{"id":575566,"date":"2024-04-12T19:11:40","date_gmt":"2024-04-12T19:11:40","guid":{"rendered":"https:\/\/villa-albertine.org\/?post_type=app_magazine_article&#038;p=575566"},"modified":"2024-04-15T15:10:57","modified_gmt":"2024-04-15T15:10:57","slug":"love-me-tenderloin","status":"publish","type":"app_magazine_article","link":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/","title":{"rendered":"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est un asile sans mur, \u00e0 ciel ouvert. <em>Needless walls<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque les \u00e2mes portent d\u00e9j\u00e0 leurs propres murs en elle\/intimes et effondr\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Tenderloin, quartier le plus pauvre de San Francisco, \u00e0 deux blocs du si\u00e8ge de Twitter, \u00e0 touche-touche de la richesse la plus brutale, la folie est partout \u2014 liquide, tranquille, visqueuse \u2014 elle coule \u00e0 travers les rues et arpente les places. Elle coagule plus loin au bord des trottoirs, sur une poubelle ou sur un banc, se l\u00e8ve et repart. Elle est fascinante, la folie, quand elle est \u00ab\u202flibre\u202f\u00bb, comme ici\u202f: elle prend toutes les formes, tous les corps, elle les habite et elle les casse, elle les sonne comme un gong frapp\u00e9 qui les laisse debout, \u00e0 tituber, pour finalement les coucher dans l\u2019asphalte comme dans un lit.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de filtre, plus de vitre, plus d\u2019interface, plus rien\u202f: le r\u00e9el.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu marches \u00e0 deux m\u00e8tres d\u2019un handicap\u00e9 qui pioche avec son pied doit pour faire avancer sa chaise roulante, croulante sous trois sacs \u00e0 dos. Une vieille \u00e0 la trogne rid\u00e9e comme une pomme prend un coup de poing que son visage avale, sauf qu\u2019il n\u2019y a pas de coup de poing, et plus de visage, seulement cette peur qui \u00e9carquille ses yeux. Par cycles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il pourrait tout se passer et il ne se passe rien. Not today. Ou plut\u00f4t tellement de choses, tellement d\u2019\u00e9v\u00e9nements banalement atroces que \u00e7a finit par ne plus compter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tourne autour d\u2019une poubelle un apache torse nu, aux muscles tendus, qui pare une agression \u00e9ternelle. Un ado blanc comme un irlandais, dropp\u00e9 au sol dans un angle bizarre rougit au soleil, \u00e0 trois m\u00e8tres d\u2019un couple \u00e0 moiti\u00e9 habill\u00e9 coll\u00e9 dans une tente une place. Deux types font chauffer du crack dans le creux d\u2019une feuille d\u2019aluminium, avec des airs de camping \u00e0 la vol\u00e9e.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"735\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-735x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-575503\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-735x1024.jpg 735w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-215x300.jpg 215w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-768x1071.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-1102x1536.jpg 1102w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-1469x2048.jpg 1469w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/homeless-scaled.jpg 1836w\" sizes=\"auto, (max-width: 735px) 100vw, 735px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9Yann Legendre<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab\u202fLe nombre de gens ici qui pensent seuls, qui chantent seuls, qui mangent et parlent seuls dans les rues est effarant. Pourtant ils ne s\u2019additionnent pas. Au contraire, ils se soustraient les uns les autres, et leur ressemblance est incertaine.\u202f\u00bb<\/em> disait d\u00e9j\u00e0 Baudrillard en 1986. C\u2019est exactement \u00e7a\u202f: tous dans la m\u00eame merde mais d\u2019une fa\u00e7on si f\u00e9rocement solitaire et incomparable que \u00e7a ne forme aucun groupe, aucune situation partag\u00e9e. Chacun affronte la totalit\u00e9 de la mis\u00e8re \u00e0 lui tout seul.