{"id":63763,"date":"2022-01-07T17:23:02","date_gmt":"2022-01-07T17:23:02","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/magazine\/experiences-de-lanthroposcene-moving-earth-et-matters\/"},"modified":"2023-08-23T08:10:59","modified_gmt":"2023-08-23T08:10:59","slug":"experiences-de-lanthroposcene-moving-earth-et-matters","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/experiences-de-lanthroposcene-moving-earth-et-matters\/","title":{"rendered":"Exp\u00e9riences de l\u2019anthropoSc\u00e8ne \u2013 \u00ab Moving Earth \u00bb et \u00ab Matters \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es encore, le climat apparaissait le plus souvent comme une question technique int\u00e9ressant uniquement les climatologues, en aucun cas le monde des sciences humaines, encore moins celui des arts. C\u2019est pourquoi, quand Bruno Latour et moi avons d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er ensemble une pi\u00e8ce sur le climat en 2009, la plupart des th\u00e9\u00e2tres que nous avons contact\u00e9s nous ont r\u00e9pondu : une pi\u00e8ce sur le climat, quelle id\u00e9e\u00a0? et surtout\u00a0: quel int\u00e9r\u00eat\u00a0? Aujourd\u2019hui la question de la pertinence d\u2019un tel sujet au th\u00e9\u00e2tre (et ailleurs) ne se pose plus.<\/p>\n\n<p>Si le th\u00e9\u00e2tre est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0l&rsquo;art de l&rsquo;humain\u00a0\u00bb par excellence, il est devenu aujourd\u2019hui l&rsquo;un des principaux lieux de questionnement du non-humain et du plus qu&rsquo;humain. Paradoxe\u00a0? Aucunement, si l\u2019on se souvient de l\u2019histoire longue des relations entre th\u00e9\u00e2tre et repr\u00e9sentations de la nature, du <em>theatrum mundi<\/em> antique aux th\u00e9\u00e2tres savants de la Renaissance. Forme d&rsquo;art capable d&rsquo;appr\u00e9hender des questions qui d\u00e9passent celles de la com\u00e9die humaine, le th\u00e9\u00e2tre est particuli\u00e8rement bien adapt\u00e9 pour saisir le bouleversement cosmologique en cours. Si l&rsquo;on veut cesser de consid\u00e9rer la Terre comme un d\u00e9cor fixe, le th\u00e9\u00e2tre est pr\u00e9cieux pour penser ce monde devenu actif et r\u00e9actif, pour explorer la zone m\u00e9tamorphique que nous traversons, o\u00f9 les fronti\u00e8res entre le naturel et l&rsquo;artificiel, entre les ph\u00e9nom\u00e8nes vivants et inanim\u00e9s, entre les humains et les non-humains, s&rsquo;estompent.<\/p>\n\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte d\u2019un questionnement autour de ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019anthropoSc\u00e8ne (en quoi l\u2019anthropoc\u00e8ne nous oblige-t-elle \u00e0 repenser la place de l\u2019anthropos sur la sc\u00e8ne du monde\u00a0?) que je d\u00e9veloppe depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es des exp\u00e9riences sc\u00e9niques avec Bruno Latour et ma compagnie Zone Critique. R\u00e9trospectivement les projets th\u00e9\u00e2traux que nous avons cr\u00e9\u00e9s ensemble peuvent \u00eatre lus comme des rep\u00e8res chronologiques qui suivent les chocs successifs de notre d\u00e9couverte du nouveau r\u00e9gime climatique\u00a0: partager le d\u00e9sarroi de \u00ab\u00a0l\u2019intrusion\u00a0\u00bb de Ga\u00efa, ce nouveau personnage qui entre avec fracas sur la sc\u00e8ne du monde (<em>Cosmocolosse<\/em>, 2010), explorer les \u00e9motions et la folie provoqu\u00e9es par le nouveau r\u00e9gime climatique (<em>Ga\u00efa Global Circus<\/em>, 2013), faire entrer les non-humains en politique en les invitant \u00e0 la table des n\u00e9gociations sur le climat (<em>Le Th\u00e9\u00e2tre des N\u00e9gociations<\/em>, 2015), s\u2019interroger sur nos images de la Terre et tenter de la visualiser autrement (<em>Inside<\/em>, 