{"id":584595,"date":"2024-04-17T21:20:45","date_gmt":"2024-04-17T21:20:45","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/?post_type=app_magazine_article&#038;p=584595"},"modified":"2024-04-23T01:30:07","modified_gmt":"2024-04-23T01:30:07","slug":"marseille-un-glossaire-de-leau","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/marseille-un-glossaire-de-leau\/","title":{"rendered":"Marseille : un glossaire de l&rsquo;eau"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dimanche 23 avril : la s\u00e9cheresse&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Le premier mot fran\u00e7ais que j\u2019apprends lors de mon s\u00e9jour, sur le parking de l\u2019a\u00e9roport de Marseille-Provence, c\u2019est \u00ab\u202fs\u00e9cheresse\u202f\u00bb. Lucie Duriez, directrice culturelle de la Friche La Belle de Mai, est venue me chercher sur son jour de repos. Elle se confond en excuses pour la poussi\u00e8re sur sa voiture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019explique que, depuis mars, Marseille est en \u00e9tat de catastrophe naturelle suite \u00e0 la s\u00e9cheresse. Par cons\u00e9quent, les autorit\u00e9s ont mis en \u0153uvre des restrictions sur l\u2019utilisation de l\u2019eau pour des activit\u00e9s telles que la baignade, l\u2019irrigation ou le lavage des v\u00e9hicules. Il a tr\u00e8s peu plu pendant des mois l\u2019hiver pr\u00e9c\u00e9dent. Maintenant, le printemps \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement venteux et sec \u2013 est l\u00e0, et il n\u2019y a toujours pas de pluie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis venue participer \u00e0 Terres Communes, une conf\u00e9rence sur l\u2019agriculture urbaine et l\u2019\u00e9cologie \u00e0 La Friche. Notre petite (mais super) d\u00e9l\u00e9gation est invit\u00e9e dans le cadre de l\u2019initiative CITY CIT\u00c9 de la Villa Albertine, qui r\u00e9unit des cr\u00e9atifs et des militants originaires d\u2019Atlanta et de Marseille pour discuter du \u00ab r\u00f4le des infrastructures culturelles dans la construction des villes \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019inqui\u00e9tude de Lucie Duriez, j\u2019entends la m\u00eame anxi\u00e9t\u00e9 climatique que celle que nous ressentons au sujet des inondations et des temp\u00eates \u00e0 Atlanta.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le de la conf\u00e9rence, nous avons droit \u00e0 un itin\u00e9raire ambitieux compos\u00e9 de visites de fermes urbaines, de centres d\u2019art et d\u2019ateliers de cr\u00e9ation, et de randonn\u00e9es impitoyables dans la ville. Je suis l\u00e0 pour d\u00e9couvrir les Aygalades, la rivi\u00e8re urbaine de Marseille, qui fait l\u2019objet d\u2019un projet de restauration \u00e9cologique, \u00e0 l\u2019image de ce que j\u2019ai fait avec Finding the Flint. Ce qui m\u2019int\u00e9resse avant tout \u00e0 Marseille, c\u2019est son eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vues d\u2019avion, Atlanta et Marseille ne se ressemblent pas du tout. Quand nous avons d\u00e9coll\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport Hartsfield-Jackson, Atlanta s\u2019\u00e9tendait \u00e0 perte de vue. Il n\u2019y a aucune logique apparente dans son trac\u00e9, juste des enchev\u00eatrements sans fin d\u2019autoroutes et de ganglions de banlieue qui rayonnent depuis l\u2019\u00e9pine dorsale des gratte-ciels. Marseille, \u00e0 l\u2019inverse, se concentre autour de ses ports, circuit bas et dense de toits en terre cuite entour\u00e9s de montagnes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et du bleu irr\u00e9el de la M\u00e9diterran\u00e9e de l\u2019autre. En arrivant, j\u2019ai mis un moment \u00e0 comprendre que la ceinture d\u2019eau \u00e9tincelante que je voyais par le hublot \u00e9tait un fleuve. Le Rh\u00f4ne semblait compl\u00e8tement artificiel et strictement d\u00e9limit\u00e9, sans rapport avec les rivi\u00e8res brunes, sinueuses et sauvages de G\u00e9orgie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 le manque de pluie, l\u2019autoroute qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019a\u00e9roport est bord\u00e9e de massifs de fleurs sauvages aux couleurs vives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me nouveau mot fran\u00e7ais que j\u2019apprends, dans la voiture de Lucie, c\u2019est \u00ab\u202fcalcaire\u202f\u00bb. Des falaises crayeuses aux barres d\u2019immeubles qui d\u00e9filent derri\u00e8re la vitre, le calcaire est omnipr\u00e9sent. J\u2019apprendrai par la suite que c\u2019est lui qui donne sa couleur turquoise \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. La prairie calcaire aride fait ressortir les fleurs sauvages blanchies par le soleil et les c\u00e9l\u00e8bres herbes de Provence. Ce paysage impitoyable influe \u00e9galement sur la densit\u00e9 de la population.