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ronald Reagan trouvait \u00ab\u202fawful\u202f\u00bb les h\u00f4pitaux psychiatriques si bien qu\u2019il les a ferm\u00e9s dans les ann\u00e9es 80. Tout simplement. Pourquoi s\u2019emmerder\u202f? Depuis, la rue des quartiers pauvres est un HP laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame que personne n\u2019est plus apte \u00e0 g\u00e9rer ni \u00e0 soigner. La ville y consacre pourtant 80 000 dollars par homeless et par an, me disent mes contacts ici, sans gu\u00e8re de succ\u00e8s. La r\u00e9putation lib\u00e9rale (de gauche, donc, dans la classification am\u00e9ricaine) de la ville en a fait un attracteur de clochards, que les deux ans de covid ont encore renforc\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En France, nous avons \u00e9videmment des sans-abris. Ici, nous sommes au stade sup\u00e9rieur, non seulement parce qu\u2019ils sont beaucoup plus et hantent le centre ville, mais surtout parce qu\u2019ils sont beaucoup plus atteints et d\u00e9truits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De ce que j\u2019ai compris, il n\u2019existe pas de services sociaux d\u00e9di\u00e9s aux <em>homeless<\/em> dans la ville. La ville finance des associations ext\u00e9rieures pour tenter de g\u00e9rer cette mis\u00e8re. Ce qui ouvre naturellement \u00e0 des corruptions nombreuses \u2014 conjonctions des sommes \u00e9normes disponibles pour des structures ind\u00e9pendantes de la mairie dont il est tr\u00e8s difficile de mesurer l\u2019efficacit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ma \u00ab\u202fvisite\u202f\u00bb, une petite harde de gilets jaune op\u00e8re, sigl\u00e9s <em>Urban Alchemy<\/em>, avec un logo qui fond dans le m\u00eame \u00e9trange graphisme les illuminatis, la franc-ma\u00e7onnerie et le new-age. Ils sont largement d\u00e9ploy\u00e9s dans les rues que nous arpentons.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En France, on appellerait \u00e7a une ONG. Ici on dit <em>Non-Profit Organization<\/em> \u2014 et le simple fait de d\u00e9finir une association sociale, culturelle ou humanitaire par la n\u00e9gation du profit synth\u00e9tise pour moi une vision am\u00e9ricaine. La norme est le profit. C\u2019est l\u2019axe autour duquel les vrais enjeux tournent. Tout le reste se d\u00e9finit en creux. Exactement comme l\u2019essai et la pens\u00e9e sont de la <em>non-fiction<\/em>. La philosophie, la sociologie, les sciences dures, l\u2019ethnologie\u202f? <em>Non-fiction<\/em>. Est-ce \u00e0 dire que dans l\u2019empire du livre, la fiction est la norme\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la rue, le diable est dans les seringues et la poudre\u202f: le fameux Fentanyl, inconnu en France, cinquante fois plus puissant que l\u2019h\u00e9ro\u00efne et infiniment moins cher. Deux milligrammes suffisent \u00e0 d\u00e9clencher l\u2019overdose, on peut le couper avec ce qu\u2019on veut, le mettre dans des cachets d\u2019aspirine, l\u2019ajouter \u00e0 la coke, \u00e0 l\u2019h\u00e9ro.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 San Francisco, les overdoses ont tu\u00e9 plus de gens que le covid en 2020\u202f: 700 morts, comme le rappelle une affiche du m\u00e9tro. Et c\u2019est plut\u00f4t bien comme \u00e7a, n\u2019est-ce pas\u202f? La pauvret\u00e9 s\u2019autor\u00e9gule, s\u2019auto-annule, le fentanyl fait le taf des services sociaux, du gouvernement et du capitalisme absolument et totalement irresponsable, d\u00e9missionnaire et \u00e0 vomir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a 78 milliardaires dans la Silicon Valley toute proche. Autour de 20 millions de dollars de richesse, tu t\u2019ach\u00e8tes ta maison et une tr\u00e8s belle voiture m\u2019a dit un directeur financier ici. \u00c0 200 millions, tu as ton jet et tu fais des week-ends prolong\u00e9s en Bourgogne. Quand tu reviens, tu arrives en retard au board parce qu\u2019il te faut faire escale et remplir ton avion de k\u00e9roz\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>1% de la richesse d\u2019un seul de ces milliardaires suffirait sans doute \u00e0 soigner ces gens, au moins \u00e0 les prot\u00e9ger des autres et d\u2019eux-m\u00eames. \u00c0 r\u00e9mun\u00e9rer une action sociale de long terme digne de ce nom, \u00e0 construire un foyer pour eux et \u00e0 salarier des psychiatres et des soignants pour s\u2019en occuper.