2016), essayer de comprendre comment la Terre se meut et s\u2019\u00e9meut, et se demander sur quelle plan\u00e8te atterrir (<em>Moving Earths<\/em>, 2019), explorer la consistance de la Terre et ses intrications de vivants (<em>Viral<\/em>, 2021). De la performance avec plusieurs centaines de participants du Th\u00e9\u00e2tre des N\u00e9gociations, \u00e0 la conf\u00e9rence-performance avec une seule personne sur sc\u00e8ne, ces exp\u00e9riences ont en commun d&rsquo;explorer les capacit\u00e9s heuristiques de la sc\u00e8ne, d&rsquo;en faire un lieu de reconfiguration des forces et des acteurs de notre monde terrestre.\u00a0<\/p>\n\n<p>La pi\u00e8ce que nous avons pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Atlanta est le second volet de la \u00ab\u00a0Trilogie Terrestre\u00a0\u00bb, compos\u00e9e de <em>Inside<\/em>, <em>Moving Earths<\/em> et <em>Viral<\/em>. Peut-on modifier notre mani\u00e8re de voir la Terre\u00a0? Notre fa\u00e7on de marcher sur Terre\u00a0? <em>Inside<\/em> propose de se tenir non pas <em>sur<\/em> le globe, mais <em>dans<\/em> la \u00ab\u00a0zone critique\u00a0\u00bb dont parlent les scientifiques. Pour tenter de comprendre ce que signifie \u00ab\u00a0vivre dedans\u00a0\u00bb, la conf\u00e9rence-performance engage une s\u00e9rie de tests et d\u2019hypoth\u00e8ses visuelles en combinant les outils de la mod\u00e9lisation et de la simulation.<\/p>\n\n<p>R\u00e9flexion sur les cons\u00e9quences politiques d\u2019un tel bouleversement de notre rapport \u00e0 la Terre, <em>Moving Earths<\/em> fait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un parall\u00e8le entre le bouleversement cosmologique du XVIIe si\u00e8cle et le n\u00f4tre, et raconte l\u2019\u00e9mergence de la th\u00e9orie Ga\u00efa par James Lovelock et Lynn Margulis. Quant \u00e0 <em>Viral<\/em>, en cours de cr\u00e9ation, la performance propose de penser la viralit\u00e9 comme principe d\u2019un monde fait de co-d\u00e9pendances, nous obligeant \u00e0 repenser l\u2019espace que nous habitons et fabriquons.<\/p>\n\n<p>Pour passer de la philosophie au th\u00e9\u00e2tre, de la conf\u00e9rence classique \u00e0 la conf\u00e9rence-performance, j\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 Bruno une forme \u00e0 mi-chemin entre ce qu\u2019il connaissait et le plateau de th\u00e9\u00e2tre\u00a0: <em>Inside<\/em> et <em>Moving Earths<\/em> sont des conf\u00e9rences dans lesquelles il joue son propre r\u00f4le (de philosophe, de conf\u00e9rencier), mais o\u00f9 il appara\u00eet comme immerg\u00e9 dans son powerpoint, ou bien au travail \u00e0 son bureau qui prend les dimensions du plateau. Chaque \u00ab\u00a0slide\u00a0\u00bb, chaque document, devient ainsi une sc\u00e8ne, une image sc\u00e9nique qui est d\u00e9ploy\u00e9e dans toutes les dimensions du plateau et plus seulement en deux dimensions, permettant au spectateur d\u2019entrer dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e au travail.<\/p>\n\n<p>Le processus de cr\u00e9ation ne s\u2019ach\u00e8ve pas apr\u00e8s la premi\u00e8re\u00a0: chaque repr\u00e9sentation est l\u2019occasion de pr\u00e9ciser des points, d\u2019approfondir les d\u00e9veloppements et les arguments, de revoir et de corriger les images. Car la conf\u00e9rence n\u2019\u00e9tait pas \u00e9crite par avance, ni lue, mais improvis\u00e9e \u00e0 partir de la structure dramaturgique que nous avions d\u00e9finie ensemble, et test\u00e9e dans un dispositif visuel et sc\u00e9nographique qui permet d\u2019en d\u00e9ployer les possibilit\u00e9s sensibles, physiques et affectives.