{"id":63791,"date":"2023-01-27T17:02:43","date_gmt":"2023-01-27T17:02:43","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader-2\/"},"modified":"2023-08-23T08:11:01","modified_gmt":"2023-08-23T08:11:01","slug":"yvonne-rainer-portrait-dancer-reader","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/","title":{"rendered":"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice"},"content":{"rendered":"<p><strong>Arl\u00e8ne, vous \u00eates curatrice, chercheuse et critique d\u2019art, et passez avec aisance d\u2019un r\u00f4le \u00e0 l\u2019autre. Comment investissez-vous ces diff\u00e9rentes modalit\u00e9s ? Avez-vous une id\u00e9e du r\u00f4le que vous occupez \u00e0 un moment pr\u00e9cis, ou tout cela est-il plus complexe et en constante \u00e9volution\u00a0?<\/strong><br \/>\nJe dirais que c\u2019est \u00e0 la fois complexe et fluide. Avant tout, mon r\u00f4le est celui d\u2019une chercheuse\u00a0; l\u2019\u00e9criture de textes et d\u2019entretiens, de m\u00eame que la programmation d\u2019expositions impliquent de mener des recherches. Mon travail de curatrice est un moyen parmi d\u2019autres de pr\u00e9senter ces recherches et d\u2019initier une discussion collective avec des artistes, des personnes travaillant dans le monde de l\u2019art, et le public. Bien que je m\u00e8ne des recherches dans le milieu universitaire, je ne travaille pas dans un contexte acad\u00e9mique. J\u2019envisage ainsi la recherche comme une pratique autonome, avec son propre vocabulaire.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates laur\u00e9ate du partenariat entre le Centre National des Arts Plastiques (CNAP) et la Villa Albertine. Pouvez-vous pr\u00e9senter le contexte et la th\u00e9matique de votre projet \u00e0 San Francisco ?<\/strong><br \/>\nCette ann\u00e9e, le CNAP et la Villa Albertine ont initi\u00e9 un partenariat afin de soutenir des r\u00e9sidences artistiques professionnelles aux \u00c9tats-Unis. Je leur suis tr\u00e8s reconnaissante d\u2019avoir choisi mon projet pour cette premi\u00e8re \u00e9dition. Ma recherche est une exploration \u00e0 long terme du travail de la chor\u00e9graphe, danseuse et cin\u00e9aste am\u00e9ricaine Yvonne Rainer. N\u00e9e \u00e0 San Francisco au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, elle est une figure majeure de la danse postmoderne et du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental nord-am\u00e9ricain. Ma r\u00e9sidence et mes recherches s&rsquo;attachent \u00e0 mettre en \u00e9vidence l&rsquo;influence des \u00e9crits fran\u00e7ais sur sa vie d&rsquo;artiste, en mettant l&rsquo;accent sur son interpr\u00e9tation et son appropriation de ces textes, des ann\u00e9es 1970 aux ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p><strong>Vos recherches vous ont men\u00e9e \u00e0 New York, Los Angeles et San Francisco. Quelle place la r\u00e9gion de San Francisco occupe-t-elle dans votre r\u00e9sidence\u00a0?<\/strong><br \/>\nYvonne Rainer a quitt\u00e9 San Francisco au milieu des ann\u00e9es 1950 pour New York. Son objectif principal \u00e9tait d\u2019\u00e9tudier le th\u00e9\u00e2tre afin de devenir actrice. Elle a ensuite d\u00e9cid\u00e9 de se consacrer \u00e0 la danse, en suivant l\u2019enseignement de Martha Graham et de Merce Cunningham. Le fait de vivre et de quitter San Francisco ont influenc\u00e9 son travail et les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie d\u2019artiste. C\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019y s\u00e9journe. M\u00eame si la ville n\u2019a plus grand-chose \u00e0 voir avec ce qu\u2019elle \u00e9tait dans les ann\u00e9es 1950, il \u00e9tait indispensable pour moi de l\u2019explorer, car elle est fondamentale dans l\u2019histoire des communaut\u00e9s LGBTQIA+. Bien que de nombreux lieux LGBTQIA+ historiques soient ferm\u00e9s, la ville elle-m\u00eame est une archive. J\u2019ai aussi pu acc\u00e9der aux archives du GLBT Historical