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de mes impressions touristiques sur la ville \u2013 les plages, le Vieux Port, la vue depuis le Palais du Pharo \u2013, au-del\u00e0 m\u00eame du charmant quartier de Longchamps o\u00f9 ma location AirBnb agace sans doute les voisins, je d\u00e9couvre une ville qui ressemble beaucoup \u00e0 celle o\u00f9 je vis. Les gens dans la rue me sont familiers : jeunes, venus de divers horizons, marginalis\u00e9s et d\u00e9termin\u00e9s. Marseille est le reflet de son port\u202f; Atlanta, celui de son a\u00e9roport, tous deux marqu\u00e9s par les vagues d\u2019immigration et les luttes successives, et par les richesses extravagantes que les investisseurs \u00e9trangers y font transiter. On a l\u2019impression que les deux villes sont principalement peupl\u00e9es par une vaste classe ouvri\u00e8re non caucasienne, qui tente de r\u00e9ussir non seulement en affaires, mais aussi dans les domaines des arts, et de la musique notamment, et refait la ville \u00e0 son image. Pour survivre, et pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, les coquelicots rouges et les gen\u00eats jaunes survivent en d\u00e9pit de la s\u00e8cheresse, signe qu\u2019il doit bien y avoir de l\u2019eau quelque part.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi 24 avril : la Durance&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Mon fils m\u2019a demand\u00e9 d\u2019enregistrer le chant des oiseaux marseillais. Chaque matin, je me mets donc \u00e0 la fen\u00eatre du troisi\u00e8me \u00e9tage, qui donne sur une enfilade de courettes raides et vertes que surplombe Notre-Dame de la Garde, au loin. J\u2019entends des mouettes, une perruche, une colombe insistante. La liste est tr\u00e8s courte, et quelque peu d\u00e9cevante. Au printemps, \u00e0 Atlanta, mon fils enregistre les chants de dizaines d\u2019esp\u00e8ces diff\u00e9rentes dans les ch\u00eanes aquatiques et les pacaniers de notre quartier. Cette diff\u00e9rence est-elle due \u00e0 la densit\u00e9 de Marseille, la canop\u00e9e arbor\u00e9e d\u2019Atlanta, ou \u00e0 ces deux facteurs ? \u00c0 moins qu\u2019elle soit symptomatique de la s\u00e9cheresse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ma promenade vers La Friche, je m\u2019arr\u00eate pour prendre des photos du Palais Longchamp, un b\u00e2timent grandiose du XIX<sup>e<\/sup>\u202fsi\u00e8cle dont les jardins entourent une magnifique fontaine. Une plaque en bronze indique qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 construite pour f\u00eater la fin des travaux du canal de Marseille, une merveille d\u2019ing\u00e9nierie qui a fourni un flux constant d\u2019eau de source \u00e0 une ville en pleine croissance. Aujourd\u2019hui, les fontaines sont silencieuses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime l\u2019extravagance de ce lieu. Les colonnes, les escaliers et les arches de pierre corinthiens, un d\u00e9fil\u00e9 de lions, de taureaux et de griffons de pierre dirigent l\u2019\u0153il vers une imposante d\u00e9esse repr\u00e9sentant la Durance, le pied sur une urne renvers\u00e9e. En cette heure matinale, les ouvriers et les \u00e9tudiants passent devant ce spectacle sans un regard. Dans le parc, il n\u2019y a que moi et quelques \u00e9boueurs. Non seulement ce genre de monument architectural extravagant n\u2019existe pas dans ma jeune ville, mais le respect qu\u2019il t\u00e9moigne pour l\u2019eau en est \u00e9galement absent. La perc\u00e9e du canal en 1849 a-t-elle modifi\u00e9 la perception des voies navigables naturelles de Marseille ? Son ouverture a-t-elle rendu les Aygalades obsol\u00e8tes ? Ou bien la ville avait-elle d\u00e9j\u00e0 pollu\u00e9 et \u00e9puis\u00e9 les ruisseaux et rivi\u00e8res naturels, rendant ainsi n\u00e9cessaire le percement d\u2019un canal ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Longchamp t\u00e9moigne de la s\u00e9cheresse : les pelouses sont ab\u00eem\u00e9es et battues par le vent. Au-dessus du bassin inf\u00e9rieur de la grande fontaine, je lis un petit avertissement rouge attach\u00e9 \u00e0 la cl\u00f4ture en fer. \u00ab\u202fBaignade strictement interdite.\u202f\u00bb Dans le temple de l\u2019eau, on n\u2019a pas le droit de se baigner\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La fontaine ass\u00e9ch\u00e9e est impressionnante. \u00c0 Longchamp, l\u2019eau est une richesse et un pouvoir divins. La ville y est repr\u00e9sent\u00e9e comme celle qui distribue ce pouvoir. Mais la s\u00e8cheresse montre les limites du gouvernement, voire la folie de l\u2019humanit\u00e9, qui croit pouvoir ma\u00eetriser la nature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le canal a \u00e9t\u00e9 construit en pr\u00e9vision d\u2019une s\u00e9cheresse saisonni\u00e8re, pour le climat du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les anciennes infrastructures s\u2019av\u00e8rent insuffisantes face \u00e0 la persistance du d\u00e9r\u00e8glement climatique, la perte du manteau neigeux en amont et la disparition des glaciers. La ville est confront\u00e9e \u00e0 ses limites.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je remarque cela parce que je viens d\u2019une ville qui manque terriblement de limites. Atlanta s\u2019\u00e9tend sans fronti\u00e8res naturelles, sans cha\u00eene de montagnes ni front de mer pour contenir un d\u00e9veloppement al\u00e9atoire. Elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue au m\u00e9pris de son relief. Les douces cr\u00eates et ruisseaux du pi\u00e9mont ont \u00e9t\u00e9 facilement subjugu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e8re des m\u00e9ga-infrastructures, d\u2019abord par les chemins de fer et les barrages, puis les autoroutes et les a\u00e9roports.