<\/p>\n\n<p>D\u00e9sormais port\u00e9es par l\u2019acteur Duncan Evennou, <em>Inside<\/em> et <em>Moving Earths<\/em> poursuivent leur m\u00e9tamorphose. Le com\u00e9dien joue les id\u00e9es du philosophe et non son personnage\u00a0: dans notre processus de travail, il a d\u00fb int\u00e9grer les arguments au point de pouvoir \u00e0 son tour les d\u00e9velopper en improvisation. C\u2019est un point tr\u00e8s important pour moi\u00a0: ces performances ne sont pas des textes \u00e9crits pour \u00eatre jou\u00e9s ensuite, mais des conf\u00e9rences improvis\u00e9es, qui suivent une hypoth\u00e8se qui est test\u00e9e, en public, dans le dispositif que je propose. De sorte que le public assiste non pas \u00e0 la transmission d\u2019une d\u00e9monstration fig\u00e9e, d\u2019un savoir clos, mais bien plut\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une id\u00e9e qui s\u2019\u00e9labore devant lui : un th\u00e9\u00e2tre de la pens\u00e9e. C\u2019est ce moment-l\u00e0, si particulier, que je tente de saisir dans une forme sc\u00e9nique.<\/p>\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre permet de plonger spectateurs et acteurs dans une incertitude commune. Aucune p\u00e9dagogie ici\u00a0: on simule par le th\u00e9\u00e2tre et le dispositif sc\u00e9nique la situation des chercheurs \u2013\u00a0l\u2019inqui\u00e9tude et l\u2019incertitude qu\u2019ils explorent. Aucune allusion \u00e0 un corps de connaissance qui existerait ailleurs. La bascule cosmologique qui est la n\u00f4tre met tout le monde dans le m\u00eame creuset. Il n\u2019y a pas meilleure intrigue, plus dramatique, plus palpitante, que celle de la science en train de se faire. Maintenant que je peux parcourir en pens\u00e9e la \u00ab\u00a0trilogie terrestre\u00a0\u00bb dans son ensemble, celle-ci m\u2019appara\u00eet comme un long travelling allant du globe au virus, de l\u2019astronomie \u00e0 la biologie, et comme une tentative pour s\u2019orienter dans cette terre inconnue qui est la n\u00f4tre.<\/p><p><em>Metteure en sc\u00e8ne et historienne des sciences, Fr\u00e9d\u00e9rique A\u00eft Touati interroge \u00e0 travers ses pi\u00e8ces les relations entre fiction et savoir, \u00e9cologie et politique et sont jou\u00e9es sur de nombreuses sc\u00e8nes en France et dans le monde. Moving earths, par Fr\u00e9d\u00e9rique A\u00ef-Touati et Bruno Latour, avec Duncan Evennou, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9\u00a0le 3 d\u00e9cembre 2021 \u00e0 Atlanta par le Georgia Institute of Technology, l\u2019Alliance fran\u00e7aise et le Goethe Zentrum.<\/em><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignleft\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1080\" height=\"1080\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def.png\" class=\"attachment-full size-full\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def.png 1080w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def-300x300.png 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def-1024x1024.png 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def-150x150.png 150w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Matters20def-768x768.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/>\n\t\t\t<figcaption>\n\t\t\t<p>Duncan Evenou &#8211; Matters<\/p>\n\t\t<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n<p><strong><em>Matters <\/em>est un\u00a0formidable solo polyphonique inspir\u00e9e par une conf\u00e9rence sur l\u2019Anthropoc\u00e8ne qui a eu lieu \u00e0 Berlin en 2014. Une performance th\u00e9\u00e2trale\u00a0qui cherche \u00e0 repeupler les imaginaires contemporains d\u00e9saffect\u00e9s par la crise \u00e9cologique.