{"id":63762,"date":"2022-01-14T16:31:32","date_gmt":"2022-01-14T16:31:32","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/magazine\/nicolas-mathieu-plus-est-dans-le-detail-plus-accede-luniversel-2\/"},"modified":"2023-08-23T08:10:59","modified_gmt":"2023-08-23T08:10:59","slug":"nicolas-mathieu-plus-est-dans-le-detail-plus-accede-luniversel","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/nicolas-mathieu-plus-est-dans-le-detail-plus-accede-luniversel\/","title":{"rendered":"Nicolas Mathieu : \u00ab Plus on est dans le d\u00e9tail, plus on acc\u00e8de \u00e0 l\u2019universel \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Quand votre roman est sorti en France, les critiques ont longuement soulign\u00e9 son caract\u00e8re tr\u00e8s Fran\u00e7ais. Pas seulement parce qu\u2019il se d\u00e9roule dans une r\u00e9gion rurale de l\u2019Est de la France, mais aussi parce qu\u2019il renouait avec la tradition litt\u00e9raire du r\u00e9alisme social. Le travail de traduction et sa publication aux Etats-Unis ont-ils renforc\u00e9 \u00e0 vos yeux ce caract\u00e8re tr\u00e8s fran\u00e7ais\u00a0?<\/strong><br \/>\nOui, c&rsquo;est un livre tr\u00e8s fran\u00e7ais \u00e0 maints \u00e9gards. Parce qu&rsquo;il s&rsquo;inscrit sans doute dans une tradition naturaliste, plus du c\u00f4t\u00e9 de Flaubert que de Zola d\u2019ailleurs. Ma fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire mobilise \u00e9norm\u00e9ment de petits faits vrais, de d\u00e9tails, de marques, de r\u00e9f\u00e9rences qui sont sans doute un peu exotiques quand on n&rsquo;est pas fran\u00e7ais. De ce point de vue, c&rsquo;est tr\u00e8s fran\u00e7ais. Mais ce roman, je l&rsquo;avais aussi r\u00eav\u00e9 au d\u00e9part dans la lign\u00e9e des \u00e9crivains du <em>Deep South<\/em>. Si je l&rsquo;ai situ\u00e9 dans cette vall\u00e9e \u00e9cras\u00e9e de chaleur, c&rsquo;est ce que je pensais aussi \u00e0 Faulkner, \u00e0 Larry Brown, \u00e0 Steinbeck\u2026 J\u2019irais m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dire que l&rsquo;influence des Am\u00e9ricains est plus importante sur mon travail que celle du r\u00e9alisme fran\u00e7ais. J&rsquo;ai plus lu ces auteurs-l\u00e0, et le roman noir notamment, que Maupassant ou Zola, et il me semble que \u00e7a se sent dans le roman. Il y a aussi ce ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s \u00e9trange qui veut que plus on parle d&rsquo;un endroit minuscule, plus on est dans le d\u00e9tail, et plus on acc\u00e8de au final \u00e0 une forme d\u2019universel. Il ne faut jamais y penser au moment de l\u2019\u00e9criture, mais c&rsquo;est ce qui se produit si on a un peu de chance. Cette petite vall\u00e9e que j&rsquo;invente, la vall\u00e9e de la Henne qui est situable en Moselle, avec ses noms de lieux qui se terminent en \u00ab\u00a0-ange\u00a0\u00bb, c&rsquo;est pour moi comme le comt\u00e9 qu&rsquo;a invent\u00e9 Faulkner, c&rsquo;est un endroit totalement situable historiquement et g\u00e9ographiquement mais qui est un lieu de fiction pure, un espace romanesque et narratif.<\/p>\n<p><strong>Mais justement, un lecteur fran\u00e7ais qui a suivi l\u2019actualit\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es et notamment la fermeture des industries sid\u00e9rurgiques, des Haut-Fourneaux \u00e0 Hayange qui a fait la Une de l\u2019actualit\u00e9 car c\u2019est devenu un enjeu tr\u00e8s politique, est forc\u00e9ment renvoy\u00e9 par cette r\u00e9alit\u00e9, cette histoire\u2026<\/strong><br \/>\nOui, mais on retrouve aussi peut-\u00eatre quand on est un lecteur am\u00e9ricain des \u00e9l\u00e9ments du roman de Philipp Mayer <em>Un arri\u00e8re-go\u00fbt de rouille<\/em> ou du film de Michael Cimino <em>Voyage au bout de l&rsquo;enfer<\/em> dont toute la premi\u00e8re partie se passe dans une petite vall\u00e9e sid\u00e9rurgique. C\u2019est cet imaginaire-l\u00e0 aussi qui m\u2019a nourri.