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 pendant des ann\u00e9es les nappes phr\u00e9atiques cach\u00e9es et d\u00e9grad\u00e9es d\u2019Atlanta, \u00e0 commencer par le cours sup\u00e9rieur de la rivi\u00e8re Flint, sous l\u2019a\u00e9roport. Cela m\u2019a permis de comprendre comment la ville s\u2019est form\u00e9e autour des sources, des zones humides, des ruisseaux et des plaines inondables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit-l\u00e0, en rentrant chez moi, j\u2019entends un ch\u0153ur de grenouilles bien avant d\u2019apercevoir le Palais Longchamp. Les petites pa\u00efennes ont trouv\u00e9 de l\u2019eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mardi 25 avril : le terril&nbsp;<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5ece6996-fc85-4b19-95b3-a2fdb77365ad-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584659\" style=\"width:635px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5ece6996-fc85-4b19-95b3-a2fdb77365ad-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5ece6996-fc85-4b19-95b3-a2fdb77365ad-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5ece6996-fc85-4b19-95b3-a2fdb77365ad-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5ece6996-fc85-4b19-95b3-a2fdb77365ad.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Nous avons rendez-vous avec le photographe Geoffroy Matthieu \u00e0 La Friche pour une visite en voiture des Aygalades. Il nous offre un exemplaire de son magnifique livre, <em>La Mauvaise R\u00e9putation<\/em>. Sur le parking, un graffiti en typo Magritte : \u00ab\u202fCeci n\u2019est pas un parking.\u202f\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En montant dans sa Volkswagen, je tombe sur des cartes fluviales et des gilets jaune rang\u00e9s dans le coffre, et je ris. J\u2019ai les m\u00eames dans ma voiture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En chemin, Geoffroy tente d\u2019expliquer le programme de r\u00e9am\u00e9nagement EuroMed, qui transforme le front de mer postindustriel de Marseille en r\u00eave d\u2019architecte de la ville du futur. Il nous montre tous les gratte-ciels en construction, les parcs et devantures de magasins \u00e0 venir, d\u2019un modernisme \u00e9l\u00e9gant qui contraste avec les b\u00e2timents d\u00e9labr\u00e9s en calcaire et en terre cuite du vieux Marseille. Les feuilles des jeunes platanes claquent au vent, tels des drapeaux. La pr\u00e9sence envahissante des grues qui redessinent l\u2019horizon me rappelle le centre-ville d\u2019Atlanta, o\u00f9 des projets immobiliers au sommet desquels tr\u00f4naient des appartements de luxe ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s, alors que, dans le m\u00eame temps, les quartiers voisins languissaient par manque d\u2019investissement. \u00c0 qui tout cela est-il destin\u00e9 ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous passons d\u2019abord devant le si\u00e8ge de la compagnie maritime internationale CMA CGM. Je me rappelle avoir vu ces lettres sur les porte-conteneurs qui descendaient la rivi\u00e8re Savannah. J\u2019apprends aujourd\u2019hui que le \u00ab M \u00bb veut dire Marseille. Surnomm\u00e9e \u00ab la fermeture \u00e9clair \u00bb par les Marseillais, la tour vitr\u00e9e de CMA CGM, en bordure du port, s\u2019\u00e9l\u00e8ve depuis une large base dont les verticales sont sangl\u00e9es au centre. Elle ne ressemble \u00e0 rien d\u2019autre dans cette ville.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Geoffroy trouve une place pour se garer pr\u00e8s de la tour. Il nous montre une \u00e9trange tranch\u00e9e rectangulaire entre une rang\u00e9e de voitures gar\u00e9es et une casse : c\u2019est le ruisseau des Aygalades. Nous nous penchons au-dessus d\u2019une barri\u00e8re pour regarder notre reflet dans l\u2019eau, deux m\u00e8tres cinquante plus bas. \u00c0 l\u2019ouest, deux autres longs segments barricad\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent le cours de la rivi\u00e8re. Ma premi\u00e8re pens\u00e9e est que ce n\u2019est pas une rivi\u00e8re, ni m\u00eame un foss\u00e9, mais une sorte de cercueil ouvert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il explique que cette partie de la rivi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e et d\u00e9gag\u00e9e pour contenir les inondations. Je ne vois pas l\u2019ombre d\u2019un poisson ou d\u2019une feuille dans l\u2019eau noire. Quand il sort une carte plastifi\u00e9e des Aygalades, j\u2019ai envie de le serrer dans mes bras. Combien de fois ai-je emmen\u00e9 des gens jusqu\u2019au cours sup\u00e9rieur de la Flint et brandi une carte des bassins versants pour les convaincre que le pitoyable foss\u00e9 que nous surplombions faisait bien partie d\u2019un fleuve\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"643\" height=\"965\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/e65f274b-7090-46de-8af5-49d7a7998f7e.