<\/strong><\/p>\n\n<p>Matters est un seul en sc\u00e8ne d\u2019une heure se jouant sur un plateau nu. Nous avons pour unique objet un vieux microphone sur pied \u00e0 embase ronde. Le performeur, habill\u00e9 d\u2019une combinaison blanche, s\u2019avance en avant-sc\u00e8ne et se laisse traverser par une dizaine de voix de scientifiques, d\u2019historiens et de politiciens t\u00e2chant de savoir si, oui ou non, nous avons bascul\u00e9 dans une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique. \u00c0 travers cet assemblage polyphonique, nous avons essay\u00e9 de donner forme aux archives inaugurales du Groupe de Travail sur l\u2019\u00ab Anthropoc\u00e8ne \u00bb, qui a eu lieu le vendredi 17 octobre 2014 \u00e0 9h sur la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre de la Maison des Cultures du monde situ\u00e9e \u00e0 Berlin.<\/p>\n\n<p>Nous voulions raconter l\u2019entr\u00e9e fulgurante de la notion d\u2019Anthropoc\u00e8ne dans les arts et les humanit\u00e9s, et pour cela, il nous fallait un point de d\u00e9part pr\u00e9cis et local, afin de rem\u00e9dier \u00e0 son caract\u00e8re global, si d\u00e9sincarn\u00e9 qu\u2019il tend \u00e0 annihiler tout d\u00e9sir ou toute capacit\u00e9 d\u2019agir. Nous avons pris le parti de commencer notre histoire le jour o\u00f9 le groupe de scientifiques internationaux qui a pour mission d\u2019\u00e9valuer la validit\u00e9 ou non de l\u2019\u00e9poque g\u00e9ologique, s\u2019est r\u00e9uni pour la premi\u00e8re fois dans un espace physique. Cl\u00e9mence a retranscrit l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de leurs discours afin de r\u00e9pondre \u00e0 deux questions : \u00ab qui \u00bb est l\u2019Anthropoc\u00e8ne, et d\u2019o\u00f9 vient-elle ?<\/p>\n\n<p>Nous avons donc mont\u00e9 un assemblage fictif des retranscriptions de la conf\u00e9rence inaugurale du Groupe de Travail sur l\u2019Anthropoc\u00e8ne in situ, directement sur le plateau. Nous assemblons des archives de discours plut\u00f4t que de r\u00e9\u00e9crire les n\u00f4tres, non pas pour effacer notre pr\u00e9sence, mais au contraire, pour l\u2019insinuer \u00e0 travers la polyphonie progressive qui s\u2019installe. Une voix nouvelle surgit dans les choix qui ont guid\u00e9 l\u2019\u00e9criture de notre assemblage. Nous racontons une autre histoire \u00e0 partir des archives, prenant leurs acteurs pour des personnages de fiction qui expriment une diversit\u00e9 d\u2019arguments, autant d\u2019imaginaires diff\u00e9rents produits par une m\u00eame id\u00e9e que de cl\u00e9s pour notre interpr\u00e9tation sur sc\u00e8ne.<\/p>\n\n<p>Et tandis que les g\u00e9ologues passaient le micro \u00e0 des historiens ou des politiciens durant leur premi\u00e8re rencontre, afin que tous tentent de traduire dans leurs propres termes les temporalit\u00e9s non humaines que l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019Anthropoc\u00e8ne les invite \u00e0 prendre en compte, nous passons d\u2019une voix \u00e0 une autre, et jouons la parole mod\u00e9ratrice, la sagesse prudente, l\u2019enthousiasme d\u00e9mesur\u00e9, l\u2019\u00e9rudition engag\u00e9e, le catastrophisme sarcastique, la technicit\u00e9 robotique, le politique philanthropique ou l\u2019assurance du journaliste, les donn\u00e9es ind\u00e9cises, les critiques publiques, les pilotes pragmatiques pr\u00e9occup\u00e9s par la r\u00e9partition du temps de parole qui se m\u00eale ironiquement au temps g\u00e9ologique, ou enfin les zoopo\u00e9tiques qui sugg\u00e8rent aux spectateurs de se mettre dans la t\u00eate d\u2019un hibou perplexe, observant de nuit cette maison o\u00f9 s\u2019agitent une poign\u00e9e d\u2019humains \u00e9clair\u00e9s pour essayer de donner sens \u00e0 ce qu\u2019ils font. Cette juxtaposition de paroles h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes cr\u00e9e un effet qui oscille entre le comique et le tragique, participant \u00e0 la d\u00e9-dramatisation d\u2019un discours politique dominant centr\u00e9 sur l\u2019action, d\u00e9muni devant une hypoth\u00e8se g\u00e9ologique dont il ne sait que faire. Et le spectacle d\u00e9rive, reprenant \u00e0 son compte l\u2019esth\u00e9tique de la liste qui se cache derri\u00e8re les \u00e9num\u00e9rations interminables des impacts humains sur leurs environnements, pour laisser la place, peut-\u00eatre, \u00e0 une nouvelle archive.