{"id":63772,"date":"2022-06-01T16:38:56","date_gmt":"2022-06-01T16:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/magazine\/leila-slimani-when-i-write-i-dont-know-where-im-going-2\/"},"modified":"2023-08-23T08:11:00","modified_gmt":"2023-08-23T08:11:00","slug":"leila-slimani-when-i-write-i-dont-know-where-im-going","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/leila-slimani-when-i-write-i-dont-know-where-im-going\/","title":{"rendered":"Le\u00efla Slimani: \u201cQuand j&rsquo;\u00e9cris, je ne sais pas o\u00f9 je vais\u201d"},"content":{"rendered":"<p><strong>Nous sommes plong\u00e9s dans une p\u00e9riode tr\u00e8s incertaine, marqu\u00e9e par des enjeux \u00e9crasants comme la guerre, la pand\u00e9mie, le changement climatique\u2026 Dans ce contexte, la question pos\u00e9e par cette Nuit des Id\u00e9es \u00ab\u202fO\u00f9 allons-nous ?\u202f\u00bb peut sembler vertigineuse. Comment la litt\u00e9rature trouve-t-elle encore sa place dans ce contexte, que peut-elle encore dire ou faire\u202f?<\/strong><br \/>\nA mes yeux, la situation de la litt\u00e9rature est toujours la m\u00eame, elle ne change pas en fonction des p\u00e9riodes historiques, elle est \u00e0 la fois totalement essentielle et totalement d\u00e9risoire. Rien n&rsquo;est plus important que de continuer \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;individu, l&rsquo;intime, la complexit\u00e9 des \u00eatres, \u00e0 d\u00e9fendre la beaut\u00e9, la capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9mu. Et en m\u00eame temps, ce qu&rsquo;on fait ne sert \u00e0 rien. Ecrire un roman ne nourrira pas un enfant, ne r\u00e9chauffera pas quelqu&rsquo;un qui a froid, ne soignera pas quelqu&rsquo;un qui est en train de mourir. La litt\u00e9rature se situe toujours l\u00e0, dans cette tension et dans ce balancement entre ce qu&rsquo;il y a de plus essentiel, et qui fait de nous des \u00eatres humains, et quelque chose de profond\u00e9ment d\u00e9risoire.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Quand vous vous mettez \u00e0 votre bureau pour \u00e9crire, est-ce que vous cherchez justement \u00e0 laisser la fureur du monde \u00e0 la porte ?<\/strong><br \/>\nNon, je ne le la laisse pas du tout \u00e0 la porte, au contraire elle m&rsquo;accompagne toujours. Comment y \u00e9chapper\u202f? O\u00f9 qu&rsquo;on se tourne et quelle que soit l&rsquo;\u00e9poque, elle est toujours l\u00e0, tapie quelque part. On la retrouve aussi \u00e0 des degr\u00e9s divers dans les livres, les personnages, quiconque aime la litt\u00e9rature est familier de la fureur du monde. Elle n&rsquo;a jamais \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 aucun des \u00e9crivains de Hom\u00e8re \u00e0 William Faulkner, et les auteurs en sont toujours porteurs. Donc, au contraire, elle est l\u00e0 avec moi, et m\u00eame si parfois \u00e7a me semble comme je le disais \u00e0 l\u2019instant tout \u00e0 l&rsquo;heure d\u00e9risoire, vain, et presque ind\u00e9cent d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9e toute la journ\u00e9e \u00e0 \u00e9crire des livres, bien souvent aussi j&rsquo;ai l&rsquo;impression que c&rsquo;est peut-\u00eatre la seule chose au monde qui ait du sens, de continuer \u00e0 se battre pour le savoir, pour la connaissance, pour l&rsquo;\u00e9motion, pour le partage et pour l&rsquo;\u00e9mancipation par la litt\u00e9rature.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Lorsque vous commencez un livre, vous demandez-vous o\u00f9 vous allez ? Est-ce que c&rsquo;est une question qui doit \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e avant de pouvoir commencer l\u2019\u00e9criture ?