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a n\u2019arrivera pas. Tenderloin v\u00e9g\u00e8te dans sa merde, dans sa mort, tu marches sur des \u00e9trons qui ne sont pas ceux des chiens.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi\u202f? Pourquoi donc\u202f? Comment peut-on adosser, accoler presque, la richesse la, plus obsc\u00e8ne avec la pauvret\u00e9 la plus f\u00e9roce\u202f? Comment on peut accepter \u00e7a, moi le premier\u202f? Comment la r\u00e9volte ou la r\u00e9volution ne renverse pas tout \u00e7a \u2014 d\u2019une insurrection\u202f? Comment l\u2019immeuble de Twitter peut-il rester debout \u00e0 deux cent m\u00e8tres de l\u00e0\u202fet ne pas s\u2019\u00e9crouler sous une attaque de zombies drogu\u00e9s\u202fenfin conscient de ce qui se passerait\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse, il me semble, n\u2019est pas complexe. Elle n\u2019est pas simple non plus\u202f: elle est profonde.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019art du d\u00e9li\u00e9<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais essayer d\u2019avancer une hypoth\u00e8se. Elle est partielle et partiale.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019aborde pas l\u2019\u00e9thique puritaine qui consid\u00e8re le succ\u00e8s et la richesse comme une preuve d\u2019\u00e9lection de Dieu et la pauvret\u00e9, implicitement, comme m\u00e9rit\u00e9e par ceux qui la subissent, au moins comme un mauvais signe. Elle ne d\u00e9veloppe pas ce que la contre-culture a n\u00e9glig\u00e9 des valeurs de la gauche europ\u00e9enne, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9galit\u00e9, au profit d\u2019une lib\u00e9ration individuelle devenue prioritaire, laquelle explique pour partie que des in\u00e9galit\u00e9s aussi hallucinantes puissent \u00eatre mieux tol\u00e9r\u00e9s aux USA qu\u2019ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai aucune solution ni puissance visionnaire. Je ne veux juste pas me dire que c\u2019est normal, et passer \u00e0 autre chose. On voit des millions de gens s\u2019attendrir sur leurs animaux domestiques, sans s\u2019aviser que ces animaux l\u00e0 que sont aussi les humains des rues m\u00e9riteraient une attention aussi forte.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"735\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-735x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-575522\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-735x1024.jpg 735w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-215x300.jpg 215w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-768x1071.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-1102x1536.jpg 1102w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-1469x2048.jpg 1469w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le_penseur-scaled.jpg 1836w\" sizes=\"auto, (max-width: 735px) 100vw, 735px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9Yann Legendre<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se est la suivante. Ce qui manque, selon moi, aux deux bouts du spectre, de la psychotique en chaise roulante jusqu\u2019\u00e0 Mark Zuckerberg, en passant par les salari\u00e9s de 22 ans \u00e0 15 000 dollars par mois, en passant par vous et moi, qui n\u2019en faisons pas plus lourd, au mieux, que nous indigner en caressant doucement la vitre de nos smartphones, ce qui manque, c\u2019est le lien.\u202fL\u2019empathie minimale. La facult\u00e9 hautement humaine, mais aussi pleinement animale, \u00e0 pouvoir souffrir et sentir <em>avec<\/em>. La facult\u00e9 \u00e0 pouvoir \u00eatre travers\u00e9e par cette d\u00e9tresse, \u00e0 la recevoir en nous, au point de ne plus pouvoir la tol\u00e9rer sans agir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui manque, c\u2019est une aptitude, d\u00e9sormais largement perdue, laiss\u00e9e en jach\u00e8re ou en friche par nos modes de vie num\u00e9rique, \u00e0 pouvoir nous confronter \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. \u00c0 ce qui n\u2019est pas nous, \u00e0 ce que nous ne vivons pas, ne partageons pas directement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette facult\u00e9 de projection, cette capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute existentielle, d\u2019accueil de ce qui sort de nos bulles, cette facult\u00e9 \u00e0 sortir de soi, ou sans m\u00eame sortir, \u00e0 s\u2019ouvrir pour que d\u2019autres entrent chez nous, viennent nous affecter, nous impacter et nous secouer, cette facult\u00e9 est la premi\u00e8re chose que le monde num\u00e9rique a d\u00e9grad\u00e9 en \u00e9tendant son empire et ses pratiques sur nos existences.