2019art de notre temps, un art qui prend acte du monde tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui : de plus en plus d\u00e9cloisonn\u00e9, parcouru de part en part par des populations toujours plus curieuses et toujours plus nombreuses \u00e0 se mettre en mouvement. L\u2019art frontalier affirme qu\u2019aucune fronti\u00e8re n\u2019est ind\u00e9passable et encourage le m\u00e9lange des genres, la naissance de pratiques hybrides qui s\u2019appuient sur les fronti\u00e8res, qui les valorisent en tant qu\u2019intersections, en tant que lieux de rencontre, de dialogue et d\u2019\u00e9change entre deux personnes, entre deux pays ou, simplement, entre deux expressions artistiques, comme dirait Rivera. Car c\u2019est \u00e0 la fronti\u00e8re, \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis o\u00f9 tout se croise et tout se rassemble que jaillit la nouveaut\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n<p>La fronti\u00e8re est donc aussi un \u00e9cosyst\u00e8me plein de vie et d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est une matrice. Un espace de libert\u00e9 et d\u2019inventivit\u00e9, un endroit o\u00f9 l\u2019on peut r\u00eaver, se r\u00e9fugier ou s\u2019\u00e9vader &#8211; ne serait-ce que dans l\u2019imaginaire. Tout bien pens\u00e9, Frida Kahlo aurait-elle peint si elle n\u2019avait eu cet accident de la route qui la cloua au lit pendant des mois ? Les quatre murs dans lesquels elle \u00e9tait enferm\u00e9e ne l\u2019ont-ils pas aid\u00e9e \u00e0 se relever ? Ses cicatrices n\u2019ont-elles pas \u00e9t\u00e9 \u00e9mancipatrices ? De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019art frontalier est un art cathartique, qui permet de transcender les difficult\u00e9s, d\u2019apaiser les souffrances, d\u2019apprendre la r\u00e9silience.<\/p>\n\n<p>Des t\u00eates de pont de l\u2019art contemporain mexicain au <em>border-art<\/em> contemporain en passant par le Mouvement Chicano, la pratique artistique \u00e0 la fronti\u00e8re mexicano-am\u00e9ricaine s\u2019est consid\u00e9rablement intensifi\u00e9e en une centaine d\u2019ann\u00e9es. Bon an, mal an, selon que les politiques migratoires s\u2019assouplissent ou s\u2019affermissent, les artistes transfrontaliers mettent en avant toute la complexit\u00e9 de la fronti\u00e8re et jouent de ce paradoxe : nous avons besoin de limites mais aussi de pouvoir les d\u00e9passer ! La fronti\u00e8re est comme un mariage de raison qui peut se transformer en passion si les deux parties font l\u2019effort d\u2019accepter leurs diff\u00e9rences et de reconna\u00eetre leur interd\u00e9pendance. Elle donne alors naissance \u00e0 des enfants heureux dans l\u2019entre-deux et non plus \u00e9cartel\u00e9s par des identit\u00e9s \u00e9triqu\u00e9es.<\/p>\n\n<p>C\u2019est l\u00e0, l\u2019autre le\u00e7on de l\u2019Histoire : celle racont\u00e9e par le Sud au Nord, par le Mexique aux \u00c9tats-Unis. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un pays m\u00e9tiss\u00e9 o\u00f9 la Terre-m\u00e8re et le P\u00e8re-ciel ont fait pousser des enfants arc-en-ciel, fruits de l\u2019Arbre de la Libert\u00e9. C\u2019est une Histoire de l\u2019Art trop peu racont\u00e9e, celle d\u2019artistes travers\u00e9s par la fronti\u00e8re, m\u00eame habit\u00e9s par la fronti\u00e8re ; et celle d\u2019une ligne de front qui est aussi une ligne de vie o\u00f9 l\u2019on joue avec la mort et o\u00f9 l\u2019on se joue de la mort. Ce n\u2019est vraiment pas un hasard si le <em>border-art<\/em> est n\u00e9 au Mexique\u2026 Et s\u2019il se propage aujourd\u2019hui aussi vite que le monde se referme\u2026 Il est grand temps de faire conna\u00eetre et reconna\u00eetre cet art du compromis, de l\u2019\u00e9quilibre des forces, du respect mutuel ; et il est tout aussi urgent de pr\u00e9server l\u2019existant et de sauvegarder le travail des pionniers.