<strong> <\/strong>Finalement cette expression tr\u00e8s am\u00e9ricaine de <em>Rust belt<\/em>, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;elle s&rsquo;applique \u00e0 tous les endroits d\u00e9sindustrialis\u00e9s en Allemagne de l&rsquo;Est, en Italie, en Pologne, en Angleterre\u2026 Partout o\u00f9 mon roman a \u00e9t\u00e9 traduit, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 des gens qui me disaient avoir v\u00e9cu ce type de d\u2019enfance que je raconte, dans des lieux moribonds, d\u00e9sindustrialis\u00e9s, d&rsquo;adolescence faite \u00e0 la fois l&rsquo;ennui et le d\u00e9sir.<\/p>\n<p><strong>Quelle est votre r\u00e9action William Rodarmor aux propos de Nicolas Mathieu, et comment le traducteur a-t-il fait face \u00e0 cette dimension tr\u00e8s fran\u00e7aise du roman\u00a0?<\/strong><br \/>\nJe viens de relire les quelques premi\u00e8res pages. Je me suis rendu compte que le probl\u00e8me fran\u00e7ais appara\u00eet presque imm\u00e9diatement, parce que Anthony, l\u2019un des personnages principaux, est d\u00e9crit comme un gar\u00e7on qui est capable de manger une baguette \u00e0 lui tout seul avec de la <em>Vache qui rit<\/em>. Tout de suite, le traducteur est confront\u00e9 \u00e0 un probl\u00e8me, doit-il traduire par \u00ab\u00a0<em>laughing cow<\/em>\u00ab\u00a0? Il y a \u00e9norm\u00e9ment de marques de produits tr\u00e8s fran\u00e7ais, bien sp\u00e9cifiques, et ce serait une honte et une trahison de les abandonner. Mais ce que dit Nicolas est tout \u00e0 fait juste, \u00e0 part ces d\u00e9tails qui sont tr\u00e8s int\u00e9ressants pour donner cet exotisme un peu bon march\u00e9, il touche \u00e0 quelque chose d\u2019universel dans sa fa\u00e7on de restituer une atmosph\u00e8re de d\u00e9sespoir. Je connais un peu la Pennsylvanie, par exemple, qui est pleine de vall\u00e9es comme celle-ci, une esp\u00e8ce de fant\u00f4me industriel avec des cons\u00e9quences sociologiques tr\u00e8s, tr\u00e8s semblables. Alors, c&rsquo;est un roman fran\u00e7ais avec un \u00e9cho tr\u00e8s universel.<\/p>\n<p>Le plus difficile, c&rsquo;est plut\u00f4t dans les expressions, de rendre les fa\u00e7ons de parler sur lesquelles Nicolas Mathieu travaille \u00e9norm\u00e9ment. C\u2019est le d\u00e9fi des phrases toutes faites, des expressions idiomatiques. Parce que dans ce cas, les mots, le signifi\u00e9 ne sont pas importants, ce qui compte c\u2019est l\u2019id\u00e9e, le signifiant v\u00e9hicul\u00e9. Lorsqu\u2019ils ou elles prononcent une phrase toute faite, les personnages n&rsquo;ont pas r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 leur propos, c\u2019est l\u2019expression d\u2019une situation, d\u2019un sentiment. Alors, on essaie de trouver une phrase toute faite en am\u00e9ricain qui marche, ou bien on traduit litt\u00e9ralement ce qui est aussi une option. De tout fa\u00e7on, comme j\u2019ai pu en faire l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 de nombreuses reprises, on sera toujours critiqu\u00e9 en tant que traducteur, quelle que soit l\u2019option qu\u2019on choisisse. Traduire c\u2019est trahir comme vous le savez, qu\u2019on s\u2019\u00e9loigne ou qu\u2019on reste au plus pr\u00e8s de l\u2019auteur on ne peut pas gagner.<\/p>\n<p><strong>Justement, cette question du style Nicolas Mathieu, elle est particuli\u00e8rement importante chez vous qui dites avoir vraiment recherch\u00e9 dans ce livre \u00e0 retrouver une voix, celle des adolescents des ann\u00e9es 90, qui ont un parler, un phras\u00e9 particulier\u00a0?