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584654\" style=\"width:367px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/e65f274b-7090-46de-8af5-49d7a7998f7e.jpg 643w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/e65f274b-7090-46de-8af5-49d7a7998f7e-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 643px) 100vw, 643px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/620d75b1-67fd-4b5c-9ced-27646b37c25d-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584651\" style=\"width:537px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/620d75b1-67fd-4b5c-9ced-27646b37c25d-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/620d75b1-67fd-4b5c-9ced-27646b37c25d-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/620d75b1-67fd-4b5c-9ced-27646b37c25d-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/620d75b1-67fd-4b5c-9ced-27646b37c25d.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Nous poursuivons notre marche en amont pour voir d\u2019autres versions de ce ruisseau \u00e9trange. Chaque \u00e9tape est moins d\u00e9primante que ce premier aper\u00e7u. \u00c0 mesure que nous nous \u00e9loignons du port fra\u00eechement r\u00e9am\u00e9nag\u00e9, la nature reprend ses droits. Vert et ombrag\u00e9, le ruisseau sinue sur les roches et les ruines. Les graffitis deviennent plus \u00e9labor\u00e9s, la d\u00e9composition urbaine plus charmante. Les figues, les marguerites et le lierre percent le vieux b\u00e9ton pour trouver l\u2019eau. Geoffroy, qui travaille pourtant depuis des ann\u00e9es sur ces nappes enfouies, est surpris d\u2019apercevoir un jeune couple en train de se faire bronzer le long du canal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous encourage \u00e0 enjamber une cl\u00f4ture pour mieux voir la rivi\u00e8re du haut de la colline. Je lui demande s\u2019il a d\u00e9j\u00e0 eu des ennuis en p\u00e9n\u00e9trant dans une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Il me r\u00e9pond que non, parce qu\u2019il \u00ab\u202fa l\u2019air d\u2019un vieux papa\u202f\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, rien de tout cela n\u2019est naturel. C\u2019est le fruit de deux cents ans de d\u00e9veloppement industriel. Nous traversons les hautes herbes pour voir le ruisseau d\u2019en haut. J\u2019essaie de ne pas trop penser au terril du d\u00e9potoir sur lequel nous marchons. Il provient des fonderies et des usines voisines. Le sol est de couleur rouille et friable comme un g\u00e2teau sec.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Sullivan Creek et la rivi\u00e8re Flint, il y a une d\u00e9charge ferm\u00e9e. On dirait une colline herbeuse. La ville l\u2019a m\u00eame baptis\u00e9e Green Acres, mais je sais qu\u2019il n\u2019y a aucun rev\u00eatement et qu\u2019on y a jet\u00e9, pendant des ann\u00e9es, les encres qui servaient \u00e0 imprimer l\u2019<em>Atlanta Journal-Constitution<\/em>, et d\u2019autres choses peu recommandables. Je me dis que tout cela contamine la rivi\u00e8re aujourd\u2019hui, mais je chasse rapidement cette pens\u00e9e de mon esprit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La vue sur Marseille est imprenable, avec les toits des usines, les chemin\u00e9es, les barres d\u2019immeubles et les montagnes ombrag\u00e9es au loin. Le vent souffle dans les herbes hautes, et pousse les nuages gonfl\u00e9s en un grand tourbillon au-dessus de nos t\u00eates. Je d\u00e9tache les coquilles d\u2019escargots blanchies au soleil, aussi grosses et l\u00e9g\u00e8res que des balles de ping-pong, des herbes hautes. Comment sont-ils devenus si grands ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi 28 avril : la ripisylve&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Quand la municipalit\u00e9 a rachet\u00e9 L\u2019Abeille, l\u2019usine d\u2019huile et de savon au nord de la ville, en 1999 pour cr\u00e9er l\u2019immense complexe culturel de la Cit\u00e9 des Arts de la rue, savait-elle que le terrain abritait les ruines d\u2019une cascade ? La cascade des Aygalades avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9molie lors de la construction de l\u2019autoroute A7 pendant la Seconde Guerre mondiale, mais le ruisseau y serpentait encore, dans un ravin derri\u00e8re l\u2019usine, sur le bord ouest du terrain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La Cit\u00e9 des Arts de la rue est un ensemble de b\u00e2timents industriels reconvertis en immenses studios, galeries, salles de classe et ateliers. Les architectes imaginaient-ils qu\u2019un jour les artistes en r\u00e9sidence, apercevant la rivi\u00e8re derri\u00e8re les b\u00e2timents, canaliseraient leur \u00e9nergie cr\u00e9atrice vers l\u2019ext\u00e9rieur ? En effet, depuis 2013, des militants, sculpteurs, danseurs, po\u00e8tes et musiciens transforment cet espace vert marginal en terrain de jeu culturel vital pour la communaut\u00e9, qu\u2019ils ont appel\u00e9 le Jardin de la cascade.