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 peut-\u00eatre le c\u0153ur de ma technocritique. Telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e, la Tech \u00ab\u202fd\u00e9mocratis\u00e9e\u202f\u00bb est d\u2019abord une machine sociale \u00e0 dilater les \u00e9gocentres et \u00e0 en faire ses centres de profit. Par cons\u00e9quent, \u00e0 refabriquer le lien par interface interpos\u00e9e en coupant les corps de tout partage (Puisqu\u2019un lien \u00ab\u202finformatis\u00e9e\u202f\u00bb produit sans cesse de l\u2019information, donc de la trace exploitable, donc du profit, ce que ne permet pas les relations IRL).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne le pointera jamais assez\u202f: les r\u00e9seaux sociaux nous connectent, mais ils ne nous lient pas. Ils nous assemblent, certes, sans jamais obtenir de nous que nous soyons <em>ensemble<\/em>. D\u2019une rafle \u00e9l\u00e9gante, ils articulent les grains de raisin \u00e9parpill\u00e9s que nous sommes devenus pour en faire des grappes suspendues, des communaut\u00e9s en ligne, des r\u00e9seaux complices ou affins, oui. Mais ils nous unissent toujours <em>en tant que s\u00e9par\u00e9s<\/em>. Ils nous unissent dans la distance physique, ils nous espacent en nous mettant en contact, ils conjurent toute dimension charnelle ou corporelle, toute pr\u00e9sence incarn\u00e9e au profit des visios, des images et des messages, bref de l\u2019information-reine qui va les reconstituer par bits et pixels.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 est le toucher dans un gant \u00e0 retour de force\u202f? O\u00f9 est l\u2019odeur d\u2019une peau\u202f? O\u00f9 est la sensation d\u2019un corps, la chaleur d\u2019une main qui prend la mienne ou qui se pose sur mon \u00e9paule\u202f? O\u00f9 sont les baisers, o\u00f9 le go\u00fbt d\u2019un fruit, d\u2019un fromage, la saveur d\u2019un vin\u202f?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On associe la modernit\u00e9 la plus hype avec la qualit\u00e9 du simul\u00e9. Sans voir que cette fascination pour le simul\u00e9, pour la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9invent\u00e9e \u00e0 coup de teraoctets process\u00e9s en temps r\u00e9el, a quelque chose de na\u00eff et de forain, un r\u00eave de nerd ou de geek, qui \u00e0 mes yeux suinte le has-been en se parant des atours du should-be, bref d\u2019un avenir sexy. R\u00e9inventer son rapport au vivant me semble tellement plus moderne, justement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sans miracle, les moguls de la Silicon Valley ont fait un monde \u00e0 leur image\u202f: le monde de la viande, du corps = meat, du cerveau = computer, rien d\u2019autre, et ils nous l\u2019ont market\u00e9 mondialement. Un mode d\u2019adulescents timides, incapables d\u2019entrer en relation directement et pleinement avec l\u2019autre et qui conjure cette coupure par les r\u00e9seaux. Nick Pinston, qui conna\u00eet personnellement les fondateurs de Facebook m\u2019a livr\u00e9 sa vision\u202f: ce sont tous des autistes sociaux, des gens pour qui avoir des rapports sociaux normaux est juste\u2026 difficile. Les <em>social networks<\/em> sont n\u00e9s de leur qu\u00eate d\u2019une technologie qui puissent r\u00e9soudre \u00e7a \u00e0 leur fa\u00e7on. En phase avec leur peur de l\u2019autre et leur d\u00e9sir d\u2019\u00e9changes, malgr\u00e9 tout. <em>And they fix it<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tenderloin jouxte le Financial district.