Society Museum, l\u2019une des plus vieilles institutions \u00e0 avoir collect\u00e9 des t\u00e9moignages personnels et collectifs relatifs \u00e0 ces communaut\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Votre projet fait le lien entre la c\u00f4te Est et la c\u00f4te Ouest, de New York \u00e0 la Californie, et de Los Angeles \u00e0 San Francisco. Ces mouvements sont intrins\u00e8quement li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire de la danse aux \u00c9tats-Unis. Nous sommes pass\u00e9\u00b7e\u00b7s tout \u00e0 l\u2019heure devant le 321 Divisadero Street, o\u00f9 se trouvait le San Francisco Dancers Workshop d\u2019Anna Halprin, pionni\u00e8re de la danse postmoderne. Il y a maintenant un panneau \u00ab \u00c0 vendre \u00bb. Des photos d\u2019archives montrent des rassemblements communautaires absolument fantastiques, o\u00f9 les corps r\u00eavaient et vivaient en mouvement. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce site l\u00e9gendaire et sur les liens entre Anna Halprin et Yvonne Rainer\u00a0?<\/strong><br \/>\nLa danse postmoderne et l\u2019histoire de l\u2019art am\u00e9ricain sont motiv\u00e9s autant par les relations que par les oppositions entre la c\u00f4te Est et la c\u00f4te Ouest. Anna Halprin a probablement \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res grandes figures de l\u2019avant-garde chor\u00e9graphique \u00e0 quitter New York afin de poursuivre sa carri\u00e8re \u00e0 San Francisco. \u00c0 bien des \u00e9gards, elle a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la d\u00e9construction de la danse d\u2019Yvonne Rainer et la pratique chor\u00e9graphique de l\u2019artiste, danseuse et chor\u00e9graphe am\u00e9ricaine d\u2019origine italienne Simone Forti tout comme l\u2019artiste minimaliste Robert Morris. Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 1960, Yvonne Rainer a particip\u00e9 \u00e0 son premier workshop, \u00e0 l\u2019invitation de Simone Forti (qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque mari\u00e9e \u00e0 Robert Morris). Cette exp\u00e9rience fondamentale l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 imaginer de nouvelles mani\u00e8res de bouger, de danser, de chercher et d\u2019\u00e9crire le mouvement.<\/p>\n<p>L&rsquo;atmosph\u00e8re de la Baie de San Francisco offrant un libre acc\u00e8s \u00e0 la plage et aux montagnes, change le rythme m\u00eame de la danse. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le San Francisco Dancers Workshop a offert une nouvelle salle de danse, o\u00f9 Halprin a remplac\u00e9 les miroirs traditionnels par des arbres et des branches. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, son mari, l&rsquo;\u00e9cologiste et architecte Lawrence Halprin, a con\u00e7u un plateau en plein air parmi les s\u00e9quoias \u00e0 Kentfield, dans le comt\u00e9 de Marin, en Californie. Pour toutes ces raisons, ce lieu a jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans l&rsquo;\u00e9volution de la danse vers la danse postmoderne et t\u00e9moigne m\u00eame du lien fondamental entre les chor\u00e9graphes modernes ou pr\u00e9-postmodernes et celles et ceux du Judson Dance Theater. Nous savons, par exemple, que Merce Cunningham s&rsquo;y est produit. En vivant et en travaillant collectivement lors des ateliers, Halprin a fait de nos \u00e9motions et de nos affects le point de d\u00e9part afin de penser, vivre et bouger diff\u00e9remment.<\/p>\n<p>En consultant ses archives, j\u2019ai pu confirmer cette hypoth\u00e8se, et mieux cerner son processus cr\u00e9atif en Californie. En effet, ses papiers abondent d&rsquo;informations, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ses carnets, programmes ou lettres adress\u00e9es aux participant\u00b7e\u00b7s des ateliers au fil des ans, de ses notes personnelles o\u00f9 elle met en avant une nouvelle vision de la danse, dans laquelle la nature joue un r\u00f4le central, ou encore de ses photographies en noir et blanc montrant Yvonne aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;acteur\u00b7rice\u00b7s incontournables de l\u2019histoire de la danse, de la performance et de l&rsquo;art du XXe si\u00e8cle, tel\u00b7le\u00b7s que Simone Forti, Robert Morris et Trisha Brown.