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons le temps de nous promener dans le parc avant la rencontre pr\u00e9vue avec le collectif des Gammares, les artistes-militants \u00e0 l\u2019origine de cette transformation. Vingt-cinq ann\u00e9es d\u2019accumulation de d\u00e9tritus cr\u00e9atifs donnent \u00e0 l\u2019endroit un air de plateau de cin\u00e9ma en ext\u00e9rieur et de sanctuaire d\u2019art populaire. Au milieu des accessoires surdimensionn\u00e9s et des v\u00e9hicules <em>vintage<\/em>, j\u2019aper\u00e7ois une cage \u00e0 oiseaux de taille humaine, des mannequins d\u00e9membr\u00e9s, et un cheval de man\u00e8ge mont\u00e9 sur une Peugeot. Un \u00e9norme pain de savon Marseillaise tr\u00f4ne dans le hangar, rappelant l\u2019usine qui a occup\u00e9 les lieux pendant un si\u00e8cle. Encore une fois, je m\u2019\u00e9merveille de la s\u00e8cheresse. Dans l\u2019air humide d\u2019Atlanta, un tel pain de savon ne durerait pas longtemps. En un mois, il serait envahi par le kudzu et les champignons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la terrasse de la Cit\u00e9, qui surplombe la ville, nous retrouvons ensuite les Gammares\u202f: Charlie Fox, Marine Torres et Agn\u00e8s Jouanaud, habill\u00e9e en bleu de la t\u00eate aux pieds, avec des tresses bleu ciel. Charlie porte un badge orn\u00e9 d\u2019une crevette souriante, la sympathique mascotte de la rivi\u00e8re. Encore un nouveau mot pour moi : <em>gammare<\/em>, le petit crustac\u00e9 d\u2019eau douce qui vit aux Aygalades. Toutes les criques devraient avoir une mascotte, ou une d\u00e9esse, comme la Durance au Palais Longchamp\u202f!&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/c81f3fc0-b46a-406e-aa46-616a2095da0c-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584649\" style=\"width:609px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/c81f3fc0-b46a-406e-aa46-616a2095da0c-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/c81f3fc0-b46a-406e-aa46-616a2095da0c-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/c81f3fc0-b46a-406e-aa46-616a2095da0c-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/c81f3fc0-b46a-406e-aa46-616a2095da0c.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tandis que des danseurs funambules r\u00e9p\u00e8tent leur spectacle au-dessus de leur t\u00eate, les Gammares nous font le r\u00e9cit classique du syndrome des cours d\u2019eau urbains : les rejets industriels, le ruissellement pollu\u00e9 des autoroutes, la canalisation du ruisseau naturel qui devient un \u00e9gout \u00e0 ciel ouvert, deux si\u00e8cles de contamination du sol et des eaux souterraines. Une carri\u00e8re a d\u00e9grad\u00e9 la source de la rivi\u00e8re, un peu comme les carri\u00e8res de granit que j\u2019ai visit\u00e9es le long du cours sup\u00e9rieur de la Flint. Les Aygalades ont absorb\u00e9 l\u2019aluminium d\u2019une usine pharmaceutique en amont, la Flint, le k\u00e9ros\u00e8ne de l\u2019a\u00e9roport. Les contaminants diff\u00e8rent mais le r\u00e9sultat est le m\u00eame : un effacement complet de la rivi\u00e8re qui pose probl\u00e8me.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/81c387af-8179-401b-86cc-7b2f07112534-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584641\" style=\"width:562px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/81c387af-8179-401b-86cc-7b2f07112534-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/81c387af-8179-401b-86cc-7b2f07112534-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/81c387af-8179-401b-86cc-7b2f07112534-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/81c387af-8179-401b-86cc-7b2f07112534.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Agn\u00e8s, cigarette \u00e0 la main, annonce qu\u2019elle \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e aux Aygalades. C\u2019est difficile \u00e0 imaginer, au vu du ruisseau peu profond que nous avons aper\u00e7u mardi, mais je la crois. Elle parle de son attachement \u00e0 la terre, du sentiment d\u2019avoir \u00ab un GPS dans la t\u00eate et une bior\u00e9gion dans le corps \u00bb. \u00c0 un moment donn\u00e9, au cours de notre randonn\u00e9e, elle a cueilli une poign\u00e9e de fleurs de sureau et l\u2019a mise dans sa bouche sans ralentir le rythme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marine \u00e9crit \u00ab\u202fripisylve\u202f\u00bb dans mon carnet. La for\u00eat riveraine. Sur la fa\u00e7ade, deux danseurs se prennent la main.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les Gammares ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9orienter l\u2019usine vers sa porte d\u00e9rob\u00e9e. Nous descendons les escaliers qui m\u00e8nent sous le b\u00e2timent, attir\u00e9s vers l\u2019eau. La ville dispara\u00eet. Je me sens chez moi. Sous le b\u00e2timent, l\u2019air est frais et humide. \u00c7a sent la cave.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/9afd36c3-0889-438a-ac22-02c4ea28e0a4-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584637\" style=\"width:607px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/9afd36c3-0889-438a-ac22-02c4ea28e0a4-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/9afd36c3-0889-438a-ac22-02c4ea28e0a4-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/9afd36c3-0889-438a-ac22-02c4ea28e0a4-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/9afd36c3-0889-438a-ac22-02c4ea28e0a4.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Nous parcourons le court sentier qui m\u00e8ne \u00e0 la cascade, longeant le ruisseau tranquille comme un chemin \u00e0 travers les vignes. Il y a un peu plus moins de deux m\u00e8tres d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre. L\u2019eau claire, peu profonde, ondule sur de petites pierres, des d\u00e9bris de construction et de curieux d\u00e9chets urbains encastr\u00e9s. Notre parcours est jalonn\u00e9 de r\u00e9flexions sur l\u2019histoire, l\u2019\u00e9cologie et l\u2019avenir des Aygalades, d\u2019une sculpture de roue \u00e0 aubes g\u00e9ante aux codes QR qui font le lien entre musique et po\u00e9sie originales. Je quitte rapidement le sentier et descends dans le lit du ruisseau \u00e0 la recherche de grenouilles, d\u2019escargots, de traces d\u2019animaux et tout autre signe de vie non humaine. Je me ressource en posant mon visage contre la mousse au c\u0153ur de cet \u00e9trange paysage. Des p\u00e9tales mauves jonchent les berges, tels des confettis.