<\/p>\n\n<p>Apr\u00e8s plusieurs exp\u00e9riences communes de plateau, nous \u00e9tions exasp\u00e9r\u00e9s par le discours politique dominant sur la fin du monde. Nous voulions en montrer les fissures afin de donner \u00e0 explorer d\u2019autres narrations possibles. Nous aimons parler de brouhaha \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel des savoirs sont comme \u00ab brouill\u00e9s \u00bb par l\u2019urgence d\u2019agir. En donnant \u00e0 entendre cette polyphonie de voix, Matters est un projet qui cherche \u00e0 repeupler les imaginaires contemporains d\u00e9saffect\u00e9s par la crise \u00e9cologique car l\u2019Anthropoc\u00e8ne, en tant qu\u2019\u00e9poque potentielle, invite \u00e0 ne pas se laisser d\u00e9passer par le sentiment d\u2019urgence, mais plut\u00f4t \u00e0 prendre le temps d\u2019imaginer les rapports qu\u2019elle implique entre les agents et leurs environnements, afin de ne pas reproduire les logiques m\u00eames qui ont men\u00e9 \u00e0 son d\u00e9veloppement. Le plateau est un lieu d\u2019exp\u00e9rimentations r\u00e9gi par ses propres r\u00e8gles et tempos : la lenteur, par exemple, en est un.<\/p>\n\n<p>Nous avons donc pris le parti de chercher plut\u00f4t d\u2019autres fa\u00e7ons de faire figurer le monde dans lequel nous nous trouvons et de l&rsquo;enraciner dans son propre environnement. Pour nous : \u00ab \u00eatre terrien \u00bb signifie dor\u00e9navant sortir de la logique d\u2019une qu\u00eate vers de nouveaux mondes, qu\u2019ils soient infra-terrestres ou extra-terrestres, et nous tourner vers l\u2019emploi de ce que l\u2019anthropologie et l\u2019histoire environnementale ont \u00e0 nous apprendre sur la s\u00e9paration nature-culture pour interpr\u00e9ter autrement le monde dans lequel nous nous tenons. Les spectateurs sont alors invit\u00e9s \u00e0 imaginer, \u00e0 travers l\u2019effondrement d\u2019un monde, la multitude des autres mondes possibles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du leur, lorsque le fait d\u2019agir n\u2019est plus s\u00e9par\u00e9 des fictions de la pens\u00e9e.<\/p><p><em>Invit\u00e9s les 2 et 3 d\u00e9cembre 2021 \u00e0 Atlanta par le Georgia Institute of Technology, l\u2019Alliance fran\u00e7aise et le Goethe Zentrum, Duncan Evennou (acteur et metteur en sc\u00e8ne) et Cl\u00e9mence Hall\u00e9 (chercheuse) pr\u00e9sentaient leur pi\u00e8ce Matters.<\/em><\/p>","protected":false},"featured_media":60904,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[275],"app_city_tax":[268],"app_magazine_category":[],"class_list":["post-63763","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","app_discipline-arts-de-la-scene-fr","app_city_tax-atl-fr"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Exp\u00e9riences de l\u2019anthropoSc\u00e8ne \u2013 \u00ab Moving Earth \u00bb et \u00ab Matters \u00bb - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/experiences-de-lanthroposcene-moving-earth-et-matters\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Exp\u00e9riences de l\u2019anthropoSc\u00e8ne \u2013 \u00ab Moving Earth \u00bb et \u00ab Matters \u00bb - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Il y a quelques ann\u00e9es encore, le climat apparaissait le plus souvent comme une question technique int\u00e9ressant uniquement les climatologues, en aucun cas le monde des sciences humaines, encore moins celui des arts. 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