<\/p>\n<p><strong>Votre domaine de recherche s\u2019\u00e9tend sur deux d\u00e9cennies, de la fin des ann\u00e9es 1970 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, que vous envisagez peut-\u00eatre, l\u00e0 aussi, comme un \u00ab\u00a0<em>mouvement<\/em>\u00a0\u00bb dans le temps. Dans quelle mesure les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es du XXe si\u00e8cle sont-elles fondamentales pour votre travail\u00a0? Comment comprenez-vous les changements sociaux et culturels dont Yvonne Rainer a pu \u00eatre t\u00e9moin\u00a0? Quels r\u00e9cits souhaitez-vous mettre en avant, \u00e0 travers vos recherches\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 marque la deuxi\u00e8me vague du f\u00e9minisme en France et son arriv\u00e9e, quelques temps plus tard, aux \u00c9tats-Unis. Ces ann\u00e9es correspondent \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;apparition du soi-disant \u00a0\u00bb <em>French Feminism<\/em> \u00ab\u00a0, un concept \u00ab\u00a0<em>fake\u00a0\u00bb<\/em> initi\u00e9 par les universit\u00e9s am\u00e9ricaines afin de ramener les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s sur leurs campus lorsqu&rsquo;ils et elles protestaient contre l&rsquo;occupation militaire am\u00e9ricaine en Asie du Sud. \u00c0 cette \u00e9poque, Yvonne Rainer argumente sa transition de la danse au cin\u00e9ma. Elle a souvent dit que produire des films \u00e9tait sa fa\u00e7on d&rsquo;exprimer sa vie \u00e9motionnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran et sur sc\u00e8ne, ce qui, selon elle, n&rsquo;\u00e9tait pas possible dans la danse (que ce soit en tant que chor\u00e9graphe ou en tant que danseuse se produisant pour d&rsquo;autres).<\/p>\n<p>Elle d\u00e9bute sa carri\u00e8re de cin\u00e9aste par une collaboration avec l\u2019artiste franco-am\u00e9ricaine Babette Mangolte \u00e0 travers le film <em>Lives of Performers<\/em>, sorti en 1972. Cette \u0153uvre singuli\u00e8re propose une exploration exhaustive de la subjectivit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te, combinant r\u00e9p\u00e9titions et repr\u00e9sentations d\u2019une danse, superposant gestes, \u00e9motions et affects du pass\u00e9 vers le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Ce passage des corps sur sc\u00e8ne aux interpr\u00e8tes se d\u00e9pla\u00e7ant devant la cam\u00e9ra \u00e9tait totalement nouveau. Il a introduit une exploration conceptuelle de la notion de spectateur et une \u00e9tude du potentiel narratif inh\u00e9rent au cin\u00e9ma. D\u2019ailleurs, la filmographie riche et complexe de Rainer, d\u00e9velopp\u00e9e du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, propose la premi\u00e8re repr\u00e9sentation cin\u00e9matographique de la maladie, du vieillissement, de la m\u00e9nopause et des cons\u00e9quences de la crise du sida sur la communaut\u00e9 LGBTQI+ de New York, d&rsquo;un point de vue f\u00e9ministe puis lesbien, et offre ainsi une investigation politique individuelle et collective dans une p\u00e9riode pr\u00e9-queer.<\/p>\n<p>Tout au long de sa carri\u00e8re de performeuse et de cin\u00e9aste, Rainer n\u2019a cess\u00e9 de r\u00e9interpr\u00e9ter sa position d\u2019artiste, femme et lesbienne. Elle est un exemple de long\u00e9vit\u00e9 et de renaissance constante, \u00e0 travers son exp\u00e9rience de la s\u00e9paration, de la r\u00e9conciliation et de l\u2019engagement. Aujourd\u2019hui encore, elle se tourne vers l\u2019avenir plut\u00f4t que le pass\u00e9\u00a0en pr\u00e9parant sa derni\u00e8re danse qui interroge les marqueurs du racisme syst\u00e9mique et end\u00e9mique aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p><strong>Parlez-nous du concept de <em>French feminism<\/em>. De quoi s\u2019agit-il exactement ? Quelles sont les diff\u00e9rences et les similitudes avec les autres f\u00e9minismes\u00a0? Et quel est le r\u00f4le de Monique Wittig dans ce mouvement\u00a0?