\u202fAucune barri\u00e8re, aucun mur, aucune coupure ne les s\u00e9pare. C\u2019est juste que la coupure est la vitre de nos \u00e9crans, les parois de nos bulles de filtre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les Gafam n\u2019ont pas tu\u00e9 les liens, ne les ont pas tranch\u00e9s au couteau ou \u00e0 la hache. C\u2019est bien pire, plus efficace et plus subtil que \u00e7a, et surtout, \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 explicitement con\u00e7u ou voulu comme \u00e7a. \u00c7a sonne plut\u00f4t comme le d\u00e9gat collat\u00e9ral d\u2019une guerre qui n\u2019a m\u00eame pas eu lieu. Ils ont d\u00e9vitalis\u00e9 ces liens. Ils les ont \u00e9dulcor\u00e9s, d\u00e9sintensifi\u00e9s. Ils nous ont donn\u00e9 le moyen quotidien, par leurs plateformes et leurs applications, de devenir de parfaits in-dividus autosatisfaits, ou v\u00e9cus tels, se voulant tels \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire des \u00eatres humains qui ne se divisent plus, ne se partagent pas avec d\u2019autres, n\u2019offrent pas un seul morceau de ce qu\u2019ils sont \u00e0 d\u2019autre qui en auraient besoin.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ou, quand ils le font, ils le font \u00e0 distance respectable, \u00e0 distanciation sociale tol\u00e9rable, sans s\u2019engager, sans se mettre, d\u2019aucune fa\u00e7on, en danger.\u202fCette s\u00e9curit\u00e9 mentale et physique, elle \u00e9tait en latence, sans doute, dans les pulsions vitales n\u00e9gatives de l\u2019humain, elle se tenait en attente, comme dans l\u2019ombre ou l\u2019envers du d\u00e9sir de rencontre et de confrontation qui nous a aussi construit dans l\u2019\u00e9volution, et qu\u2019on activait parce que c\u2019\u00e9tait aussi et peut-\u00eatre surtout la meilleure fa\u00e7on de survivre.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, pass\u00e9 un certain niveau de confort, cette confrontation n\u2019a plus besoin d\u2019avoir lieu. Alors on vit dans le non-lieu de la communication et des \u00e9changes, dans la non-pr\u00e9sence des plateformes qui remplacent le v\u00e9cu ou l\u2019absorbe aussit\u00f4t \u00e9clos. Instagram est un buvard qui boit l\u2019intensit\u00e9 fuyante de nos moments pr\u00e9tendument riches.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sans lien, tout devient possible. L\u2019extr\u00eame riche peut cotoyer le homeless d\u00e9fonc\u00e9 sans s\u2019\u00e9mouvoir. Ce n\u2019est m\u00eame plus une question de morale, c\u2019est une question d\u2019anthropologie de la relation ou du rapport humain, qui a \u00e9t\u00e9 perdu. On voit, on sait, on accepte Tenderloin. Parce que pour nous, comme pour le Terminator : \u00ab\u202fla douleur n\u2019est qu\u2019une information\u202f\u00bb. J\u2019entends\u202f: leur douleur, pour nous, n\u2019est qu\u2019une information. \u00c7a se transmet au cortex mais \u00e7a ne se ressent pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La Silicon Valley nous offre un monde <em>am\u00e9ricain<\/em>, quoi qu\u2019on en pense. Rien d\u2019universel en v\u00e9rit\u00e9. Elle r\u00e9pand une culture relationnelle qui ne part jamais des collectifs ou des communaut\u00e9s, comme en Asie ou en Afrique, pour prendre des exemples grossiers, seulement de l\u2019individu comme atome et centre de son monde, dont il va bien falloir, par apr\u00e8s, penser les relations possibles avec les autres.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Windows Into The Tenderloin<\/em><\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lisa Ruth, ma guide, historienne de talent, militante de terrain aussi, m\u2019am\u00e8ne devant une fresque magnifique, \u00e0 l\u2019angle des rues Jones &amp; Golden Gate.\u202f&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u0153uvre de l\u2019artiste Mona Caron, qui est bouleversante par sa beaut\u00e9 simple et par l\u2019implication des habitants dans son \u00e9laboration.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre est un trypique dont le premier panneau repr\u00e9sente d\u00e9sormais le pass\u00e9 du quartier, tel qu\u2019il \u00e9tait au moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 peint\u202f: un \u00ab\u202fparking lot\u202f\u00bb. Le second est le quartier vacant \u00e0 ses occupations, sauf que chaque personnage qui y figure est une personne r\u00e9elle que Mona a peinte et int\u00e9gr\u00e9e dans sa fresque. Un panneau y indique \u00ab\u202fone way\u202f\u00bb. Le dernier est plus beau, teintes fauves et vertes, il est orn\u00e9 du panneau \u00ab\u202fanother way\u202f\u00bb et traduit ce que le quartier pourrait devenir dans le futur si l\u2019on suivait un <em>autre chemin<\/em>, sans gentrification et sans d\u00e9cision urbanistique venue du haut\u202f: juste par l\u2019action des habitants et \u00e0 partir de choses r\u00e9alisables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce troisi\u00e8me panneau, comme l\u2019explique Mona sur son site, est devenue un moyen pour la communaut\u00e9 d&rsquo;envisager un avenir alternatif, une autre fa\u00e7on pour leur communaut\u00e9 d&rsquo;exister.