<\/p><iframe loading=\"lazy\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin\" width=\"100%\" height=\"300\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" allow=\"autoplay\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?url=https%3A\/\/api.soundcloud.com\/tracks\/1497757192&#038;color=%23ff5500&#038;auto_play=false&#038;hide_related=false&#038;show_comments=true&#038;show_user=true&#038;show_reposts=false&#038;show_teaser=true&#038;visual=true\"><\/iframe><p>Pendant plus de 20 ans, \u201cL\u2019unit\u00e9 Panam\u00e9ricaine\u201d de Diego Rivera est rest\u00e9e entrepos\u00e9e dans des cartons\u2026 Ce n\u2019est qu\u2019en 1961 qu\u2019elle trouva sa place d\u00e9finitive au City College de San Francisco (CCSF). Depuis juin 2021, alors que le CCSF fermait pour travaux, la fresque murale a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e pour 3 ans au SF MoMA (le Mus\u00e9e d\u2019Art Contemporain de San Francisco) : elle y est pr\u00e9sent\u00e9e dans un espace du mus\u00e9e accessible gratuitement \u00e0 tou\u2219te\u2219s, pour que chacun puisse plonger et replonger \u00e0 sa guise, dans ce r\u00eave panam\u00e9ricain. Courrez donc la voir si vous le pouvez et ne ratez pas la r\u00e9trospective que le SF MoMA consacre \u00e0 Diego Rivera jusqu\u2019au mois de janvier 2023 !<\/p>\n\n<p>\u00a0<\/p><p><em><strong>Aude-Emilie Juda\u00efque <\/strong>est auteure de documentaires sur les migrations et les fronti\u00e8res internationales et r\u00e9sidente de la Villa Albertine \u00e0 San Francisco en f\u00e9vrier-mars 2022 pour le projet d\u2019exposition itin\u00e9rante \u201cExploring borders\u201d, dont elle est co-commissaire avec Anne-Laure Amilhat-Szary (g\u00e9ographe sp\u00e9cialiste des fronti\u00e8res), et qui est produite par Chlo\u00e9 Jarry (Lucid Realities).<\/em><br \/><br \/><em>Entretien avec :<br \/><br \/><strong>William Maynez<\/strong>, <\/em>r\u00e9gisseur depuis plus de vingt-cinq ans u City College de San Francisco (CCSF), sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de la fresque \u201cL\u2019Unit\u00e9 Pan-Am\u00e9ricaine\u201d de Diego Rivera, qui travaille aujourd\u2019hui dans l\u2019\u00e9quipe coordonnant le pr\u00eat de l\u2019oeuvre pour l\u2019exposition \u201cDiego Rivera\u2019s America\u201d au SFMOMA (16 juillet 2022 \u2013 2 janvier 2023)<\/p>\n\n<p><br \/><em><strong>Michael Dear<\/strong>, <\/em>Professeur Em\u00e9rite au College of Environmental Design \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berkeley, auteur de \u201cWhy Walls Won\u2019t Work: Repairing the US-Mexico Divide\u201d (Oxford University Press, 2015) et co-commissaire avec Ronald Rael (auteur de \u201cBorderwall as Architecture: A Manifesto for the U.S.-Mexico Boundary\u201d) de l\u2019exposition \u201cCalifas: Art of the US-Mexico Borderlands\u201d, pr\u00e9sent\u00e9e en 2018 au Richmond Art Center.<\/p>","protected":false},"featured_media":61003,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[265],"app_city_tax":[273],"app_magazine_category":[293],"class_list":["post-63796","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","app_discipline-arts-visuels-fr","app_city_tax-sf-fr","app_magazine_category-territoires-fr"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Aux origines du border-art - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/roots-border-art-art-us-mexico-border\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Aux origines du border-art - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"D\u00e9cembre 1940 : Frida Kahlo retrouve \u00e0 San Francisco son ex-mari, Diego Rivera, et l\u2019\u00e9pouse pour la seconde fois. Le c\u00e9l\u00e8bre et tumultueux couple d\u2019artistes, fervents d\u00e9fenseurs de la R\u00e9volution mexicaine, a d\u00e9j\u00e0 s\u00e9journ\u00e9 aux USA, mais Frida n\u2019aime pas ce pays, qu\u2019elle d\u00e9peint comme une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste d\u00e9truisant les valeurs humaines. 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