<\/strong><br \/>\nLe <em>French Feminism<\/em> est \u00e0 la fois une appellation universitaire am\u00e9ricaine et un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9ditorial apparu dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 rassemblant sous un m\u00eame label des essais d\u2019autrices et universitaires f\u00e9ministes fran\u00e7aises, sans aucune coh\u00e9rence de contexte et de contenu. Un ph\u00e9nom\u00e8ne similaire s\u2019est produit avec le nouveau roman fran\u00e7ais appel\u00e9 <em>French New Novel<\/em> mais aussi avec la <em>French Theory<\/em>, qui circulaient et \u00e9taient particuli\u00e8rement en vogue \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Le \u00a0<em>French Feminism<\/em> combine ainsi des points de vue irr\u00e9conciliables \u00e0 travers des objets litt\u00e9raires \u00e9tranges, en proposant par exemple des anthologies rassemblant des essais de Simone de Beauvoir, Luce Irigaray, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Julia Kristeva aux c\u00f4t\u00e9 du f\u00e9minisme radical et mat\u00e9rialiste de Monique Wittig. Cet amalgame fond\u00e9 sur leurs origines fran\u00e7aises communes r\u00e9v\u00e8le une m\u00e9connaissance du r\u00f4le et de l\u2019implication de Monique Wittig dans le f\u00e9minisme en France, et les raisons de son exil aux \u00c9tats-Unis au milieu des ann\u00e9es 1970. Ce que ce malentendu r\u00e9v\u00e8le sur le f\u00e9minisme est tr\u00e8s int\u00e9ressant. Depuis quelques ann\u00e9es, la pens\u00e9e de Monique Wittig suscite un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat. Il est temps de reconnaitre son travail, que ce soit au sein ou en dehors du contexte universitaire.<\/p>\n<p><strong>Vos recherches se fondent sur un large \u00e9ventail de ressources\u00a0: films, performances, t\u00e9moignages et archives institutionnelles aux \u00c9tats-Unis. Quels r\u00f4les jouent les archives dans votre pratique curatoriale\u00a0? Cela se traduit-il n\u00e9cessairement par une exposition\u00a0? Peut-\u00eatre pourrions-nous commencer par le titre de votre exposition, <em>Yvonne Rainer\u2013A Reader<\/em>\u00a0? En anglais, le mot <em>reader<\/em> s\u2019entend \u00e0 la fois comme un objet\u00a0: une collection de textes et un\u00b7e lecteur\u00b7rice. \u00c0 travers ce titre, vous mettez aussi en regard l\u2019id\u00e9e d\u2019immobilit\u00e9 et de mouvement qui s\u2019op\u00e8re entre l\u2019acte de lire (o\u00f9 l\u2019on est physiquement immobile mais o\u00f9 les yeux parcourent constamment la page) et celui de danser (o\u00f9 l\u2019on se d\u00e9place entre des phases d\u2019immobilit\u00e9).<\/strong><br \/>\nMerci, Jo-ey, de mentionner ce projet en cours. J\u2019aimerais en effet transposer le concept nord-am\u00e9ricain de <em>reader <\/em>dans le cadre d\u2019une exposition. Nous ne portons pas assez d\u2019attention \u00e0 la position de lecteur\u00b7rice de l\u2019artiste mais aussi \u00e0 l\u2019auto-\u00e9ducation inh\u00e9rente \u00e0 la lecture. Sur ce point, Yvonne Rainer est un magnifique exemple d\u2019\u00e9mancipation par la lecture. Ses carnets de notes aujourd\u2019hui conserv\u00e9s au Getty Research Institute, t\u00e9moignent de sa position de lectrice, s&rsquo;interrogeant sur les significations de la danse et du cin\u00e9ma, et sur la mani\u00e8re de se rapporter \u00e0 ces pratiques selon une perspective f\u00e9ministe. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;aimerais axer mon projet sur l&rsquo;archive en tant que protagoniste, un corps vivant, un corps parlant, pour ainsi dire. Les archives parlent haut et fort ; on ne peut ignorer ces voix du pass\u00e9. Elles constituent la ressource ultime. C&rsquo;est un mat\u00e9riau vierge, avant que l&rsquo;interpr\u00e9tation ne s&rsquo;en empare.