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"735\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-735x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-575527\" srcset=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-735x1024.jpg 735w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-215x300.jpg 215w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-768x1071.jpg 768w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-1102x1536.jpg 1102w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-1469x2048.jpg 1469w, https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/mona_caron-scaled.jpg 1836w\" sizes=\"auto, (max-width: 735px) 100vw, 735px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><p>\u00a9Yann Legendre<\/p><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le tout s\u2019appelle <em>Windows Into The Tenderloin<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mona Caron explique\u202f:<em> \u00ab\u202fLa fen\u00eatre montrant \u00ab\u00a0Another Way\u00a0\u00bb est \u00e9galement peupl\u00e9e de gens du quartier, certains faisant une activit\u00e9 sp\u00e9cifique qu&rsquo;ils avaient souhait\u00e9e, d&rsquo;autres partageant simplement l&rsquo;espace de mani\u00e8re conviviale avec des personnes de diff\u00e9rentes communaut\u00e9s et identit\u00e9s locales.\u202f(\u2026) L&rsquo;inclusion de la population locale dans le panneau futur-fantastique \u00e9tait particuli\u00e8rement cruciale pour le concept de cette fresque, car je me suis efforc\u00e9 d&rsquo;\u00e9voquer la vision d&rsquo;un environnement plus \u00e9difiant, convivial et beau dans ce quartier sans changement de population, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans gentrification.\u202f\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u202fJ\u2019ai essay\u00e9 de laisser cette peinture utopique \u00ab\u00a0grandir par le bas\u00a0\u00bb &#8211; \u00e0 travers un processus participatif souple et d\u00e9contract\u00e9\u202f(\u2026) \u00c0 ce moment-l\u00e0, j&rsquo;avais d\u00e9couvert les talents, les espoirs et les aspirations de nombreuses personnes, ou appris ce qu&rsquo;elles faisaient en dehors de leur travail et qui leur donnait plus de sens&#8230;\u202f\u00bb<\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mona a aussi demand\u00e9 aux habitants de lui faire des suggestions : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils aimeraient voir ici, si cela ne tenait qu&rsquo;\u00e0 eux ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u202fLentement, une vision alternative du quartier a \u00e9merg\u00e9. Je me suis appuy\u00e9 sur ma propre s\u00e9rie de visions \u00ab\u00a0utopiques\u00a0\u00bb de San Francisco tout en int\u00e9grant les id\u00e9es issues de ces conversations avec les passants, qui allaient du pragmatique \u00e0 l&rsquo;amusant et au stupide&#8230; Pour les changements apport\u00e9s aux b\u00e2timents et aux infrastructures, j&rsquo;ai essay\u00e9 de choisir des id\u00e9es qui pourraient \u00eatre mises en \u0153uvre et entretenues par les gens eux-m\u00eames, sans intervention massive des autorit\u00e9s. J&rsquo;ai \u00e9galement donn\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9utilisation de choses qui existent d\u00e9j\u00e0.