<\/strong><br \/>\nNon, ce n&rsquo;est pas du tout une question que j&rsquo;ai r\u00e9gl\u00e9e au pr\u00e9alable, quand j\u2019\u00e9cris, je ne sais pas o\u00f9 je vais. Je suis dans le noir pendant tout le processus, et c&rsquo;est m\u00eame \u00e7a que j&rsquo;aime car j&rsquo;adore constater que tout s\u2019\u00e9claire petit \u00e0 petit. Comme lorsque vous \u00eates dans une pi\u00e8ce plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9 compl\u00e8te, et que vos yeux s&rsquo;habituant vous commencez \u00e0 distinguer les contours des meubles. C&rsquo;est un peu comme \u00e7a que j&rsquo;\u00e9cris, j\u2019avance au gr\u00e9 des accidents de narration et des surprises. Je n&rsquo;ai pas vraiment de plan pr\u00e9\u00e9tabli, m\u00eame si bien entendu j&rsquo;ai une vision initiale des personnages, de leurs contours, une id\u00e9e de leur destin. C\u2019est \u00e0 mesure de l&rsquo;\u00e9criture, par la magie du langage, qu\u2019ils finissent par exister d&rsquo;eux-m\u00eames et par m&rsquo;entra\u00eener l\u00e0 o\u00f9 ils ont envie de m&rsquo;entra\u00eener. Ils ont une vie totalement propre.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Des notions comme celle d&rsquo;hospitalit\u00e9, de solidarit\u00e9, de r\u00e9ciprocit\u00e9 sont tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans vos livres et dans vos prises de position publiques. Comment les d\u00e9fendre aujourd\u2019hui ?<\/strong><br \/>\nCe sont en effet des valeurs que j&rsquo;ai toujours d\u00e9fendues pour une raison tr\u00e8s simple, c&rsquo;est que je suis moi-m\u00eame une immigr\u00e9e. J&rsquo;ai quitt\u00e9 mon pays pour aller vivre dans un autre, et si j&rsquo;ai pu b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;hospitalit\u00e9 de certaines personnes, de leur accueil, j&rsquo;ai aussi pu exp\u00e9rimenter le rejet et le racisme, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 un niveau bien moindre que d\u2019autres. Le Maroc d\u2019o\u00f9 je viens est aussi un pays d&rsquo;\u00e9migration, un pays dont beaucoup de gens autour de moi voulaient partir. Pourquoi quitte-t-on son pays\u202f? Pourquoi est-on amen\u00e9e \u00e0 avoir une telle obsession pour l&rsquo;ailleurs\u202f? Ce sont des questions qui m&rsquo;ont toujours fascin\u00e9e, et chagrin\u00e9e. J\u2019ajoute qu\u2019au Maroc, et dans la culture musulmane, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;aum\u00f4ne, de l&rsquo;accueil, de l&rsquo;hospitalit\u00e9 vis-\u00e0-vis de celui qui a moins est tr\u00e8s importante. Donc, ce sont des questions qui m&rsquo;occupent depuis vingt ans, me travaillent et m&rsquo;obs\u00e8dent. Mais l&rsquo;hospitalit\u00e9, pour moi, n&rsquo;a de sens que si elle s\u2019exerce pour tous, quelle que soit la couleur de peau. Ce qui me r\u00e9vulse aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le sentiment qu&rsquo;il y a des immigr\u00e9s qui valent mieux que d&rsquo;autres, des gens qui m\u00e9riteraient le vrai nom de r\u00e9fugi\u00e9s, quand d&rsquo;autres ne seraient que des migrants. Pour dire les choses clairement, que le racisme, la s\u00e9lection, la discrimination, se sont insinu\u00e9s m\u00eame dans notre rapport humanitaire au monde.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong><em>Regardez-nous danser<\/em>, le deuxi\u00e8me tome de votre trilogie <em>Pays des autres<\/em>, vient de sortir en France. C\u2019est une saga inspir\u00e9e de l\u2019histoire de votre famille, et qui arrive avec ce nouvel opus dans les ann\u00e9es 60-70. C\u2019est une p\u00e9riode qu\u2019on voit aujourd\u2019hui comme un moment o\u00f9 tous les futurs sont encore possibles. Comment selon vous se noue alors la tension entre l\u2019intime et la grande histoire\u202f?