<\/p>\n<p><strong>Dans quelle mesure souhaitez-vous que cette exposition soit une c\u00e9l\u00e9bration de la vie et de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Yvonne Rainer ?<\/strong><br \/>\nEffectivement, je souhaite c\u00e9l\u00e9brer sa vie et son \u0153uvre comme un exemple d&rsquo;\u00e9volution et de r\u00e9volution constantes, dans le contexte de divers mouvements politiques des ann\u00e9es 1970 au milieu des ann\u00e9es 1990, et la reconna\u00eetre comme une artiste pr\u00e9-queer. Nous avons beaucoup \u00e0 apprendre de ses critiques du minimalisme, du postmodernisme et des d\u00e9rives de l\u2019essentialisme dans le f\u00e9minisme, mais aussi de son exploration cin\u00e9matographique sur le vieillissement. D\u2019ailleurs, nous devrions \u00e9tudier le concept am\u00e9ricain appel\u00e9 \u00ab\u00a0aging\u00a0\u00bb dans les \u00e9coles d\u2019art. Autrement dit, comment devenir vieux\u00a0? Comment vieillir individuellement et collectivement ?<\/p>\n<p><strong>Avant votre exposition \u00ab Yvonne Rainer &#8211; A Reader \u00bb, que pouvons-nous attendre de vous dans un avenir proche ?<\/strong><br \/>\nJe viens de terminer une interview de l\u2019artiste am\u00e9ricain Nick Mauss pour <em>Mir\u00e0<\/em>, le magazine annuel du Nouveau Mus\u00e9e National de Monaco. Elle porte sur son implication lors de la re-cr\u00e9ation de <em>Parts of Some Sextets<\/em> (1965-2019) par Yvonne Rainer en collaboration avec Emily Coates, dans le cadre d\u2019une commission de la biennale Performa de New York. C&rsquo;\u00e9tait merveilleux d\u2019\u00e9changer avec lui \u00e0 propos du processus de re-cr\u00e9ation en danse, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la mani\u00e8re dont Yvonne et Emily ont int\u00e9gr\u00e9 des archives et des sources iconographiques dans ce travail collectif et\/ou comment la notion d\u2019original est remise en question dans le cadre de la re-cr\u00e9ation d\u2019une oeuvre chor\u00e9graphique. Que signifie r\u00e9\u00e9crire, recr\u00e9er ou remettre en sc\u00e8ne une danse plus de cinquante ans apr\u00e8s sa conception, et ceci dans le contexte politique de la pr\u00e9sidence de Donald Trump\u00a0? Je pr\u00e9pare aussi, pour cette nouvelle ann\u00e9e, un projet de livre en collaboration avec JRP-Ringier r\u00e9unissant pour la premi\u00e8re fois un ensemble de textes \u00e9crits par Yvonne Rainer des ann\u00e9es 1960 \u00e0 aujourd\u2019hui, dont la majorit\u00e9 sont largement in\u00e9dits en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><em>Jo-ey Tang est artiste et commissaire d&rsquo;exposition vivant \u00e0 San Francisco. Il est directeur de KADIST San Francisco, et ancien conservateur au Palais de Tokyo, \u00e0 Paris. Il a grandi \u00e0 Hong Kong et \u00e0 Oakland, en Californie.<\/em><\/p>\n<p><em>Arl\u00e8ne Berceliot Courtin est curatrice, chercheuse et autrice ind\u00e9pendante, engag\u00e9e au sein des r\u00e9seaux professionnels IKT, CEA, AICA et ACD. Apr\u00e8s une exp\u00e9rience de dix ann\u00e9es \u00e0 la direction de galeries d\u2019art contemporain de renomm\u00e9e internationale, elle cofonde en 2018 le curator-run-space furiosa, consacr\u00e9 \u00e0 la recherche en art et en curating. Depuis 2011, elle collabore avec des lieux et institutions culturelles parmi lesquelles le Centre National de la Danse, l\u2019Institut National d\u2019Histoire de l\u2019Art, Air de Paris, la Galerie des Galeries, Artorama, le Bureau des Arts Plastiques et Gallery Week-end \u00e0 Berlin ou encore Manifesta \u00e0 Marseille.