\u202f\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La fresque est magnifique, honn\u00eatement. On y sent une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 profonde, qui tient sans doute \u00e0 la fa\u00e7on dont elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, tiss\u00e9e \u00e0 m\u00eame le quartier et ses habitants. On y voit un petit bassin de pisciculture, des potagers communs, une librairie, des magasins gratuits, une \u00e9conomie du don, un po\u00e8te qu\u2019on \u00e9coute, un fonctionnement communautaire, du <em>housing affordable to all<\/em>, des gens qui dansent sur une terrasse, se regardent et se parlent, mangent ou jouent ensemble, des toits v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s,&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e7a vient du c\u0153ur des gens, de leurs r\u00eaves, l\u2019art graphique les a seulement mis en espace et en sc\u00e8ne. Mais \u00e7a forme une image tr\u00e8s \u00e9mouvante d\u2019un avenir possible\u202f: <em>another way<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques tags foireux sont venus salir un peu la fresque, la peinture s\u2019\u00e9caille et tombe par endroits, ce qui froisse Lisa, qu\u2019on sent tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 cette \u0153uvre et \u00e0 ce processus. Mais elle est l\u00e0 et c\u2019est elle qui tient les murs, plus que l\u2019inverse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mona Caron n\u2019a rien fait d\u2019extraordinaire au fond\u202f: elle est juste rest\u00e9e l\u00e0, \u00e0 peindre lentement, \u00e0 converser, \u00e0 parler aux gens qui passent, \u00e0 les \u00e9couter. Elle a <em>pris le temps<\/em>. Et elle a m\u00e9tabolis\u00e9 non seulement le quartier tel qu\u2019il \u00e9tait, tel qu\u2019il est mais le quartier telle qu\u2019il se r\u00eave et pourrait \u00eatre, en faisant monter cet imaginaire latent dans sa couleur et ses traits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utopie est cr\u00e9dible, intelligente et articul\u00e9e. Elle n\u2019a pas le caract\u00e8re improbable qu\u2019ont parfois les utopies, au contraire\u202f: elle est tr\u00e8s exactement la voie alternative que ce monde et ces quartiers pourraient prendre, pour peu qu\u2019on les prot\u00e8ge de la drogue, du deal, de la corruption et qu\u2019on consacre un infime pourcentage des richesses produites juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 dans la baie pour r\u00e9aliser ce que les habitants eux-m\u00eames souhaiteraient construire ou am\u00e9nager. Il \u00ab\u202ffaudrait\u202f\u00bb juste leur laisser la main et leur fournir un peu de moyens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin \u00e0 un autre angle de rue, des bacs de mara\u00eechages ont gagn\u00e9 sur des places de parking. C\u2019est peu mais \u00e7a fait du bien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Love me tender, love me true<\/em>, chante dans ma t\u00eate depuis ce matin.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je mentalise \u00e0 nouveau la fresque dans ma t\u00eate.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me frappe est qu\u2019il n\u2019y a pas dessus de SUV \u00e9normes, de gratte-ciels pr\u00e9tentieux, de parcs d\u2019attraction ni de voitures volantes. La chose seule qui vole est une montgolfi\u00e8re et des oiseaux. Comme si l\u2019utopie tech avait fini d\u2019inspirer ces quartiers, ou comme s\u2019ils savaient d\u2019instinct qu\u2019elle ne leur apportera, \u00e0 eux, rien.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dont ils r\u00eavent est tout simple et tr\u00e8s compliqu\u00e9 \u00e0 faire advenir ici\u202f: ils r\u00eavent d\u2019une vie collective li\u00e9e. Ils r\u00eavent d\u2019une chose qui s\u2019appelle l\u2019amiti\u00e9, qui s\u2019appelle l\u2019amour, qui s\u2019appelle l\u2019attachement \u00e0 l\u2019autre, partag\u00e9 et r\u00e9ciproque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Love me tender, love me sweet,<\/em>\u00a0<br><em>Love me tender, love me true<\/em>\u00a0<br><em>All my dreams fulfilled<\/em>\u00a0<br><em>Love me tender, love me ten-der-loin !<\/em>\u00a0<\/h3>\n\n\n\n<p><em>Alain Damasio, 28 avril 2022<\/em>&nbsp;<br><em>Illustrations de Yann Legendre<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cet article figure dans le premier num\u00e9ro du magazine States et a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de <a href=\"https:\/\/www.seuil.com\/ouvrage\/vallee-du-silicium-alain-damasio\/9782021558746\"><em>la sortie en France<\/em><\/a><em> <\/em>du livre d&rsquo;Alain Damasio <\/em>Vall\u00e9e du Silicium<em> (Albertine\/Seuil). <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"featured_media":575516,"menu_order":0,"template":"","app_discipline":[],"app_city_tax":[],"app_magazine_category":[],"class_list":["post-575566","app_magazine_article","type-app_magazine_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"C\u2019est un asile sans mur, \u00e0 ciel ouvert. Needless walls.