<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est un livre qui se passe en effet \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, dans une p\u00e9riode qu&rsquo;on a tendance \u00e0 beaucoup id\u00e9aliser car, que ce soit en Occident ou dans ce qu&rsquo;on appelle le Sud, c&rsquo;est \u00e0 dire des pays comme le Maroc, c&rsquo;\u00e9taient des ann\u00e9es d&rsquo;id\u00e9alisme, d&rsquo;h\u00e9donisme aussi. C\u2019est un moment o\u00f9 on a le sentiment que la jeunesse va r\u00e9volutionner le monde, la sexualit\u00e9, le rapport \u00e0 l&rsquo;autre, arr\u00eater les guerres\u2026 Mais il m&rsquo;est tr\u00e8s vite apparu en menant des recherches que cette \u00e9poque est en r\u00e9alit\u00e9 travers\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments extr\u00eamement sombres. Je dois pr\u00e9ciser toutefois que si j\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment travaill\u00e9, si je me suis consciencieusement document\u00e9e, le travail le plus difficile a consist\u00e9 ensuite \u00e0 oublier ces grands mouvements de l\u2019histoire. Car il est avant tout question d\u2019individus dans les romans, et la plupart sont aveugles au pr\u00e9sent dans lequel ils vivent. Notre \u00e9poque, notre soci\u00e9t\u00e9, nous \u00e9chappent tr\u00e8s largement et on est beaucoup plus souvent obs\u00e9d\u00e9s par des questions tr\u00e8s intimes, tr\u00e8s \u00e9go\u00efstes, que par la marche du monde. Savoir si on va avoir une promotion au travail, ou si la femme qu&rsquo;on aime va nous aimer en retour, c\u2019est cela qui nous obs\u00e8de bien plus que la meilleure fa\u00e7on de se mettre au service des autres. Et je dis \u00e7a sans porter aucun jugement, la condition humaine est ainsi faite, et c&rsquo;est peut-\u00eatre aussi comme \u00e7a que nous arrivons \u00e0 supporter le monde. Pour revenir \u00e0 ce dernier livre, on y suit des personnages tout \u00e0 fait touchants, qui ont envie d&rsquo;\u00eatre des gens bien, mais qui se rendent compte qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 le monde est si large, les questions auxquelles ils ont \u00e0 r\u00e9pondre si complexes et si confuses, que la plupart du temps la v\u00e9rit\u00e9 ou m\u00eame le bien leur \u00e9chappe.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Cette p\u00e9riode de la fin des ann\u00e9es 60 ou 70 est aussi associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation f\u00e9minine, et les personnages f\u00e9minins sont au c\u0153ur de vos romans. Or il y a un discours qui tend \u00e0 opposer un occident o\u00f9 les femmes auraient connu une \u00e9mancipation continue, m\u00eame s\u2019il reste du chemin \u00e0 parcourir\u202f; et un Sud, singuli\u00e8rement dans les pays de culture musulmane, qui apr\u00e8s avoir connu un \u00e2ge d\u2019or a connu une r\u00e9gression. Quel est votre regard \u00e0 ce sujet ?<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est une vision compl\u00e8tement fausse. Cette p\u00e9riode qu&rsquo;on d\u00e9signe comme un pr\u00e9tendu \u00e2ge d&rsquo;or de l&rsquo;\u00e9mancipation f\u00e9minine concerne en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s peu de femmes, qui dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019ind\u00e9pendance va acc\u00e9der aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures, et qui appartient \u00e0 la bourgeoisie. Des femmes c\u2019est vrai vont alors conna\u00eetre une \u00e9mancipation inconnue jusqu\u2019alors dans des pays comme le Maroc, non seulement vont \u00e9tudier, mais vont aussi porter des jupes, sortir le soir\u2026 Puis ce mouvement va s\u2019\u00e9largir, toucher les milieux populaires, le monde rural, et va se transformer pour prendre des formes