<\/em><\/p>\n","protected":false},"featured_media":60988,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[275],"app_city_tax":[267,264],"app_magazine_category":[296],"class_list":["post-63791","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","app_discipline-arts-de-la-scene-fr","app_city_tax-la-fr","app_city_tax-nyc-fr","app_magazine_category-figures-fr"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Arl\u00e8ne, vous \u00eates curatrice, chercheuse et critique d\u2019art, et passez avec aisance d\u2019un r\u00f4le \u00e0 l\u2019autre. Comment investissez-vous ces diff\u00e9rentes modalit\u00e9s ? Avez-vous une id\u00e9e du r\u00f4le que vous occupez \u00e0 un moment pr\u00e9cis, ou tout cela est-il plus complexe et en constante \u00e9volution\u00a0? Je dirais que c\u2019est \u00e0 la fois complexe et fluide. Avant...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-08-23T08:11:01+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Yvone20Rainer20photo.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1000\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"668\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"13 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/\",\"name\":\"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Yvone20Rainer20photo.jpg\",\"datePublished\":\"2023-01-27T17:02:43+00:00\",\"dateModified\":\"2023-08-23T08:11:01+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Yvone20Rainer20photo.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Yvone20Rainer20photo.jpg\",\"width\":1000,\"height\":668},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/home\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Villa Albertine\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine","og_description":"Arl\u00e8ne, vous \u00eates curatrice, chercheuse et critique d\u2019art, et passez avec aisance d\u2019un r\u00f4le \u00e0 l\u2019autre. Comment investissez-vous ces diff\u00e9rentes modalit\u00e9s ? Avez-vous une id\u00e9e du r\u00f4le que vous occupez \u00e0 un moment pr\u00e9cis, ou tout cela est-il plus complexe et en constante \u00e9volution\u00a0? Je dirais que c\u2019est \u00e0 la fois complexe et fluide. Avant...","og_url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/","og_site_name":"Villa Albertine","article_modified_time":"2023-08-23T08:11:01+00:00","og_image":[{"width":1000,"height":668,"url":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Yvone20Rainer20photo.jpg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"13 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/","name":"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice - Villa Albertine","isPartOf":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Yvone20Rainer20photo.jpg","datePublished":"2023-01-27T17:02:43+00:00","dateModified":"2023-08-23T08:11:01+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/#primaryimage","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Yvone20Rainer20photo.jpg","contentUrl":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Yvone20Rainer20photo.jpg","width":1000,"height":668},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/yvonne-rainer-portrait-dancer-reader\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/home\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Yvonne Rainer: Portrait d\u2019une danseuse en lectrice"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/#website","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/","name":"Villa Albertine","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_article\/63791","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/app_magazine_article"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/60988"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=63791"}],"wp:term":[{"taxonomy":"app_discipline","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_discipline?post=63791"},{"taxonomy":"app_city_tax","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_city_tax?post=63791"},{"taxonomy":"app_magazine_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_category?post=63791"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}