<\/strong><br \/>\nIl y a d\u2019abord la recherche d&rsquo;un style litt\u00e9raire qui me serait propre. Quand j&rsquo;\u00e9cris des dialogues, il y a plusieurs choses que j&rsquo;essaye d&rsquo;\u00e9viter, et tout d\u2019abord j\u2019essaie de ne pas faire des dialogues explicatifs. J&rsquo;essaye de faire en sorte que \u00e7a sonne comme dans la vie. C&rsquo;est-\u00e0-dire que dans la vie, on ne parle pas pour expliquer comment l&rsquo;histoire se d\u00e9roule. Il n&rsquo;y a pas de longs paragraphes pour d\u00e9plier le r\u00e9cit. Les dialogues me servent \u00e0 caract\u00e9riser les personnages, \u00e0 faire entendre leur voix, \u00e0 donne de la v\u00e9racit\u00e9. La difficult\u00e9, et tout l\u2019enjeux pour des adolescents, c\u2019est que dans mon souvenir on est capable de mener des conversations interminables, juste avec les mots \u00ab\u00a0cool\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0grave\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb. Avec trois mots de vocabulaire, on avait couvert \u00e0 peu pr\u00e8s 90% de notre champ lexical, et les dialogues dans ce roman servaient un peu \u00e0 dire \u00e7a.<\/p>\n<p>Il y a aussi la mani\u00e8re dont moi j&rsquo;essaye d&rsquo;\u00e9crire, qui n&rsquo;est pas toujours tr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, mais dont je me rends compte parfois a posteriori. C&rsquo;est une langue hybride qui fait des allers retours entre les niveaux de langage diff\u00e9rents, tout comme moi je me trouve coinc\u00e9 entre des mondes diff\u00e9rents. Je ne sais pas comment \u00e7a peut se rendre, mais il y a une torsion dans la langue entre un registre plus savant, des passages plus prosa\u00efques, des phrases toutes faites qui ont donn\u00e9 tant de mal \u00e0 William, et du vocabulaire qui d&rsquo;ordinaire passe sous les radars. Un exemple, sur lequel ont but\u00e9 tous les traducteurs d\u2019ailleurs, c\u2019est l\u2019emploi de mots qui n\u2019existent que de fa\u00e7on tr\u00e8s localis\u00e9e, comme le terme \u00ab\u00a0reuleuleuh\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe un abruti, un <em>cassos<\/em> (NDR\u00a0: abr\u00e9viation de \u00ab\u00a0cas social\u00a0\u00bb)pour employer une autre expression. A Paris non plus on ne sait pas ce qu&rsquo;est un reuleuleuh.<\/p>\n<p><strong>WR<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est justement ce qui est int\u00e9ressant, ce qui est facile n&rsquo;est pas int\u00e9ressant. Mais j&rsquo;aimerais vous poser une question\u00a0: est-ce que vous \u00eates parvenu \u00e0 retrouver cette fa\u00e7on de parler, aviez-vous un \u00e9cho de votre propre jeunesse dans les oreilles en \u00e9crivant\u00a0<\/p>\n<p><strong>NM\u00a0: <\/strong>C&rsquo;est en tout cas ce que j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire, mais ce langage-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9 par des fa\u00e7on de s\u2019exprimer plus r\u00e9centes, ce dont je ne me suis pas aper\u00e7u imm\u00e9diatement. Ce sont des lecteurs qui me l&rsquo;ont fait remarquer. Il ne s\u2019agit pas exactement d\u2019une reconstitution arch\u00e9ologique de la mani\u00e8re dont on parlait dans les ann\u00e9es 90. J&rsquo;ai pass\u00e9 aussi beaucoup de temps dans les transports parisiens \u00e0 \u00e9couter les gens d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9voquez le fait d\u2019\u00eatre coinc\u00e9 entre des mondes diff\u00e9rents, c\u2019est une question qui a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 entre la litt\u00e9rature et les sciences sociales ces derni\u00e8res ann\u00e9es, d\u2019Annie Ernaux \u00e0 Edouard Louis en passant par Didier Eribon. Ce mouvement d\u2019ascension social, en tension avec des d\u00e9terminismes tr\u00e8s forts, a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par la sociologue Chantal Jacquet sous le nom de \u00ab\u00a0transclasses\u00a0\u00bb. Comment vous \u00eates-vous int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce sujet\u00a0?