&nbsp;&nbsp; Puisque les \u00e2mes portent d\u00e9j\u00e0 leurs propres murs en elle\/intimes et effondr\u00e9s.&nbsp;&nbsp; \u00c0 Tenderloin, quartier le plus pauvre de San Francisco, \u00e0 deux blocs du si\u00e8ge de Twitter, \u00e0 touche-touche de la richesse la plus brutale, la folie est partout \u2014 liquide, tranquille, visqueuse \u2014...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Villa Albertine\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-04-15T15:10:57+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Once-min.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"7796\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"5434\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"18 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/\",\"name\":\"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/04\\\/Once-min.jpg\",\"datePublished\":\"2024-04-12T19:11:40+00:00\",\"dateModified\":\"2024-04-15T15:10:57+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/04\\\/Once-min.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/04\\\/Once-min.jpg\",\"width\":7796,\"height\":5434,\"caption\":\"\u00a9Yann Legendre\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/magazine\\\/love-me-tenderloin\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/home\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Villa Albertine\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/villa-albertine.org\\\/va\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine","og_description":"C\u2019est un asile sans mur, \u00e0 ciel ouvert. Needless walls.&nbsp;&nbsp; Puisque les \u00e2mes portent d\u00e9j\u00e0 leurs propres murs en elle\/intimes et effondr\u00e9s.&nbsp;&nbsp; \u00c0 Tenderloin, quartier le plus pauvre de San Francisco, \u00e0 deux blocs du si\u00e8ge de Twitter, \u00e0 touche-touche de la richesse la plus brutale, la folie est partout \u2014 liquide, tranquille, visqueuse \u2014...","og_url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/","og_site_name":"Villa Albertine","article_modified_time":"2024-04-15T15:10:57+00:00","og_image":[{"width":7796,"height":5434,"url":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Once-min.jpg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"18 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/","name":"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0 - Villa Albertine","isPartOf":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Once-min.jpg","datePublished":"2024-04-12T19:11:40+00:00","dateModified":"2024-04-15T15:10:57+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/#primaryimage","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Once-min.jpg","contentUrl":"https:\/\/villa-albertine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Once-min.jpg","width":7796,"height":5434,"caption":"\u00a9Yann Legendre"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/magazine\/love-me-tenderloin\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/home\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"LOVE ME TENDERLOIN\u00a0"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/#website","url":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/","name":"Villa Albertine","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_article\/575566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/app_magazine_article"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/575516"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=575566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"app_discipline","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_discipline?post=575566"},{"taxonomy":"app_city_tax","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_city_tax?post=575566"},{"taxonomy":"app_magazine_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/villa-albertine.org\/va\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/app_magazine_category?post=575566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}