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/d8cd0a34-7a53-465f-9b4d-c2a3c7293c31-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584632\" style=\"width:615px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/d8cd0a34-7a53-465f-9b4d-c2a3c7293c31-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/d8cd0a34-7a53-465f-9b4d-c2a3c7293c31-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/d8cd0a34-7a53-465f-9b4d-c2a3c7293c31-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/d8cd0a34-7a53-465f-9b4d-c2a3c7293c31.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le sentier et le ruisseau ont l\u2019odeur et l\u2019apparence de ma vieille amie, la Flint, y compris dans les ruines d\u2019un vieux moulin. La cascade est d\u00e9sormais un projet artistique, une fontaine qui recycle l\u2019eau du trou bleu vers le sommet d\u2019un impressionnant affleurement calcaire. Au-dessus de nous, le bruit de l\u2019A7 est \u00e0 peine audible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous arr\u00eatons dans une crique pour parler des liens entre les eaux urbaines disparues et leur potentiel dans la restauration de l\u2019environnement. Comme d\u2019habitude, je commence mon r\u00e9cit en rappelant qu\u2019en 1821, la Flint marquait la fronti\u00e8re \u00e9tablie par un trait\u00e9 international entre l\u2019\u00c9tat de G\u00e9orgie et la tribu des Muscogee Creek. Avant cela, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les moulins \u00e0 vent et les petits ch\u00e2teaux de campagne, comme la bastide de la Guillermy, surplombaient les Aygalades, les communaut\u00e9s autochtones de ma r\u00e9gion cultivaient, p\u00eachaient, faisaient du commerce et voyageaient le long de la rivi\u00e8re Flint, qu\u2019ils appellent Hlonotiskahachi. Je me demande comment l\u2019interpr\u00e8te qui chuchote \u00e0 l\u2019oreille d\u2019Agn\u00e8s va traduire \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait des ann\u00e9es que je fais des conf\u00e9rences sur la Flint dans des salles de r\u00e9union, des classes d\u2019\u00e9coles, des espaces naturels am\u00e9nag\u00e9s, des tentes, sous des ponts, en cano\u00eb et sur Zoom, mais le lieu o\u00f9 je me tiens est une r\u00e9v\u00e9lation. C\u2019est \u00e7a qu\u2019il nous faut pour la Flint\u202f! Depuis des ann\u00e9es, nous bataillons pour acheter un terrain dont nous souhaitons faire un parc ouvert au public. Sans \u00e7a, tout le projet de restauration reste une abstraction tr\u00e8s r\u00e9ductrice. Il faut que nous obtenions une petite parcelle le long du cours sup\u00e9rieur, que nous puissions nettoyer et restaurer, et sur laquelle nous puissions tracer quelques sentiers et clairi\u00e8res, inviter le public \u00e0 s\u2019y promener et observer les oiseaux, recueillir des \u00e9chantillons d\u2019eau et attraper des t\u00eatards. Le lieu o\u00f9 je me trouve est \u00e0 la fois une classe verte, une galerie et un patio. Ils ont cr\u00e9\u00e9 un petit bout de for\u00eat o\u00f9 l\u2019ambiance est joyeuse et d\u00e9tendue pour r\u00e9inventer l\u2019histoire de cette rivi\u00e8re longtemps condamn\u00e9e. Moi, je n\u2019ai m\u00eame pas d\u2019endroit pour organiser une op\u00e9ration de nettoyage sur la Flint, et encore moins un pique-nique.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5c152c9f-f1db-40a2-8c0f-d65a9637c047-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584629\" style=\"width:561px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5c152c9f-f1db-40a2-8c0f-d65a9637c047-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5c152c9f-f1db-40a2-8c0f-d65a9637c047-300x200.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5c152c9f-f1db-40a2-8c0f-d65a9637c047-768x512.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/5c152c9f-f1db-40a2-8c0f-d65a9637c047.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9 Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>En repartant, je me sens ressourc\u00e9e\u2026 et jalouse. J\u2019envie le Jardin de la cascade, son interface unique avec le fleuve, ouverte au public. J\u2019envie aussi les ressources extraordinaires produites par le collectif. Marine et Charlie m\u2019ont offert quelques exemplaires de la <em>Gazette du ruisseau<\/em>, un trimestriel \u00e9clectique plein de dessins, de r\u00e9flexions, de bandes dessin\u00e9es inspir\u00e9es du fleuve et des aventures de la communaut\u00e9. Ils m\u2019ont aussi donn\u00e9 un guide pour enfants aux couleurs fluo, <em>Le Cahier du ruisseau,<\/em> avec plein de cartes, de pages \u00e0 colorier, de blagues et d\u2019autocollants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me dis que je vais leur piquer toutes ces id\u00e9es, et puis je me rends compte du temps qu\u2019il faut pour dessiner des cartes et des illustrations \u00e0 la main, faire la mise en page, \u00e9crire et imprimer ces supports. Du temps, de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de l\u2019amour. Une observation attentive, une inspiration continue, semblables \u00e0 de l\u2019adoration. Il faut \u00e9norm\u00e9ment d\u2019argent pour cr\u00e9er un parc, l\u2019entretenir au fil des ans, le rendre accueillant, le remplir d\u2019\u0153uvres d\u2019art, d\u2019\u00e9v\u00e9nements culturels, et de vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Tu devrais former un collectif !