<\/strong><br \/>\nJe crois qu&rsquo;on ne choisit pas ses sujets, mais qu&rsquo;on est vraiment choisi par eux. Cette question du transfert de classe a vraiment \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e par Annie Ernaux, et je me souviens quand je lisais ses livres \u00e0 25 ans de les avoir trouv\u00e9s tr\u00e8s justes. Mettre des mots sur cette r\u00e9alit\u00e9, qui est aussi la mienne, \u00e7a m&rsquo;aide beaucoup. M\u00eame si aujourd\u2019hui c&rsquo;est devenu presque un clich\u00e9, un lieu commun de la litt\u00e9rature. Si j&rsquo;ai parl\u00e9 de \u00e7a, c\u2019est que cette exp\u00e9rience me structure profond\u00e9ment en tant que personne mais aussi en tant qu\u2019auteur puisqu\u2019elle conditionne ma place par rapport aux autres. Je sais que je n\u2019acc\u00e8derai jamais \u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessus. Je reste entre les deux, dans une position de voyeur, de spectateur plut\u00f4t que d&rsquo;acteur. Donc, ce n\u2019est pas un choix, c&rsquo;est ma mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre au monde.<\/p>\n<p><strong>M\u00eame apr\u00e8s le Goncourt\u00a0?<\/strong><br \/>\nOui, vraiment, puisque le monde d&rsquo;o\u00f9 je viens, je n&rsquo;en serai plus jamais, pour plein de raisons. Je ne me reconnais plus dans tout un ensemble de valeurs, de mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, de go\u00fbts, d&rsquo;habitudes de table, de mani\u00e8re de s&rsquo;habiller, de concevoir le monde, de d\u00e9penser l&rsquo;argent, etc. Mais la bourgeoisie, pour y \u00eatre il faut y \u00eatre n\u00e9, et je n&rsquo;en serai donc jamais non plus. On me disait r\u00e9cemment dans un entretien, en reprenant les cat\u00e9gories du sociologue anglais David Goodhart, que j&rsquo;\u00e9crivais sur les gens qui sont de \u00ab\u00a0<em>somewhere<\/em>\u00a0\u00bb (de quelque part), en opposition \u00e0 une classe moyenne internationalis\u00e9e qui est d\u00e9crite comme \u00e9tant \u00ab\u00a0d&rsquo;<em>anywhere<\/em>\u00a0\u00bb (de n\u2019importe o\u00f9). Mais moi, je me sens en r\u00e9alit\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>nowhere<\/em>\u00a0\u00bb, de nulle part, dans une situation de l\u00e9vitation qui constitue mon regard. Je ne dis pas qu&rsquo;il faut \u00eatre de <em>nowhere<\/em> pour \u00e9crire, je dis juste que c&rsquo;est la place d&rsquo;o\u00f9 j&rsquo;interviens. Je ne suis pas de <em>somwhere<\/em>, si mes livres se situent dans la m\u00eame aire g\u00e9ographique on ne peut pas dire que j\u2019en fasse l\u2019apologie, je ne suis pas du tout un \u00e9crivain r\u00e9gionaliste. En m\u00eame temps, je ne me sens pas du tout appartenir \u00e0 une population qui se sent partout chez elle, qui parle plusieurs langues, etc. Ce n&rsquo;est pas mon monde non plus.<\/p>\n<p><strong>William, ce regard, cette approche par la classe et la capacit\u00e9 de l\u2019auteur \u00e0 \u00e9crire depuis une position interm\u00e9diaire, est-ce facile \u00e0 faire passer pour un lectorat am\u00e9ricain ? <\/strong><br \/>\nVous savez tr\u00e8s bien qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de classes aux Etats-Unis, nous sommes un pays d\u2019une \u00e9galit\u00e9 admirable&#8230; Blague mise \u00e0 part, il est \u00e9vident que les classes am\u00e9ricaines sont divis\u00e9es par l&rsquo;argent, encore plus qu\u2019en France o\u00f9 d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments entre en compte. Et dans le livre de Nicolas, les personnages savent tr\u00e8s bien \u00e0 quel niveau ils appartiennent, et le lecteur avec eux. Alors, les correspondances ne sont pas exactes avec les Etats-Unis, mais les groupes sont faciles \u00e0 identifier ne