diff\u00e9rentes. \u00c9videmment, l&rsquo;\u00e9mancipation pour une jeune femme d&rsquo;une petite ville du centre du Maroc, \u00e7a ne consiste pas \u00e0 fumer des cigarettes en terrasse mais d\u00e9j\u00e0 simplement \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Donc, ce qui est consid\u00e9r\u00e9 dans le monde occidental comme symbole de l&rsquo;\u00e9mancipation f\u00e9minine est peut-\u00eatre moins visible, mais l&rsquo;\u00e9mancipation est bien l\u00e0, plus large. Par ailleurs, ces femmes issues de la bourgeoisie \u00e0 l\u2019image d\u2019A\u00efcha, le personnage de mon dernier roman, ont peut-\u00eatre acc\u00e9d\u00e9 aux \u00e9tudes mais la soci\u00e9t\u00e9 a continu\u00e9 \u00e0 leur demander faire exactement ce que faisaient leur m\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire les courses, le m\u00e9nage, la nourriture, s&rsquo;occuper des enfants\u2026 Le combat qui est le n\u00f4tre encore aujourd\u2019hui, c&rsquo;est un combat pour faire moins, pour partager plus les t\u00e2ches domestiques. Donc ce pr\u00e9tendu \u00e2ge d\u2019or a aussi eu pour cons\u00e9quence de voir ces femmes \u00e9cras\u00e9es sous le poids de leurs revendications.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Plus largement, la question qui se pose en vous lisant, c\u2019est le regard qu\u2019on pose aujourd\u2019hui en France sur ce qu\u2019on appelle les minorit\u00e9s, les Fran\u00e7ais descendant de pays colonis\u00e9s. La question de l\u2019identit\u00e9, de l\u2019int\u00e9gration, de la place de l\u2019islam sont d\u00e9battues depuis des d\u00e9cennies et reviennent fortement \u00e0 chaque p\u00e9riode \u00e9lectorale. Percevez-vous une \u00e9volution sur ces questions\u202f?<\/strong><br \/>\nJe vais \u00eatre directe, il y a un probl\u00e8me de racisme en France. J\u2019y ai v\u00e9cu pendant 20 ans, et pendant tout ce temps on a parl\u00e9 des m\u00eames choses\u202f: identit\u00e9 nationale, immigration, les d\u00e9clarations de l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Nicolas Sarkozy sur les Africains qui ne seraient jamais entr\u00e9s dans l&rsquo;histoire, la peur irrationnelle du remplacement de la population fran\u00e7aise par les musulmans, la possibilit\u00e9 d\u2019accueillir ou non les filles voil\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 l\u2019universit\u00e9, dans l\u2019espace public. Je suis d\u00e9sol\u00e9e, mais je ne vois pas d\u2019autre mot pour qualifier ces d\u00e9bats que celui de raciste. Je vous le dis franchement, j&rsquo;en ai marre. Parler de nous, les immigr\u00e9s venus du Maghreb par exemple, comme d\u2019une minorit\u00e9, qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire\u202f? On n\u2019est pas une minorit\u00e9, on est des Fran\u00e7ais et des Fran\u00e7aises. Ce qui est hallucinant, c&rsquo;est de servir tout le temps un discours sur les valeurs de la R\u00e9publique qui serait aveugle aux diff\u00e9rences, d\u2019affirmer que nous sommes d&rsquo;abord des citoyens, que nous ne devons pas nous d\u00e9finir par notre religion ni par notre couleur de peau\u2026 et finalement, de nous d\u00e9signer uniquement comme des minorit\u00e9s visibles, de gens d&rsquo;origine je ne sais pas quoi ! Il faut que la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, o\u00f9 30% des gens aujourd&rsquo;hui votent pour des partis d&rsquo;extr\u00eame droite, regarde en face ce racisme qu\u2019on qualifie la plupart du temps de latent, mais qui est en r\u00e9alit\u00e9 de plus en plus explicite. Il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;il y a un probl\u00e8me de racisme, il y a un probl\u00e8me de rejet de l&rsquo;autre, il y a un probl\u00e8me de d\u00e9testation dans une partie de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. C\u2019est peut-\u00eatre aussi l\u2019effet d\u2019une m\u00e9connaissance de son histoire, de sa g\u00e9ographie, d\u2019un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;histoire des autres, pour ce que ces populations ont apport\u00e9, apportent, et ont encore \u00e0 apporter \u00e0 ce pays. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que je n&rsquo;ai plus du tout envie de prendre de gants, de trouver des explications ou des excuses. Car la cons\u00e9quence de cela, c\u2019est que je vois nombre de gens autour de moi, venus faire leur vie en France, qui s\u2019en vont. Il y a eu un article du New York Times \u00e0 ce sujet r\u00e9cemment, je peux confirmer que c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. Des gens de ma g\u00e9n\u00e9ration, de 40 ans, qui plient bagage et retournent vivre au Maroc parce qu&rsquo;ils ne supportent plus le discours ambiant.<br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p><strong>Vous avez dit au d\u00e9but de notre entretien que la litt\u00e9rature \u00e9tait \u00e0 la fois essentielle et d\u00e9risoire. Il y a tout de m\u00eame des raisons d\u2019esp\u00e9rer de ce c\u00f4t\u00e9, avec une forme de d\u00e9cloisonnement ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une ouverture \u00e0 des litt\u00e9ratures francophones hors de France.\u00a0 Le dernier prix Goncourt, le plus prestigieux prix litt\u00e9raire en France que vous aviez re\u00e7u en 2016, a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 en 2021 \u00e0 l&rsquo;auteur s\u00e9n\u00e9galais Mohamed Mbougar Sarr. Est-ce que \u00e7a, \u00e7a ne participe pas \u00e0 ouvrir le regard et \u00e0 poser ces questions dans l&rsquo;espace public de fa\u00e7on directe ?<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est certain, et c\u2019est totalement ce qu\u2019on s\u2019emploie \u00e0 faire Mohamed Mbougar Sarr comme moi \u00e0 travers notre travail. Mais la grande difficult\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne convainc que ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 convaincus, il ne faut pas non plus \u00eatre compl\u00e8tement na\u00eff. Mohamed Mbougar Sarr, comme moi-m\u00eame, quand nous avons re\u00e7u le prix Goncourt, nous avons \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement victimes de torrents d&rsquo;insultes pour dire que nous n\u2019avions \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9s que parce que nous \u00e9tions Noirs ou arabes, que jamais nous ne pourrions repr\u00e9senter la France. Vous savez, aller voir un raciste pour lui dire que le racisme c&rsquo;est mal, si \u00e7a marchait on n\u2019en serait pas l\u00e0. \u00c7a demande un travail beaucoup plus profond et peut \u00eatre au fond je vous dirai, peut-\u00eatre plus violent. Je vois aujourd&rsquo;hui des \u00e9crivains comme Ta-Nehisi Coates ici aux Etats-Unis qui ont une parole tr\u00e8s aiguis\u00e9e, tr\u00e8s dure. Peut-\u00eatre apr\u00e8s tout qu\u2019en Europe, on a tendance \u00e0 trop prendre de gants. On n&rsquo;ose pas dire de peur d\u2019antagoniser d\u00e9finitivement les autres. Il faut je crois moins de pudeur dans ce combat.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>Le\u00efla Slimani est une \u00e9crivaine franco-marocaine. En 2016, elle a re\u00e7u le prix Goncourt pour son roman\u00a0<\/em>Chanson douce <em>et\u00a0est Offici\u00e8re de l&rsquo;Ordre des Arts et des Lettres depuis 2017. Ses romans posent la question de l&rsquo;immigration, du racisme, de l&rsquo;identit\u00e9, et d\u00e9fendent les droits des femmes. 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