\u202f\u00bb sugg\u00e8re Marine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est s\u00fbr, il me faut une plus grande \u00e9quipe. J\u2019ai besoin de sept collaborateurs suppl\u00e9mentaires \u00e0 plein temps, sans oublier une douzaine d\u2019artistes, de guides, d\u2019\u00e9cologistes, de designers. Mais qui va payer tout \u00e7a ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en d\u00e9duis que les collectifs fran\u00e7ais ressemblent aux innombrables associations \u00e0 but non lucratif qui soutiennent des projets culturels, historiques, environnementaux et sociaux \u00e0 Atlanta. La plupart de mes amis et coll\u00e8gues y travaillent, ou b\u00e9n\u00e9ficient de leur aide. Nous avons tous pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 solliciter les subventions de m\u00e9c\u00e8nes et d\u2019entreprise, et \u00e0 rivaliser pour les obtenir. Ce que j\u2019ai du mal \u00e0 saisir, c\u2019est dans quel mesure la municipalit\u00e9, le d\u00e9partement, la r\u00e9gion et l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais soutiennent financi\u00e8rement le travail des artistes et des conteurs de ce lieu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019arr\u00eate pas d\u2019y penser. Les d\u00e9penses de base comme le loyer, la nourriture et les transports. Comment tout cela a-t-il \u00e9t\u00e9 financ\u00e9 ? Le b\u00e2timent et les centaines de travailleurs culturels qui s\u2019y trouvent, de quoi vivent-ils ? M\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas, comme aux Etats-Unis, le poids des d\u00e9penses de sant\u00e9, de garde d\u2019enfants et d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je remarque par ailleurs que toutes les personnes que nous avons rencontr\u00e9es semblent \u00eatre d\u2019origine caucasienne. M\u00eame en admettant que l\u2019ethnicit\u00e9 administrative qui s\u2019applique \u00e0 moi aux \u00c9tats-Unis ne correspond pas exactement aux cat\u00e9gories sociales fran\u00e7aises, il me semble qu\u2019un si grand lieu public devrait ressembler \u00e0 la communaut\u00e9 qu\u2019il dessert. O\u00f9 sont les artistes, administrateurs, universitaires et interpr\u00e8tes \u00e0 la peau fonc\u00e9e et arabophones des quartiers populaires de Marseille ? C\u2019est un d\u00e9bat sans fin aux \u00c9tats-Unis : comment accro\u00eetre la diversit\u00e9 dans les initiatives environnementales, de mani\u00e8re \u00e0 vraiment accueillir tout le monde dans les espaces ext\u00e9rieurs, au-del\u00e0 des seuls militants pour la justice environnementale\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dimanche 30 avril : le littoral&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Le dernier matin que je passe \u00e0 Marseille, la pluie est enfin de la partie. Quelques gouttes grises sur les toits de tuiles, juste assez pour rincer la poussi\u00e8re des feuilles de platanes. J\u2019imagine que tous les agriculteurs que j\u2019ai rencontr\u00e9s cette semaine se frottent les mains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie ne g\u00eane pas nos projets de visite du Ch\u00e2teau d\u2019If et des \u00eeles du Frioul. Nous montons \u00e0 bord du ferry dans une brume \u00e9paisse. J\u2019avale quelques cachets contre la naus\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir visit\u00e9 la prison du ch\u00e2teau, notre groupe s\u2019assied sous des parasols \u00e0 la petite terrasse d\u2019un caf\u00e9 pour un d\u00e9jeuner compos\u00e9 de panisse sal\u00e9e et de bar entier, suivi d\u2019un autre trajet en ferry, ensoleill\u00e9 et chaud cette fois, et surtout moins agit\u00e9. Tandis que nous naviguons vers les \u00eeles du Frioul, le ciel est d\u00e9gag\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le sentier de graviers qui m\u00e8ne \u00e0 la plage de Saint-Est\u00e8ve, nous enlevons nos imperm\u00e9ables et nos \u00e9charpes. Je comprends les panneaux plant\u00e9s le long du littoral qui mettent en garde contre les chutes de pierres, mais je demande \u00e0 Lucie de m\u2019expliquer le sens du mot <em>littoral<\/em>, l\u2019habitat prot\u00e9g\u00e9 tout autour de nous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voici, encore une fois, une preuve de leur respect de l\u2019eau. Non seulement la signalisation sur l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me littoral, mais aussi le Parc national des calanques, cr\u00e9\u00e9 en 2012, une \u00ab zone de protection sp\u00e9ciale \u00bb lab\u00e9lis\u00e9e par le gouvernement. On ne peut qu\u2019imaginer \u00e0 quoi ressemblerait Marseille si ses autres voies navigables \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9es de la sorte. D\u2019abord, le littoral. Ensuite, la ripisylve.