serait-ce que par leur niveau d\u2019\u00e9ducation et de vocabulaire. Le vocabulaire, justement, c&rsquo;est un domaine pour lequel j&rsquo;ai particuli\u00e8rement mobilis\u00e9 mon attention, car pour moi les traducteurs ne sont que des esp\u00e8ces de ventriloque. On met une chaussette sur sa main, et on fait parler cette marionnette avec tel ou tel accent. C\u2019est d\u2019ailleurs une op\u00e9ration qu\u2019on fait \u00e0 deux reprises, d\u2019abord en restituant la voix de l&rsquo;auteur, mais aussi en parlant pour ses personnages. Or, j\u2019essaie vraiment de faire entendre la personne sur la page, et de ne pas donner l\u2019impression que c\u2019est un homme, californien, surdipl\u00f4m\u00e9, qui s\u2019exprime. C\u2019est l\u00e0 tout le d\u00e9fi, et le c\u00f4t\u00e9 amusant de l\u2019exercice. Je dis souvent que ce qui est bien avec la traduction, c\u2019est qu\u2019on a en tant que traducteur tous les plaisirs de l\u2019\u00e9criture, sans jamais souffrir du syndrome de la page blanche. J\u2019arrive le matin \u00e0 mon bureau, et figurez-vous que le livre a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par quelqu\u2019un d\u2019autre. C\u2019est formidable, quelle chance.<\/p>\n<p><strong>Peut-\u00eatre un mot sur le choix de situer votre roman dans ces ann\u00e9es 90, que vous scandez par des titres de musique qui ont marqu\u00e9 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 commencer par <em>Smells Like Teen Spirit<\/em> de Nirvana. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque du grunge, d\u2019une vision \u00e0 la fois individualiste et d\u00e9senchant\u00e9e. Qu&rsquo;est-ce que qu&rsquo;est ce qui se joue pour vous \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? <\/strong><br \/>\nPour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate, c&rsquo;est d\u2019abord pour me simplifier la t\u00e2che que j\u2019ai fait le choix des ann\u00e9es 90. Je voulais faire un roman d&rsquo;apprentissage, et je me suis naturellement appuy\u00e9 sur ma propre adolescence. Chemin faisant, je me suis rendu compte de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il y avait \u00e0 traiter des ann\u00e9es 90, pour finalement \u00e9crire un roman qu\u2019on pourrait qualifier de g\u00e9n\u00e9rationnel, ce que je n&rsquo;avais pas du tout anticip\u00e9 au d\u00e9part. Et ce qui se joue l\u00e0, c&rsquo;est la fin d&rsquo;un monde. La fin de la France industrielle r\u00e9sonne avec la fin des blocs Est contre Ouest\u2026 C\u2019est une parenth\u00e8se au cours de laquelle j\u2019ai v\u00e9cu mon adolescence, dans cette atmosph\u00e8re de fin de l&rsquo;histoire. On a pu penser \u00e7a, que la partie \u00e9tait gagn\u00e9e par les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, ce qui a provoqu\u00e9 du d\u00e9senchantement et le sentiment qu&rsquo;on n\u2019avait plus \u00e0 se mouiller, qu\u2019il ne nous restait plus qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer et \u00e0 faire du bruit. Je me souviens que c&rsquo;\u00e9tait des ann\u00e9es assez sombres. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;enthousiasme politique du tout, que la r\u00e9volution n&rsquo;arriverait jamais&#8230; C&rsquo;est bien r\u00e9sum\u00e9 dans \u00ab\u00a0Un monde sans piti\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;Eric Rochant, avec cette tirade d&rsquo;Hippolyte Girardot qui dit\u00a0: il n&rsquo;y aura jamais la r\u00e9volution, ni les lendemains qui chantent, et tout ce qui nous reste c\u2019est \u00ab\u00a0le march\u00e9 commun et s&rsquo;aimer comme des cons\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un peu \u00e7a, la morale de cette p\u00e9riode-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est aussi une d\u00e9cennies marqu\u00e9e par ce qu\u2019on a appel\u00e9 des <em>teen movies<\/em>, des histoires adolescentes parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es comme dans le cin\u00e9ma de Larry Clark. Ce sont des r\u00e9f\u00e9rences pour vous\u00a0? \u00a0<\/strong><br \/>\nLe cin\u00e9ma qui m\u2019a marqu\u00e9 au cours de ces ann\u00e9es, c&rsquo;est plut\u00f4t Tarantino et <em>La Haine<\/em>. Mais s\u2019il y a des films qui ont nourri ce roman, c&rsquo;est plut\u00f4t ceux de Jeff Nichols comme <em>Shotgun Stories<\/em> et surtout <em>Mud<\/em>, qui a \u00e9t\u00e9 vraiment un film s\u00e9minal pour le d\u00e9but du roman. Le premier plan du film, ce sont deux gamins qui traversent le Mississippi pour aller sur une \u00eele. Puis le soleil se l\u00e8ve, et je me souviens tr\u00e8s bien de la premi\u00e8re fois que je l&rsquo;ai vu, de m&rsquo;\u00eatre dit que c\u2019\u00e9tait ce genre de sensation que je voulais rendre. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que d&rsquo;\u00eatre jeune \u00e0 crever\u00a0? Le roman commence comme \u00e7a. Mes personnages sont sur une plage, et ils veulent aller sur une autre plage o\u00f9 peut \u00eatre, il y a quelque chose \u00e0 voir.<\/p>\n<p><strong>Il y a cette dimension intime de l&rsquo;adolescence, qui rencontre une dimension plus politique dans ce roman. Vous avez pu \u00eatre per\u00e7u comme un \u00e9crivain engag\u00e9, vous vous d\u00e9finiriez comme \u00e7a\u00a0? <\/strong><br \/>\nEngag\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait un grand mot. Parce qu&rsquo;encore une fois, je me sens davantage voyeur, spectateur, qu&rsquo;acteur. Cela dit, \u00e9crire n&rsquo;est jamais un geste anodin. C&rsquo;est Flaubert qui disait dans sa correspondance avec George Sand qu&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 se venger. Il y a quelque chose de politique jusque dans le travail de description. Le monde se pr\u00e9sente toujours \u00e0 nous comme opaque, et le d\u00e9crire suppose de faire des choix et d\u2019en souligner des structures, des fonctionnements. A titre personnel, j&rsquo;ai tendance \u00e0 penser que tout est politique. D\u00e8s qu&rsquo;on d\u00e9crit deux personnages qui se parlent, il y a quelque chose de politique qui est en train de s&rsquo;activer. La description des rapports humains n&rsquo;est jamais quelque chose de neutre ou \u00e9th\u00e9r\u00e9. Et puis, il y a le mod\u00e8le d&rsquo;Annie Ernaux, notamment dans <em>Les Ann\u00e9es<\/em>, qui a beaucoup pes\u00e9. J&rsquo;avais envie de faire \u00e7a, d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis dans les d\u00e9tails, l&rsquo;intime, le v\u00e9cu\u2026 tout en proposant un point de vue plus large, qui peigne une fresque. Il y a de \u00e7a aussi chez Flaubert, o\u00f9 on passe du taffetas \u00e0 la grande Histoire. Cette variation de focale est encore une autre mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre politique.<\/p>\n<p><strong>William, comment r\u00e9agissez-vous \u00e0 cette dimension politique du roman de Nicolas Matthieu ? <\/strong><br \/>\nC&rsquo;est un peu difficile pour moi parce que la politique surtout la politique fran\u00e7aise, me parait tout \u00e0 fait incompr\u00e9hensible. Il y a tout de m\u00eame ce parall\u00e9lisme entre le Front national et les gens qui, plus tard aux Etats-Unis, soutiendront Donald Trump. On retrouve cette m\u00eame haine, au niveau populaire, contre \u00ab\u00a0l&rsquo;establishment\u00a0\u00bb, les bienpensants. C&rsquo;est une fine couche irrationnelle et dangereuse dans notre d\u00e9mocratie. Je me rappelle aussi qu&rsquo;il y avait un mot qui me donnait beaucoup de difficult\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait le mot \u00ab\u00a0<em>charter<\/em>\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai d\u00fb me renseigner et j&rsquo;ai appris qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d\u2019avions dans lesquels ont renvoyait les immigr\u00e9s sans papiers, sujet qui agitait beaucoup les d\u00e9bats politiques dans les ann\u00e9es 90. Et j\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 une chanson magnifique \u00e9crite par Woodie Guthrie et popularis\u00e9e par Pete Seeger intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Deeportees<\/em>\u00ab\u00a0, sur des Mexicains venus travailler dans les champs et renvoy\u00e9s dans leur pays une fois le travail effectu\u00e9, car devenus ind\u00e9sirables, et qui meurent dans un accident d&rsquo;avion. C\u2019\u00e9tait juste apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, il n\u2019y a donc rien de tr\u00e8s nouveau ni de tr\u00e8s original.<\/p>\n<p><strong>Il est beaucoup question en France, surtout apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode des Gilet Jaunes, des aires p\u00e9riurbaines et des Fran\u00e7ais qui restent pour \u00ab\u00a0vivre dans des campagnes en d\u00e9clin\u00a0\u00bb, pour reprendre le sous-titre d\u2019un essai du sociologue Benoit Coquard. Ces gens qui votent pour le Rassemblement National en France, ou pour Donald Trump aux USA, sont souvent pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on bien peu empathique. Quelle a \u00e9t\u00e9 votre d\u00e9marche\u00a0?<\/strong><br \/>\nFaire politique, pour moi, c&rsquo;est justement d&rsquo;\u00e9crire sur ces gens, sans jamais verser dans la condamnation. Je l\u2019ai beaucoup dit, mais cela reste vrai, la morale que j&rsquo;applique \u00e0 mes personnages est celle de Renoir dans <em>La R\u00e8gle du jeu<\/em> : ce qui est terrible dans la vie, c&rsquo;est que tout le monde a ses raisons. L&rsquo;\u00e9criture suppose d\u2019effectuer un mouvement pour devenir l&rsquo;autre, et la position qui consisterait \u00e0 parler d&rsquo;un endroit privil\u00e9gi\u00e9 pour les gourmander ou expliquer pourquoi ils ont tort, \u00e7a ne m&rsquo;int\u00e9resse pas du tout. Ce n\u2019est pas comme \u00e7a que j&rsquo;ai envie d&rsquo;\u00e9crire, j&rsquo;ai envie de restituer la vie. Je ne pars jamais de pr\u00e9dicats id\u00e9ologiques, sociologiques ou philosophiques et je me m\u00e9fie des romans \u00e0 th\u00e8se, dans lesquels justement il n\u2019y a plus de vie qui circule. Cela \u00e9tant dit, je me rends compte que le choix de ce type de personnages, de ce type de lieux, n&rsquo;est pas anodin non plus puisqu\u2019il s\u2019agit de montrer des mondes qui souffrent d&rsquo;un d\u00e9ficit de repr\u00e9sentation. J\u2019ai pu me retrouver malgr\u00e9 moi en situation de porte-parole, ou plut\u00f4t de porte-voix, mais ce n\u2019est pas un r\u00f4le que j&#8217;embrasse volontiers. Je ne veux pas \u00eatre l\u2019\u00e9crivain des Gilets Jaunes pour le dire rapidement, la d\u00e9marche romanesque \u00e7a ne peut pas \u00eatre \u00e7a.<\/p>\n<p><strong>Parmi vos sources d\u2019inspiration puis\u00e9es ici, aux Etats-Unis, on n&rsquo;a pas cit\u00e9 le roman noir qui est pourtant fondamental. C\u2019est le genre que vous aviez choisi pour votre premier roman, <em>Aux animaux la guerre<\/em>, mais pas cette fois-ci. Pourquoi\u00a0?