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La plage est nich\u00e9e entre les falaises, une crique bleue et calme prot\u00e9g\u00e9e du vent, pleine de familles et d\u2019adorateurs du soleil. Lucie est la premi\u00e8re \u00e0 piquer une t\u00eate. Ses cheveux noirs dansent sur les flots bleus. Elle est persuad\u00e9e, comme beaucoup de gens ici, qu\u2019un plongeon dans l\u2019eau glac\u00e9e est sain et vivifiant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les tout-petits qui barbotent joyeusement me donnent envie de la rejoindre. Comme si tout ce voyage m\u2019avait conduit \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, comme si le pays entier pr\u00e9servait cette petite plage parfaite comme elle le fait depuis des mill\u00e9naires. Nous entrons enfin dans l\u2019eau, en criant, le souffle court. La pluie n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir. Je mets la t\u00eate sous l\u2019eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"731\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/91b355ea-5fd7-4ebc-8d3a-84bd6f6b340b-1024x731.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584622\" style=\"width:574px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/91b355ea-5fd7-4ebc-8d3a-84bd6f6b340b-1024x731.jpg 1024w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/91b355ea-5fd7-4ebc-8d3a-84bd6f6b340b-300x214.jpg 300w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/91b355ea-5fd7-4ebc-8d3a-84bd6f6b340b-768x548.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/91b355ea-5fd7-4ebc-8d3a-84bd6f6b340b.jpg 1209w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9Pierre-Yves Brunaud<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Juillet 2023&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/nam11.safelinks.protection.outlook.com\/?url=https%3A%2F%2Fhannahspalmer.com%2F&amp;data=05%7C02%7Cdavid.ruffel%40frenchculture.org%7Cf22819520e1e4da4355708dc5d8641eb%7C2d6ab33a15c04d1eb0363b23ceb26830%7C0%7C0%7C638488078455254099%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJWIjoiMC4wLjAwMDAiLCJQIjoiV2luMzIiLCJBTiI6Ik1haWwiLCJXVCI6Mn0%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=cZqumP%2FQxbSODY8mfOTrFUVF8aRDwGXO96G7wWBH08c%3D&amp;reserved=0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Hannah S. Palmer<\/a>&nbsp;est une \u00e9crivaine et une artiste qui s&rsquo;int\u00e9resse au paysage urbain propre au sud des Etats-Unis. Originaire du&nbsp;sud d&rsquo;Atlanta, elle a d\u00e9crit la disparition de nombreux quartiers li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Atlanta dans son livre&nbsp;Flight Path :&nbsp;A Search For Roots Beneath The World&rsquo;s Busiest Airport. L&rsquo;exploration&nbsp;avec sa famille&nbsp;des eaux privatis\u00e9es, s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9es et pollu\u00e9es du sud de sa ville l&rsquo;a conduit \u00e0 un nouveau projet de livre intitul\u00e9&nbsp;The Pool is Closed (La piscine est ferm\u00e9e&nbsp;) et \u00e0 sa derni\u00e8re cr\u00e9ation,&nbsp;<a href=\"https:\/\/nam11.safelinks.protection.outlook.com\/?url=https%3A%2F%2Fwww.atlantacreekleague.com%2F&amp;data=05%7C02%7Cdavid.ruffel%40frenchculture.org%7Cf22819520e1e4da4355708dc5d8641eb%7C2d6ab33a15c04d1eb0363b23ceb26830%7C0%7C0%7C638488078455260538%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJWIjoiMC4wLjAwMDAiLCJQIjoiV2luMzIiLCJBTiI6Ik1haWwiLCJXVCI6Mn0%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=4lfftcAScXbgV5nvVx6PeAVwfPTzjj0rbt%2FXAE3kzy0%3D&amp;reserved=0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Atlanta Creek League<\/a>, un projet qui aide les habitants \u00e0 trouver, appr\u00e9cier et prendre soin des ruisseaux de leur quartier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement <a href=\"https:\/\/terres-communes.fr\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/terres-communes.fr\/\">Terres communes<\/a> a propos\u00e9 durant plus d\u2019une semaine \u00e0 Marseille des conf\u00e9rences, ateliers et marches publiques, dans le prolongement de l\u2019exposition de\u00a0Sebastien Marot\u00a0<em>Taking the Country\u2019s Side \/ Prendre la cl\u00e9 des champs<\/em>\u00a0(Agriculture &amp; Architecture).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"featured_media":584665,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[383,282],"app_city_tax":[268],"app_magazine_category":[293],"class_list":["post-584595","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","app_discipline-city-cite-fr","app_discipline-sciences-humaines-et-sociales-fr","app_city_tax-atl-fr","app_magazine_category-territoires-fr"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Marseille : un glossaire de l&#039;eau - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/marseille-un-glossaire-de-leau\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Marseille : un glossaire de l&#039;eau - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dimanche 23 avril : la s\u00e9cheresse&nbsp; Le premier mot fran\u00e7ais que j\u2019apprends lors de mon s\u00e9jour, sur le parking de l\u2019a\u00e9roport de Marseille-Provence, c\u2019est \u00ab\u202fs\u00e9cheresse\u202f\u00bb. 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