<\/strong><br \/>\nPourtant, jusqu&rsquo;au terme de l\u2019\u00e9criture, j&rsquo;ai vraiment pens\u00e9 avoir \u00e9crit un roman noir, avec une intrigue criminelle liminaire qui servait de pr\u00e9texte \u00e0 parler d&rsquo;autre chose, de la vie des gens, la description d&rsquo;une vall\u00e9e, le roman d&rsquo;apprentissage. Le vol inaugural de la moto, le revolver, tout cela mobilisait les codes du roman noir. Longtemps j&rsquo;ai \u00e9crit des textes ennuyeux, et je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me faire publier. La d\u00e9couverte du genre \u00e0 travers notamment les \u0153uvres et les articles de Jean-Patrick Manchette m&rsquo;ont apport\u00e9 une solution pour accrocher les lecteurs. En tirant des ficelles dramaturgiques comme le suspense, je peux embarquer les gens dans le wagon du r\u00e9cit, et ensuite commencer \u00e0 faire ce qui m\u2019int\u00e9resse par ailleurs, \u00e0 savoir parler du monde tel qu&rsquo;il est, m\u2019attacher \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, faire exister des personnages, restituer les percepts. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est d&rsquo;avoir 16 ans et de sentir la chaleur de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 ? Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que de voir une jeunes filles en maillot de bain quand on a 14 ans et qu&rsquo;on est p\u00e9tri de frustrations ? Prendre des perceptions, les fixer de sorte qu&rsquo;elles survivent \u00e0 ceux qui les ont \u00e9prouv\u00e9es. C&rsquo;est \u00e7a le v\u00e9ritable objet de la litt\u00e9rature. Mais avant, j&rsquo;ai fait le travail d&rsquo;accrocher le lecteur, je lui ai procur\u00e9 du plaisir. Il y a aussi une id\u00e9e un peu plus politique, de se dire que plus c&rsquo;est s\u00e9duisant, plus il y a de gens qui auront acc\u00e8s \u00e0 ce que j&rsquo;essaye de leur dire. Mon grand fantasme, c&rsquo;est le cin\u00e9ma classique des ann\u00e9es 50, c\u2019est-\u00e0-dire un cin\u00e9ma qui concerne tout le monde, fait un milliard de spectateurs par semaine dans le monde et qui, en m\u00eame temps, donne des le\u00e7ons de vie extr\u00eamement exigeantes. Je voudrais \u00eatre John Ford.<\/p>\n<p><em>Nicolas Mathieur a re\u00e7u le Prix Goncourt en 2018 pour \u00ab\u00a0Leurs enfants apr\u00e8s eux\u00a0\u00bb (Acte Sud, 2018). La traduction anglaise de William Rodarmor, \u00ab\u00a0And Their Children After Them\u00a0\u00bb (Other Press, 2020) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e du prix Albertine 2021.<\/em><\/p>\n<p><em>Le prix Albertine, co-pr\u00e9sent\u00e9 par Van Cleef &amp; Arpels et l&rsquo;Ambassade de France, r\u00e9compense le titre de fiction en langue fran\u00e7aise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des lecteurs am\u00e9ricains, r\u00e9cemment traduit en anglais. Il vise \u00e0 mettre en valeur les \u0153uvres d&rsquo;auteurs issus des nombreux pays o\u00f9 le fran\u00e7ais est parl\u00e9, rappelant que les langues et la litt\u00e9rature transcendent les fronti\u00e8res. Le comit\u00e9 de s\u00e9lection est compos\u00e9 de deux copr\u00e9sidents d&rsquo;honneur du prix Albertine, les \u00e9crivains am\u00e9ricains Daniel Mendelsohn et Rachel Kushner, ainsi que du personnel de la librairie Albertine et du service du livre de l&rsquo;ambassade de France.<\/em><br \/>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"featured_media":60901,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[],"app_city_tax":[264],"app_magazine_category":[],"class_list":["post-63762","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","app_city_tax-nyc-fr"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Nicolas Mathieu : \u00ab Plus on est dans le d\u00e9tail, plus on acc\u00e8de \u00e0 l\u2019universel \u00bb - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/nicolas-mathieu-plus-est-dans-le-detail-plus-accede-luniversel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Nicolas Mathieu : \u00ab Plus on est dans le d\u00e9tail, plus on acc\u00e8de \u00e0 l\u2019universel \u00bb - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Quand votre roman est sorti en France, les critiques ont longuement soulign\u00e9 son caract\u00e8re tr\u00e8s Fran\u00e7ais. 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